Le macho de service

Lise Bloom

Le Macho de service

Stallone, publié par Gallimard en 2003, est une nouvelle d’Emmanuèle Bernheim (1955).  La Parisienne est l’auteur de Le Cran d’arrêt (1985) et Un Couple (1988) en plus de Sa Femme qui a gagné le Prix Médicis en 1993. Sa nouvelle Vendredi soir (1998) a été adaptée au cinéma par Claire Denis. Comme scénariste Bernheim a collaboré avec François Ozon sur Sous le sa sable (2001) Swimming Pool (2003) et 5×2 (2004).

Dans Stallone, un œuvre de moins de soixante pages, Bernheim lie l’histoire de son héroïne aux films de Sylvester Stallone, à commencer par Rocky III. Ce film appartient à une série de suites du premier film Rocky qui a fait un tabac en 1976. La suite traite de la valeur du travail dur en exprimant le fait que tout est possible avec un peu de talent et beaucoup de sueur. Donc, c’est l’expression du rêve américain, bien que ces idées soient un peu simplistes. De son côté, la nouvelle nous présente une héroïne française qui se coule dans le moule d’un héros de tragédie classique. Cependant, cette nouvelle minimaliste a l’air de se moquer des conventions, celles des Américains en plus de celles des Français. Ainsi, Bernheim nous offre un conte qui est à la fois émouvant et drôle.

Stallone se déroule entre les années 1982 et 1997, entre les débuts de Rocky III et Copland. La nouvelle s’axe sur la vie d’une Parisienne qui n’a que vingt-cinq ans quand l’histoire commence. Cet ouvrage parle des choses imprévues qui peuvent changer le cours de notre vie. De plus, il montre la difficulté, même de nos jours, de surmonter la pression de devenir une femme traditionnelle.

Au commencement de la nouvelle, nous sommes dans une salle sombre de cinéma en 1982 avec une jeune Parisienne qui vient de regarder Rocky III. Bouleversée, elle refuse de bouger.  Mais ce manque d’activité est comme le commencement d’une course juste avant que le revolver ne tire. Après avoir quitté le cinéma, et son amant, l’héroïne commence à courir. Elle commence ainsi à échapper aux contraintes de sa vie qui l’empêchent d’atteindre ses rêves. Comme Rocky Balboa elle se refait et se bat pour l’opportunité de réaliser tout ce qu’elle peut devenir.

À première vue, Sylvester Stallone est un sujet étrange pour une auteur qui traite des problèmes auxquelles les femmes doivent faire face. Il n’a pas la réputation d’un intellectuel sensible, il est plutôt perçu comme un homme rustre. Les personnages qu’il joue sont des incarnations du machisme. Cependant, il y a des correspondances très révélatrices entre Stallone et Bernheim. Les deux ont écrits des scénarios. Ils partagent aussi la tendance de ne pas trop parler. Bernheim est maîtresse du minimalisme tandis que les personnages que Stallone joue sont tous très laconique. De plus, le premier Rocky a montré une sorte de minimalisme en disposant d’un budget modeste de moins d’un million dollars.

En se servant de Stallone comme modèle pour une jeune femme qui combat les tendances chauvinistes de la société, Bernheim crée une drôle d’image. Néanmoins, c’est une juxtaposition très éclairante. Alors que la nouvelle se déroule, nous comprenons que l’héroïne ne veut pas trouver un homme comme Stallone. Elle ne s’intéresse pas à un homme qui aime les sports de combat.  Au contraire, c’est elle qui se battra pour son droit de devenir tout ce qu’elle désire. Elle ne veut pas jouer un rôle conventionnel. Son choix de modèle n’est que la première preuve de son désir de détruire les stéréotypes sexuels. De plus, elle traite Stallone d’égal à égal. Loin de le placer sur un piédestal, elle admet les faiblesses que Stallone a lui-même. Parce qu’il lui a servi d’inspiration, elle aimerait l’aider s’il était jamais dans le besoin.

Pendant un entretien avec son éditeur, Gallimard, en 2002, Bernheim a dit : «Et enfin, à la différence de tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, il ne s’agit pas d’une histoire de désir, ni d’une rencontre érotique…
  Décidément, Stallone c’est autre chose…»[1] La morale de cette histoire est très simplement : si nous n’aimons pas ce que nous voyons dans le miroir, nous pouvons le changer. Mais Bernheim étend les possibilités, elle  réclame les héros des films d’action pour les femmes. Rocky pourquoi n’est-il pas de «chick flick» ? Dans cette nouvelle, l’héroïne essaye d’échapper aux stéréotypes.  Le public est aussi invité à abandonner ses préjuges, à voir, par exemple, Rocky Balboa comme un modèle idéal pour une femme. Dans cette nouvelle, décidément, Stallone c’est autre chose.

Le Flux de conscience

Elizabeth Marie West

Le Flux de conscience dans la Salle de bain de JP Toussaint

Le livre La salle de bain rédigé en 1985 par Jean-Philippe Toussaint et réalisé au cinéma par John Lvoff en 1989 fournit un aperçu unique dans la vie du personnage sans nom, qui s’appelle « Je ». Ce personnage n’a pas de nom parce qu’il est juste un flot de mots, d’ idées et des commentaires. Il ne peut pas s’entendre avec les autres parce qu’il les observe et les voit comme sujets. Il est chercheur mais il se voit comme un sujet. Le style de flux de conscience facilite cette déformation professionnelle. Le style dans lequel Toussaint écrit exemplifie la nature du personnage « Je ». Il montre la séparation qu’il a avec les autres.

L’écriture est flux de conscience. Par exemple, les paragraphes sont courts comme les idées fugaces. De temps en temps il n’y a pas une ligne commune entre les paragraphes mais des idées désordonnées comme si elles suivaient un fil de pensées. Les mots, les observations et les idées semblent n’avoir pas d’intrigue spécifique. Ils sont instantanés dans la vie de « Je » comme les paragraphes 7 et 14 de la deuxième partie, « Je ne descendis pas déjeuner » et “Le lendemain, je me réveillai de bonne heure, passai une journée calme. » Bien que le style appelle le flux de conscience, les paragraphes et les phrases n’ont pas un flot complet comme les histoires américaines et les romans américains dont on a l’habitude. Contrairement aux autres personnages « Je » ne les établit pas bien, indiquant qu’il aime mieux examiner le monde autour de lui et constate qu’il passe plutôt que de participer à ces événements. On peut l’observer quand le personnage « Je » contemple le rue en dessous de lui regardant le déluge de la pluie. Ce style donne une perspicacité unique chez un observateur strict.

« Je » relate seulement ce qu’il voit mais il reflète rarement la signification de ces événements. Il ne parle presque jamais avec personne à part Edmondsson. Quand il parle avec les autres, il n’obtient que l’information essentielle d’eux ou participe à la conversation la plus minimale. « Je » ne peut pas et il ne veut pas s’entendre avec quelqu’un comme le montre le passage au chapitre 1 « Je craignais de rencontrer quiconque. Parfois, un profil entraperçu m’effrayait… la vue de son visage inconnu me soulageait… » Il adore Edmondsson, mais il ne peut pas exprimer cet amour. Quand Edmondsson arrive à Venise ils semblent être un couple amoureux mais pendant que l’histoire progresse « Je » cesse de l’écouter elle et il n’entend seulement que le commentaire qui coure dans sa tête. Il ne comprend pas l’implication de son sentiment qui le gêne. Il se regarde dans le miroir ou il joue aux fléchettes essayant de se résoudre lui-même. Par exemple, chapitre 62 de la deuxième partie « Lorsque je jouais aux fléchettes, j’étais calme, détendu. Je me sentais apaisé. Le vide me gagnait progressivement et je m’en pénétrais jusqu’à ce que disparût toute trace de tension dans mon esprit. »

Alors le personnage « Je » est extrêmement égoïste. Ce qui est montré dans le passage « Il m’indiqua rapidement une direction du doigt et voulut m’éviter pour continuer sa route, mais, lui bloquant courtoisement le passage, je lui demandai quelques éclaircissements. A ce moment-là, il s’immobile vraiment et, prenant la peine de se retourner, avec beaucoup de patience, me donna toutes les indications nécessaires. ». Ceci indique qu’il demande aux autres d’abandonner leur propre échappée pour sa propre satisfaction. C’est un acte très narcissique. Son obsession avec lui-même ne lui permet pas de créer un rapport avec quelqu’un d’autre. Quand Edmondsson a un problème avec « Je » il la quitte et il fait ce qu’il veut sans respect. Il se gèle dans sa solitude pendant qu’il observe le passage du temps dans le miroir.

Donc, le personnage « Je » ne peut pas créer et maintenir de rapports parce qu’il est si distrait et concentré sur des détails mineurs de la scène environnante. Le flux de conscience communique sa difficulté à avoir une vie sociale réussie. Le message qui peut être perçu est que si nous sommes distraits par les composants environnants et les événements individuels, plutôt d’avoir une vue d’ensemble de l’être et du vivre, il ne sera jamais possible de réussir sa vie.