Du temps qui s’inverse indéfiniment

Lise Bloom

Du temps qui s’inverse indéfiniment dans Stricteternum

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Le concept du temps est souvent exploré en cinématographie. Dans le court-métrage, « Stricteternum », réalisé par Didier Fontan, le passage du temps va-et-vient en circuit fermé dans une boule de neige. Le temps est parfois interrompu par une clé, qui le déplace temporairement.

L’image de la clé est introduite quand le personnage principal a besoin d’une clé de 32 pour réparer sa voiture. Sa femme déconcertée lui propose une série de clé, toutes sont là, sauf celle de 32. Un nain de jardin qui regarde l’homme désemparé arbore fièrement une clé… plus tard la symbole de l clé réapparait dans le générique du programme télévisé que la femme regarde sans cesse. A la fin, c’est lorsqu’une femme remonte la clé de la boule de de neige que le temps dans la boule est inversé, et avec lui les rôles et les dialogues le sont aussi.

Parce qu’en tournant la clé, la femme a inversé l’espace temporel de l’univers  de la boule de neige. Soudain les dialogues sont inversés, non seulement l’homme et la femme échangent leur rôle mais leurs dialogues sont inversés chronologiquement. C’est ce processus qui sert de mesure au temps dans la boule, un cycle de vie correspond au déroulement d’un dialogue. c’est lors qu’on comprend que les personnages sont prisonniers et qu’ils ont perdu tout libre arbitre.

La liaison entre les deux personnages n’est pas l’amour, mais ce cycle répétitif dans le prison de verre. la clé est alors le symbole du contrôle de la vie. celui qui trouve la clé peut contrôler son destin. Notre personnage va alors passé sa vie entière à chercher une clé qu’il ne peut trouver et sans laquelle il ne sera jamais libre. Mais la cherche-t-il vraiment ? Il semble être soumis à cette répétition et accepter son destin.

Finalement, le réalisateur de Stricteternum utilise les motifs de la répétition et de l’éternité pour communiquer le thème de la relation de l’homme à son espace.

Tant que l’homme ne possède pas la clé de la vie, il ne peut être libre.

Miguel Bonneyfoy : de l’exil au voyage

Wiebke Mason

Né en France, Miguel Bonneyfoy a grandi au Venezuela et au Portugal. En 2009, il a remporté le Grand Prix de la Nouvelle de la Sorbonne Nouvelle avec La Maison et le Voleur. Il a ensuite publié Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure (edizione del Giano, Rome, 2009) et Naufrages (éditions Quespire, Paris, 2011) remarqué au Prix de l’Inaperçu 2012. En 2013, Prix du Jeune Ecrivain avec Icare et autres nouvelles (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Le Voyage d’Octavio (Rivages, Paris, 2015) son premier roman, fut finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman, Prix Edmée de la Rochefoucauld, Prix L’Ile aux Livres, Prix de la Vocation, Mention Spéciale du Jury au Prix des Cinq Continents et Prix Fénéon. En 2016, il a publié Jungle aux éditions Paulsen.

PORTRAITS

Q : Vous décrivez des situations et des personnages “exotiques”, comme dans le Voyage d’Octavio, pensez-vous que l’usage du français exotise votre analyse et vous positionne en observateur ?

R : En effet ce n’est pas nouveau que la langue française soit au service de la tropicalisation des termes. Quand on lit par exemple le Père Labar, Césaire, ou certains écrivains antillais, je pense par exemple à Lyonel Trouillot, on peut retrouver là, un français qui est tropicalisé, qui est exotisé. Un français dans lequel on trouve des termes qui essaient de rendre à la langue plus de fasteté, plus d’étendue, qui ramifie qui flexibilise le français en lui donnant, notamment avec les nouveaux termes, mais également avec une sorte de manière de tordre le français pour pouvoir le soumettre à une nature qui ne rassemble pas à la nature européenne. Donc, peut-être que dans Le Voyage d’Octavio on peut retrouver cet héritage. Il peut se positionner dans cette lignée de roman qui essaie de prendre le français pour parler de terres, d’une nature, de climats, de situation qui n’ont peut-être rien avoir avec la France. Alors, en effet, Le Voyage d’Octavio se trouve à ce niveau-là. Je ne pense cependant pas avoir inventé grand chose, mais tout simplement avoir pris des termes d’un français parfois désuet et l’avoir croisé avec un imaginaire vénézuélien, un imaginaire caribéen, comme on le retrouve dans énormément de livres.

Q : Les titres de vos romans font souvent appel au voyage ou à l’évasion “naufrage, Icare, labyrinthe, voyage”, pensez-vous que votre voix (dans le sens de la voix de l’auteur) est celle d’un éternel voyageur ?

R : Sans doute. Je pense qu’on écrit d’abord sur ce qu’on connaît. Moi, je connais le voyage, puisqu’il a constitué ma vie comme pour beaucoup de personnes. Alors au moment, bien entendu, de faire des fictions, des autofictions ou même de faire des structures ou des édifices narratifs avec d’autres personnages fictifs et bien il est évident que le voyage revient, que l’idée de l’ailleurs, que l’idée du départ, que l’idée de l’exil est sans cesse au centre de la préoccupation. Donc, il peut y avoir là dans les titres qu’on retrouve, et bien un écho, un reflet de ce qu’il y a dans les livres. Cependant, moi je ne suis qu’à l’aube de ma plume, à l’orée d’un chemin, donc je pense que ça va finir probablement par changer et que les prochains titres auront quelque chose de plus immobile.