« Les Chats » et l’importance du choix des mots

En 1857, Charles Baudelaire a publié Les Fleurs du Mal, la plus célèbre collection de ses poèmes.  Parce que les poèmes sont si populaires, ils ont été traduits à maintes reprises, mais certains ignorent le champ linguistique de Baudelaire et perdent ses sentiments. Ce morceau sera une réflexion sur un des poèmes de sa collection, « Les Chats, » et une de ses traductions anglaises. Qu’arrive-t-il quand un traducteur ignore les connotations des mots et se concentre plutôt sur les vers ? Cet article analyse une traduction de « Les Chats » par Roy Campbell, et finalement il offrira une nouvelle traduction.baudelaire

Dans la première strophe, Campbell traduit assez bien les sentiments de Baudelaire ; pourtant, il n’accentue pas les paradoxes. Par exemple, dans la première ligne, Campbell traduit « ferventes » comme « fervent » et « austères » comme « austere ». Oui, ces mots sont les traductions les plus directes entre les deux langues, mais ne sont pas assez forts pour distinguer les émotions provoquées par les deux mots en français. Un autre paradoxe apparaît dans la troisième ligne : « Les chats, puissants et doux ».  Baudelaire veut dire qu’ils possèdent une force qui est tempérée par leur douceur. Cependant Campbell les traduit directement et l’essence de ces mots opposés est perdue : il les décrit comme « strong, mild, » mots qui ne montrent pas l’opposition binaire que Baudelaire affiche partout dans le poème. Dans la dernière ligne de cette strophe, Campbell ajoute des mots, dont « chilly stealth » et « sedentary sloth », qui n’apparaissent nulle part dans l’écriture originale.

La deuxième strophe commence avec un nouveau paradoxe : « Amis de la science et de la volupté ». Campbell pense qu’une substitution pour le mot « volupté » est « lust ». En anglais les connotations pour « lust » sont brutes et vulgaires ; la volupté n’est pas le désir sexuel mais le plaisir exquis. Ensuite, dans la troisième strophe, Campbell semble inventer de nouveaux sentiments. Dès son début, il donne l’impression que les chats rêvent, mais, dans le texte original de Baudelaire, ils semblent seulement appartenir à un rêve où ils sont aussi nobles que les sphinx. Campbell traduit « des solitudes » comme « the gloom, » mais ce n’est pas du tout le sens du mot. De plus, Campbell dit que ce sont les chats « that seem to swoon into an endless trance », mais ils ne défaillent pas et ils ne sont pas dans une transe.

Campbell finit sa traduction de la même manière. Dans la premier ligne de la quatrième strophe, il engendre ces mots comme « tingle, » « shingle, » et « glance, » des mots dont le sens n’apparaît pas dans le poème. Il semble que le choix de mots est négligé en faveur de vers ; Campbell ne se soucie guère du sens réel ni du sentiment que Baudelaire essaie de transmettre. Par conséquent, il a créé un poème maladroit qui ne frappe ni l’oreille ni l’œil avec la même beauté que le morceau original de Baudelaire. Une nouvelle traduction de ce poème, cependant, manifeste la passion et mystère derrière l’original :

Cats

Fiery lovers and ascetic scholars

Equally love, in their ripe season,

Powerful yet delicate cats, pride of the house,

Who like them are distant and still.

 

Friends of erudition and pleasure

They search for the silence and terror of darkness

Erebus would make them his funeral messengers,

If toward servitude they could incline their pride.
They take in abstraction the noble attitudes

Of the grand sphinxes protracted at the bottom of their solitudes,

Who seem to sleep in a dream without end;

 

Their fertile loins have many magical sparks,

And particles of gold, like fine sand,

Glimmer starlike in their mysterious eyes.

– Erika Sparby, 2011

 

Les Chats

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;

Leurs reins féconds sont plein d’étincelles magiques
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Baudelaire, Les fleurs du mal

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Poche : 158 pages, Editeur : Librio (5 mars 2004). Collection : Librio Poésie. Langue : Français. ISBN-10: 2290339075

Les larmes de Bernardin dans “Paul et Virginie”

Les larmes de Bernardin1312452-Bernardin_de_Saint-Pierre_Paul_et_Virginie

Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre est l’histoire de deux enfants qui grandissent dans une niche naturelle et idyllique jusqu’au moment où ils sont séparés et confrontés aux idéaux européens. La narration se caractérise par l’enchâssement; au début du livre, un étranger à l’île de la France commence l’histoire, mais après quelque pages, c’est un vieillard qui prend le contrôle. Ce changement est intéressant parce qu’il introduit l’idée d’un narrateur omniscient qui, de plusieurs manières, agit comme Dieu.

Tout d’abord, le vieillard est décrit comme un homme qui a les cheveux blancs et une physionomie noble et simple (110). Cette description ainsi que le fait que ce vieil homme a “formé deux portions (de la terre sur l’île) à peu près égales” (114) pour les deux femmes fait allusion au point de vue classique que Dieu est un homme blanc, sage, et vieux qui a divisé la terre et créé le jardin d’Éden.

En second lieu, bien que le vieillard ne soit pas un membre de l’une des deux familles principales, il connaît tous les détails intimes de leurs vies. Dieu savait quand le premier péché a été commis par Adam et Eve, et notre narrateur, comme Dieu, n’était pas à la fontaine quand Virginie “entrevoit dans l’eau, sur ses bras nus et sur son sein, les reflets des deux palmiers plantés à la naissance de son frère et à la sienne, qui s’entrelaçaient au-dessus de sa tête…” (159) néanmoins il a quand même noté cet événement comme sa chute.

Ce qui est difficile de déterminer c’est quand le vieillard arrête d’être le Dieu omniscient et que Bernard de Saint-Pierre l’utilise pour annoncer ses propres opinions. Il existe par ailleurs de nombreux parallèles entre Bernard de Saint-Pierre et le vieillard. Les deux ont eu deux enfants qui s’appellent Paul et Virginie (le narrateur considère les enfants comme les siens.) Les deux adorent la nature et sont éduqués. Il est possible que Bernard de Saint-Pierre ait eu un peu peur parce qu’il a beaucoup critiqué la nature des Français dans son livre. Afin d’éviter être complètement rejeté pour ses avis, il a construit Dieu comme narrateur. Ainsi, les lecteurs sentent plus d’empathie pour le vieil homme et Dieu parce qu’ils ont tous deux vu leurs créations détruire la nature et la vertu dans le but d’assouvir leur désir perpétuel pour obtenir plus.

Ce n’est pas simplement Dieu qui pleure pour la triste chute de ses chers enfants et amis du jardin d’Éden, mais c’est aussi Bernardin de Saint-Pierre.

Hali Wolf

L’émotion inhérente chez Molière

L’émotion inhérente, chez Molière dans l’école des femmes.

 

À son époque, Molière était connu pour ses œuvres qui ont provoqué la controverse sur plusieurs sujets dans la société traditionnelle. « L’école des femmes », est une histoire d’un bourgeois qui a mis une fille de quatre ans dans un couvent afin qu’elle grandisse ignorante du monde et de la société pour devenir une épouse obéissante et subordonnée. Cependant, par son manque d’assurance et les évènements qui se passent avec la fille, on vient à comprendre qu’il y a des choses que l’ignorance même n’affecte pas. Bien que l’on puisse élever des enfants en dehors de la société et du monde autour d’eux, ils auront toujours le libre arbitre et les émotions inhérentes qu’il ne faut pas sous-estimer.Moliere_4lg

Au début de la pièce, on rencontre Arnolphe, un homme riche et instruit mais qui manque d’assurance. Lorsqu’il bavarde avec son ami Chrysalde, il l’appelle Seigneur Arnolphe mais lui revendique le nom de Monsieur de la souche, «  Mais enfin de la Souche est le nom que je porte : j’y vois de la raison, j’y trouve des appas ; et m’appeler de l’autre est ne m’obliger pas » (21). Arnolphe n’a pas confiance en lui-même, donc, il recherche un nom plus noble. D’un côté, il est possible que Molière par le personnage d’Arnolphe exemplifie les insécurités des bourgeois tels que leur manque d’assurance quand il s’agit de leur position dans la société mais aussi leur besoin de montrer leur domination et pouvoir sur les femmes. En discutant du mariage et des femmes, Arnolphe avoue à Chrysalde qu’il se mariera avec une sotte pour qu’elle ne puisse pas l’humilier, « Épouser une sotte pour n’être point sot. Je crois en bon chrétien, votre moitié fort sage ; mais une femme habile est un mauvais présage ». D’un côté, ses sentiments sur les femmes malicieuses qui exploitent leurs maris pourraient représenter la mentalité des hommes dans la société de l’époque, ceux qui n’avaient pas accepté la manière dont les femmes commençaient à se libérer un peu en public et dans les mariages. Toutefois, on peut dire aussi qu’Arnolphe représente la vieille mentalité chauvine qui croit que les femmes sont dans le monde pour donner du plaisir aux hommes, « Votre sexe n’est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu’on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité : l’une est moitié suprême et l’autre subalterne » (59). Ici, Arnolphe explique à la fille sa position subordonnée dans la vie pour renforcer son ignorance et pour lui faire réaliser les choses qu’il a fait pour elle.

Après avoir examiné Arnolphe et ce qu’il représente comme personnage, il faut considérer les effets de ses actions sur Agnès. Dans la pièce elle est plus âgée, donc, on la trouve chez Arnolphe toujours enfermée du monde. Elle est devenue très belle mais aussi innocente parce qu’elle n’a pas été corrompue par la société. Cependant, un jour quand elle contemple de son balcon, le seul endroit où elle peut s’échapper, elle voit un garçon qui lui adresse un sourire. Peu après, une vieille femme vient la voir pour lui dire qu’il mourra si elle ne le voit pas encore, à cause de son innocence ils se rencontrent et elle commence à l’aimer :

Il jurait qu’il m’aimait d’une amour sans seconde, et me disait des mots les plus gentils du monde, des choses que jamais rien ne peut égaler, et dont, toutes les fois que je l’entends parler, la douceur me chatouille et là-dedans remue certain je ne sais quoi dont je suis toute émue. (48)

Il est ironique que dans sa quête d’éloigner Agnès des autres pour qu’elle ne puisse l’humilier ni lui faire du mal, il ne lui a pas enseigné d’éviter les autres hommes. Il s’est tellement occupé de limiter son accès à l’information qu’il n’a pas pensé au fait qu’elle pourrait tomber amoureuse avec quelqu’un d’autre. Dans sa tête, Agnès ne connaîtrait personne d’autre, donc, elle tomberait amoureuse avec lui. En apprenant ce qui s’est passé, il lui dit que c’est un péché de ressentir des sentiments comme ceux-là et si elle n’oublie pas ses sentiments il y aura des conséquences, « vous irez un jour, vrai partage du diable, bouillir dans les enfers à toute éternité » (60). Il est évident qu’Arnolphe craint de la perdre, donc, il essai de lui faire peur. Néanmoins, la vie continue et quelques jours après Agnès lui dit que le garçon lui a rendu visite une autre fois mais qu’elle lui a commandé de partir et qu’elle lui a même jeté un caillou. Plus tard, après qu’Arnolphe pense qu’il avait gagné, il découvre qu’Agnès n’a pas menti sur le cillou mais qu’elle a omis le fait qu’elle avait attaché un mot d’amour « Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre, mais en termes touchants et tous pleins de bonté, de tendresse innocente et d’ingénuité » (70). Voilà, de ce point-là on vient de comprendre que malgré les efforts d’Arnolphe, l’ignorance n’affecte pas le libre arbitre ni les émotions. Arnolphe n’aime pas ce développement et il essaie de les séparer mais bien qu’Agnès soit ignorante, elle ne manque pas de jugeote et elle sait qu’elle est prisonnière.

Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, et m’avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte, et qu’enfin, dans ma tête, je ne juge pas bien que je suis une bête ? Moi-même, j’en ai honte ; et, dans l’âge où je suis, je ne veux plus passer pour sotte, si je puis. (107)

Agnès lui dire que bien qu’il l’ait séparé de la société pour qu’elle se repose sur lui, elle ne va pas rester absente, elle réagit. Alors qu’il s’épuisait pour la séparer de la société il a sous-estimé l’intelligence des femmes et le fait que même si quelqu’une est bête, le libre-arbitre est quelque chose d’inhérent.

En dernier lieu, l’amour n’est pas quelque chose qu’on peut contrôler. Pendant toute sa vie Arnolphe avait compté sur le fait qu’il se marierait avec Agnès quand elle aurait grandi mais il n’a jamais pensé à ce qu’elle désirerait. Donc, quand Agnès commence à tomber amoureuse avec Horace, le fils de son ami Oronte, Arnolphe devient furieux, « Je suis en eau : prenons un peu d’haleine ; il faut que je m’évente, et que je me promène. Aurais-je deviné quand je l’ai vu petit qu’il croîtrait pour cela ? Ciel ! que mon cœur pâtit ! » (39). De cela, Arnolphe exemplifie son arrogance en pensant qu’elle allait l’épouser sans question. Il pense à Agnès et toutes les femmes comme des êtres incapables de penser pour elles-mêmes, donc, quand elle avoue ses sentiments pour Horace il est très étonné. Lorsqu’Arnolphe essai de s’éloigner les deux parce qu’il considère déjà Agnès comme sa femme, il la réprimande pour ses actions et il exprime qu’elle doit être son épouse ; mais encore il sous-estime la complexité des femmes et il ne comprend toujours pas que l’amour ne peut pas être forcé.

Arnolphe : Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler : quelle preuve veux-tu que je t’en donne, ingrate ?

Agnès : Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme : Horace avec deux mots en ferait plus que vous. (109)

Finalement, Arnolphe avoue le fait qu’il aime Agnès mais il est trop tard. Il a passé toute sa vie en la gardant enfermée du monde et en la traitant comme une sotte, tandis que s’il l’avait aimée et traitée respectueusement, peut-être l’aurait-elle aimé en retour.

En dernier analyse, Molière a bien montré la mentalité archaïque des hommes et comme ils désirent parfois une femme servile. Toutefois, c’est aussi une leçon pour les hommes de ne pas sous-estimer les femmes ni la force de l’amour. Bien que Molière fût vraiment un homme qui a causé beaucoup de controverse à son époque, il est quelqu’un qui était en avance sur son temps. Avec toutes ses œuvres qui sont souvent des commentaires sociales, Molière s’il n’a aidé à l’égalisation de la société a, dans les cas, soulevé des problèmes, et permis à ceux qui le lisaient d’y réfléchir. Et l’on peut se demander, si Molière n’a pas été en son temps un féministe avant l’heure…

Jordan Gardner

Pour Professeur Bourdier

[1]


[1] Molière. L’école Des Femmes. Paris: Gallimard, 2004. Print.

La Beauté chez Molière

La beauté chez Molière…  dans Le médecin malgré lui et Le bourgeois gentilhomme

Jo Brunner, la beauté c’est l’introduction fluide et délibérée de l’égalité des sexes

Dans la période au cours de laquelle Molière devient célèbre grâce à son écriture, les femmes des classes bourgeoises n’avaient pas beaucoup de pouvoir sur leurs vies. Elles ne possédaient pas les mêmes droits que les hommes et à la fois, elles étaient considérées comme des êtres dociles et conciliants. Cettemo01 attitude populaire est visible dans les pièces de Molière, spécifiquement Le Médecin Malgré Lui et Le Bourgeois Gentilhomme, des œuvres créées à la fin des années 1600. Dans les deux pièces, Molière reconnaît ces attitudes mais au même temps il se permet de les critiquer. Il attribue aux femmes plus de mérite et en effet, tous les hommes dans la pièce et aussi ceux qui la regardent et traitent les femmes comme leurs inférieurs, sont ridiculisés. Molière possède plusieurs tactiques pour changer l’attitude de ses spectateurs. La distribution délibérée des rôles, les qualités positives données aux femmes, et aussi l’utilisation de la farce sont toutes des méthodes pour influencer le public. Il y a de la beauté dans l’introduction fluide et délibérée de l’égalité.

Paul Heywood, la beauté c’est l’ambition

Évidemment, il y a beaucoup de choses qui font une pièce, y compris des idées et des thèmes différents.  Cependant, ces deux pièces de Molière sont des comédies qui montrent quelques idées similaires, dont on peut se servir pour parler au sujet de la beauté.  Moi, je vois la beauté dans les personnages qui sont ambitieux.  Je pense qu’il est à noter que pour n’importe quelle personne, on peut avoir des aspirations magnifiques.  Même si un homme n’a pas beaucoup de talents ou de compétences, il a encore un rôle à jouer basé sur ses aspirations.  Ces aspirations peuvent changer avec l’influence des concepts comme l’argent, la classe sociale, ou des relations familiales.

Cameron Hancock, la beauté c’est l’œuvre dans sa globalité

La perception du lecteur est très importante quand on lit les contes, les livres ou les pièces. Ce qui est beau se manifeste dans les yeux, et le cœur, de la personne qui lit ces œuvres. Souvent il n’y a pas explicitement le thème de la beauté dans les livres, mais le lecteur peut trouver quelque chose d’assez beau et il crée cette idée dans sa tête et à l’intérieur de la pièce. C’est à dire qu’il n’y a pas de beauté inhérente dans une pièce, mais quand l’esprit relie les choses, on peut trouver une autre beauté. Cette idée n’est pas absente des pièces de Molière, en particulier Le Médecin malgré lui et Le Bourgeois Gentilhomme. On peut trouver les choses qui sont belles dans les deux pièces, mais il faut relier ensemble les idées partout dans la pièce pour en apprécier la beauté. Aussi il faut élargir la vue et analyser la pièce entière comme une œuvre d’art. Pour ces pièces, le thème qu’on peut trouver beau est que les personnes qui n’ont pas beaucoup de pouvoir réalisent leur pouvoir dans des formes différentes. En plus, par l’analyse de toutes les pièces il y a de la beauté dans la forme que Molière emploi pour les deux, qui est presque pareille. Finalement les pièces sont des œuvres d’art et le fait qu’on peut en discuter et en débattre est beau en soi.

Cate Welch, La beauté c’est de choisir

Dans les deux pièces, les filles refusent de se marier avec les hommes que leurs pères ont choisis, ce qui démontre un certain féminisme chez Molière. C’est beau parce qu’elles veulent avoir un mariage heureux, et non pas fondé sur l’argent. Dans Le Médecin Malgré Lui, la fille Lucinde, après qu’elle retrouve la parole, dit à Géronte, « je l’ai recouvrée pour vous dire que je n’aurai jamais d’autre époux que Léandre, et que c’est inutilement que vous voulez me donner Horace » (93). De même, dans Le Bourgeois Gentilhomme, avant que Lucile, la fille, sache que le fils du grand turc est Cléonte, son grnd amour, elle dit, « je ne veux point me marier » et « il n’est point de pouvoir qui me puisse obliger à prendre un autre mari que Cléonte» (141,142). Donc, les deux filles rejettent les volontés de leurs pères pour exprimer les leurs, ce qui n’était pas toujours le cas à leur époque. Je trouve ce féminisme beau parce qu’il est difficile de rejeter les volontés de son père, mais Lucinde et Lucile n’hésitent pas. Elles veulent se marier avec les hommes qu’elles ont choisis.

Quinn Gordon, la beauté des femmes déterminées

La femme de Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois Gentilhomme est un personnage qui a plus d’intelligence et d’auto-détermination que ce à quoi nous pourrions nous attendre dans une pièce de théâtre écrite à cette époque-là. Elle veut aider sa fille à se marier avec Cléonte, un homme avec qui Lucile serait heureuse. Elle aide les autres personnages à duper Monsieur Jourdain pour que ce mariage puisse se réaliser. Dans les deux pièces, il y a de la beauté dans le fait que les personnages féminins ne sont pas inutiles. Elles nous démontrent qu’une femme ne doit pas compromettre son esprit, même si elle vit (comme les femmes de Molière) dans une époque qui ne valorise pas toujours les femmes.  De plus, elles nous disent qu’il y a toujours une solution pour s’affirmer et s’améliorer en dépit de l’environnement social.

Audrey Inglis, la beauté du féminisme

Les femmes des deux pièces sont belles parce qu’elles ont beaucoup de puissance et d’autorité, et ces caractéristiques sont intrinsèquement belles. Le Médecin malgré lui et Le Bourgeois gentilhomme offrent des femmes très puissantes. Martine a de l’autorité sur son mari quand elle envisage sa vengeance, et Lucinde trouve un moyen de contrôler celui avec qui elle va se marier. En même temps, Madame Jourdain peu facilement utiliser la stupidité de son mari contre lui, et elle refuse de forcer sa fille à contracter un mariage dans lequel elle ne sera pas heureuse avec un mari qu’elle n’a pas choisi elle-même. Il y a une beauté dans la puissance des femmes, et le féminisme que Molière utilise dans ces deux pièces.

Ellen Cambron, la beauté c’est la simplicité

On peut voir la beauté dans le contexte de la simplicité contre la luxure.  Les nobles trouvent la beauté dans les vêtements extravagants et les bijoux chers. Par contre, ceux qui ne sont pas nobles trouvent la beauté dans la simplicité. Ils n’ont pas besoin de beaucoup d’argent pour se rendre heureux ou pour apprécier la vie. Il est clair que les aspects les plus beaux dans les pièces sont les aspects simples. Pourtant, il y a des éléments simples et beaux que les personnages ne comprennent pas. On peut avoir de la sympathie pour les personnages qui ne sont pas nobles, comme dans Le médecin malgré lui, pour Martine, femme de faible condition et Lucas marié à une femme infidèle, ou dans Le bourgeois gentilhomme  pour Mme Jourdain mariée à un homme méchant et fou, et Cléonte, qui est honnête homme, mais pas gentilhomme et donc peu respecté. Donc les personnages les plus sympathiques ne sont pas les nobles avec leurs grands problèmes, mais les gens simples qui ne peuvent rien faire de leur condition à cause du système de classe très engrainé dans la France à cette époque. Donc c’est la simplicité qui est belle et sympathique, pas le luxe des nobles.

Marissa Bell, la beauté c’est l’usage de la langue

La langue est le moyen de communication principal entre humains. Pour décrire une émotion ou une idée complexe et exprimer des variantes, nous sommes limités à un ou à deux mots. À cause de cela, la langue apporte des restrictions à la liberté d’expression. Molière identifie les contrastes binaires et statiques que la langue crée inévitablement d’une façon si belle. Dans Le Bourgeois Gentilhomme, la langue est la chose que l’on devrait utiliser pour la communication sociale, mais Molière souligne ces qualités de confusion et les limites qu’elle engendre. Par exemple, à la cérémonie du mamamouchi, un peu de charabia peut produire le bonheur. Les mots de Monsieur Jourdain se tordent à la première scène de acte 5, et il confond le mot « paladin » pour « baladin. » Les nouvelles compétences langagières sont insignifiantes, mais Monsieur Jourdain s’y attache. Agrémentées de ces turqueries, la langue elle-même montre le chemin de la communication, mais aussi l’aspect illusoire des mots. La beauté vient de cette compréhension qui dépeint la langue.

Whitman College, Walla Walla, WA

Illustrations : Images tirées de Molière (2007) film du réalisateur Laurent Tirard avec Romain Duris dans le rôle de Molière.

Le Pouvoir du Scepticisme chez Molière

                              Le Pouvoir du Scepticisme tartu

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière est né en 1622 à Paris . Sa famille était moyenne classe et à l’âge de dix-sept il a commencé ses études dans une « école jésuite », où ses camarades de classe étaient les jeunes bourgeois ou fils de la noblesse.[i] En dépit de son statut social, son intelligence et son savoir-faire lui ont fournit des opportunités à la cour du roi Louis XIV. Comme membre de la moyenne classe, il a surmonté les restrictions sociales et utilisé la comédie pour influencer le monde. Il disait, « Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant » et se servait de ses pièces de théâtre pour améliorer l’humanité en questionnant les règles de la société. [ii]

Pendant l’époque de Louis XIV, les aristocrates valorisaient la raison, l’ordre, et l’enquête du monde plus que tout. On voyait l’extrémisme et le comportement irrationnel comme les traits de la populace impolie et commune. [iii]  Mais souvent ceux qui avaient les positions de pouvoir étaient aveuglés par leurs émotions et ils perdaient leur bon jugement. Ainsi, ils se comportaient contre les règles de la société et les attentes du roi pour ses sujets. Dans la pièce de théâtre Le Tartuffe, Molière montre qu’il existe toujours des exceptions de nos puissantes croyances et qu’il faut toujours penser objectivement ; une servante peut être plus raisonnable et intelligente que son maître, et les hommes qu’on croit les plus pieux sont quelquefois d’horribles pécheurs. La pièce Le Tartuffe ridiculise l’émotion excessive, l’irrationalité religieuse et le strict système de classes. Mais comme le pouvoir absolu du roi était la seule chose que personne ne pourrait remettre en question. Pour éviter la possibilité de la punition par Louis XIV, Molière utilise les personnages de Dorine, Orgon, et Tartuffe pour se moquer des faux dévots et des règles de la société.

Tartuffe, le plus grand hypocrite de tous, se montre comme un homme de la dévotion religieuse la plus puissante. Il censure les actions des autres, mais il ne pratique pas les mêmes règles dans sa propre vie. Il utilise sa fausse dévotion pour profiter de la croyance aveugle d’Orgon, et il essaie de faire des avances romantiques à la femme d’Orgon, disant que «ce n’est pas pécher que pécher en silence» (Acte V, 1506). Sous le masque de sa fausse piété, il cache ses péchés qui sont pires que ceux dont il accuse chez les autres.  Parce qu’il se comporte comme s’il avait l’approbation de Dieu en tout ce qu’il fait, Tartuffe gagne la confiance des gens extrêmement religieux, comme Orgon et Madame Pernelle. Mais d’autres ne sont pas convaincus de la sincérité de Tartuffe. Bien que tous les personnages dans la pièce soient religieux, leurs croyances ne sont pas aussi extrêmes que celles d’Orgon et Madame Pernelle. Parce ceux-ci sont aveuglés par leur religion, ils regardent la dévotion et piété de Tartuffe sans se demander objectivement la raison pour laquelle Tartuffe la montre à tous dès que possible. Orgon et sa mère sont victimes de l’escroquerie de Tartuffe, qui les dupe parce que leur extrémisme religieux est égal au sien, et leurs émotions insensées affaiblissent leur perception.

Une autre croyance que Molière ridiculise est l’idée que la place en société d’une personne est égale à son intelligence. Souvent on imagine les pauvres comme agressifs, facilement influençables, et ignorants. Quant à l’aristocratie, l’idée est inverse ; c’est presque comme si la quantité de leur argent est égale à leur intelligence. Ils sont aussi extravagants qu’ils sont logiques et savants.  Dans Tartuffe, Molière montre comment les aristocrates ne sont pas toujours supérieurs en intelligence aux pauvres, et la vraie richesse est la richesse de la raison. Dorine est un exemple d’une servante plus intelligente et raisonnable que son maître, et son personnage va contre les idées reçues. Tout au long de la pièce, Dorine défend sa maîtresse, Marianne, contre l’irrationalité de son maître, Orgon. On suppose que le chef de la maison serait plus difficile à embobiner que tous les autres, mais en réalité c’est sa servante qui peut voir le mieux la vérité.

Pour Molière, cette affirmation que les sujets sont quelquefois plus logiques que leurs maitres était dangereuse, parce que c’était une interrogation du pouvoir du roi.  Mais à la fin de la pièce, Molière se sauve contre les accusations possibles quand il montre le roi comme raisonnable et presque impossible à duper ; « L’Exempt » dit à la fin que Louis XIV est « un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs / et que ne peut tromper tout l’art des imposteurs. » (1907-1908, scène 7).  Bien que Molière s’exprime de façon controversée, il n’attaque pas le pouvoir absolu du roi ouvertement. Le personnage d’Orgon est le représentatif métaphorique du roi, comme le chef de la maison avec le pouvoir absolu. Il a le contrôle de tout, mais il fait de graves erreurs quand il laisse le faux dévot, Tartuffe, influencer ses décisions. Dans le VIIème scène, Orgon est furieux contre son fils, Damis, et dans cette rage, il promet à Tartuffe l’héritage de Damis et sa famille. Dans la ligne, « Vous faire de mon bien donation entière » , Molière montre au lecteur que le pouvoir absolu est dangereux parce que les humains sont souvent submergés par leurs émotions, et ils prennent de mauvaises décisions qui ont des conséquences. Le lecteur connaît bien les crimes de Tartuffe, et dans la position omnisciente on attend les conséquences de la réaction hyper émotionnelle d’Orgon.

 

Tout au long de la pièce, Molière contraste l’intelligence et la raison de la servante Dorine contre la stupidité et l’aveuglement de son maitre, Orgon. Tartuffe joue contre les deux comme créateur du conflit. Orgon croit dans l’honnêteté complète de Tartuffe, bien que la maison entière sache que Tartuffe est un faux dévot et arnaqueur.  Parce qu’Orgon est contrôlé par sa propre ferveur religieuse, il regarde les actions de Tartuffe avec un œil admiratif. Mais Dorine, de l’autre côté, comprend le jeu de Tartuffe, et elle essaie de protéger ceux autour d’elle contre les conséquences de la crédulité d’Orgon. Bien que Dorine soit une servante sans instruction, elle représente les sentiments de Molière contre l’aristocratie. Elle réagit à l’émotion excessive des autres avec sarcasme et ridicule, mais elle reste calme dans toutes les situations. Dorine est inférieure d’Orgon, mais Molière fait croire au spectateur que la situation serait meilleure si un personnage raisonnable comme Dorine était le maître de la maison.

Pour Molière, la logique et le scepticisme étaient des caractéristiques indispensables, et si une personne au pouvoir ne possédait pas ces traits, il y aurait inévitablement de graves conséquences.

 


[i] (Personnaz)

[ii] (Molière)

[iii] (“Histoire en Ligne “)

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

“Chronologie.” Tout Molière. La Société OVH, n.d. Web. 17 Avril 2012.

<http://www.toutmoliere.net/chronologie.html&gt;.

 

“Louis XIV Le Grand dit le Roi Soleil.” Histoire en Ligne . 30.03.2009. Web. 17 Avril

2012. <http://www.histoire-en-ligne.com/spip.php?article225&artsuite=3

 

Molière. “Citation de Molière extraite de l’article “comédie” du dictionnaire de français

Littré.” Reverso. Softissimo, 2010. Web. 17 Apr 2012.

<http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/citation/le_devoir_de_la_com

 

Lizzie Van Horn

 

 

En Tombant

Debout dans le ciel bleu,debout

je voyais sur son miroir

liquide, que ses Lys buvant le Soleil,

chatoyant. elles m’ouvrent leurs bras feuillus et étincellent

leurs dents blanches. Ses fleurs, comme les étoiles du nuit, me chuchotent

des secrets inconnus.

tout à coup je me suis aperçu :

Je Tomberai

 

debout au matin doux,

je buvais le Sang et les Larmes

avec lesquels sa tasse se déborde. les viandes

rouges, enfumées des Gaz du Moutard et de

l’intrigue. en goûtant mes espoirs, je regardais ses gens au-dessous comme un plat

d’hors d’œuvres, chaque morceau épicé

avec un certain saveur criant

« Je vis ! Je vis ! »

Nous vivons Tous.

tout à coup je me suis aperçu :

Je Vais Tomber

 

debout au-dessus le monde secouant,

je ressentais comme une tremblement de terre, son grand serpent

métallique dévale sous mes pieds en avalant

les ivres, les poètes, les affairés, et

les amants qu’ il recrache

toujours  avançant en s’écrasant et cherchant

les Cieux plus Bleus.

tout à coup je me suis aperçu :

Je Tombe

 

En tombant de la Tour,

j’ai entendu le vent m’applaudir. entendez-Vous

les gens qui chantent ? les messes, les arias, les décrets, les malédictions, les chansons

de la Vie et de la Mort

des lys et des métros – tout en

harmonie, le même esprit, la même

Langue d’Amour.

tout à coup je me suis aperçu :

Je Suis

Tombé

Amoureux

D’ Elle.

 

La Place Corps Saint

pour Mariola et Nada, à Avignon.

 

À quoi je pense à ce moment-là ?  Devant toi? Devant toi ?corps

Des milliers de couleurs

Des milliers de formes perceptibles, incontournables

Des lumières et des ombres-

À la louange d’une bande orange

Autour de nos pieds,

Qui flottent sur les pavés

Frais sur frais et

Chaud sous chaud c’est

La nuit et

Nous sommes

Tombées à la place de corps

Saint,

Ou saint

Corps

Je m’en souviens plus-

On a toujours dit “saint corps” et ça fait plus de sens non?

Ou alors, ça peut être “corps saint” car

En ce lieu, on devient pur, honnête

Devant les célestins et des bouteilles remplies-

Et des cigarettes qui brûlent-

La fumé de ta bouche, et de ta bouche-

Sur les escaliers, qui monte qui monte-

Oui, ça peut être « corps saint »

Mais,

On a aussi dit   « saint corps »

“où est cette place ?” dit Nada à l’inconnu dans la rue la nuit est peinte aux murs comme au théâtre

et nous sommes perdues un peu pas vraiment mais “merde” oui “merde”-

– dit le encore, ma belle.

Comme mot pour dire

“c’est bête” ou “c’est mal” ou “c’est dingue”

–           dit le encore, s’il te plait.

On n’a pas beaucoup de temps.

Et on se parle et on

Se regarde près de la Rhône qui passe en dessous du pont.

L’ensemble-

De la peau douce,

Et Mariola joue sa guitare

Avec tout son corps comme

Vaisseau d’une musique dont  je retrouve  enfin dans mon cœur,

Cette rivière,

Remplie encore  d’une waltz qui chante –

À vous-

Et je baisse la tête

Et je me lève les bras

Pour mettre une robe que j’avais amenée ici

Il y a deux ans

Quand j’ai découvert le festival

Quand j’suis resté à l’hôtel

Quand je rentrais seule

Je me souviens d’avoir regardé cette place,

Je ne connaissais pas le nom,

Mais j’avais envie d’y être-

Et j’ai hésité-

De prendre un verre, de parler à quelqu’un

J’ai hésité-

Et puis je suis passé seule, rentrant à ma chambre, mon lit.

Qui savait un jour que j’y serais revenue

Pour mettre ce matin

Cette même robe

Sur mon corps

Pour y être avec

Vous ?

On n’est jamais près de la mort

On n’est jamais près de la mort,  Une vision Le mur, J.P Sartrele mur

Pablo, le narrateur du Mur de Jean-Paul Sartre, passe une nuit angoissée en attendant son exécution par les fascistes pendant la Guerre d’Espagne. Quelques moments après, rêvant de son exécution, Pablo se réveille et s’inquiète du fait qu’il sera peut-être endormi pendant sa mort. Il dit, « [J]e ne voulais pas mourir comme une bête, je voulais comprendre » (642, vers 8-9). Les mots « je voulais comprendre » sont peut-être plutôt ironiques parce que personne ne comprend vraiment la mort. Néanmoins, ce sentiment évoque le principe existentialiste auquel on doit faire face dans cette situation.

Les existentialistes parlent de l’abandon d’un individu. On ne vit pas comme si un autre apparaîtra magiquement pour résoudre quelques circonstances difficiles. Pour l’existentialiste, on doit faire face au « délaissement » : « Dieu n’existe pas, et [qu’]il faut en tirer jusqu’au bout les conséquences » (L’existentialisme 33-34). Pablo comprend qu’il doit éprouver sa mort afin d’accomplir la responsabilité de l’homme. ¬D’après Sartre, «[L]’homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme ». Alors, Sartre cite Ponge, « L’homme est l’avenir de l’homme » (L’existentialisme 38). Cependant, il y a ici un paradoxe : Si « chaque instant » inclut  le dernier moment de vie, est-ce que  l’homme s’invente un avenir après la mort ?

Peut-être peut-on résoudre ce paradoxe en comparant les moments avant la mort avec les pas vers un mur. Si on marche à mi-chemin du mur avec chaque pas, on n’arrive jamais au mur. Les moments entre la vie et la mort (le mur) sont probablement aussi infinis. Quelle est la longueur d’un moment ? Peut-être un moment peut toujours être divisé en deux, comme un jour, une heure ou une minute. Si c’est le cas, on est toujours isolé de la mort par des moments (ou demi-moments) innombrables. On ne le saura pas à moins de faire face à la mort, à la manière courageuse de Pablo.

Travaux cités

Sartre, Jean-Paul. L’existentialisme est un humanisme.  Paris: Les Editions Nagel, 1967.

—. « Le mur. » Poèmes, pièces, prose : Introduction à l’analyse de textes littéraires français. Ed. Peter Schofer, Donald Rice, Wiiiam Berg. New York : Oxford UP, 1973. 629-649.

Le Paris d’Haussmann (1853-1870) : un portrait.

En vue de préparer la ville de Paris à la modernité, Napoléon III désigna le Baron Haussmann, préfet de la Seine, pour transformer la ville : installation d’égouts, établissement de jardins, inclusion des Buttes de Chaumont (jardin au nord de la ville), ratissement des vieux bâtiments, constructions de nouveaux ponts etc. Tous ces travaux de transformation de la ville se sont accompagnés d’élargissements des rues et de créations de boulevards. Le visage de Paris change et avec lui, la société parisienne. La dernière “révolution” que connaîtra la ville s’éteindra bien vite, ne pouvant rien contre ce nouvel espace ouvert. La Commune (1871) en effet ne tiendra pas le coup. Une bonne introduction à cet évènement historique se trouve dans le film La Commune (Paris 1871) du réalisateur britannique Peter Watkins. Celui-ci prend le partie de faire revivre l’évènement à travers les témoignages de “communards” (forcément fictifs).

Fini les petites ruelles sombres de Balzac, c’est désormais la naissance du Paris des flâneurs, de la foule insaisissable, des grands magasins et des devantures aguichantes. Certains, comme l’écrivain Emile Zola embrassent ce changement (Au Bonheur des Dames) et d’autres comme le poète Baudelaire s’en désolent (Le Cygne).

 


Pour en savoir plus, petit additif de la rédactrice en chef.

 

La Commune (Paris, 1871) (2000) est un film français de Peter Watkins. L’historien Jacques Rougerie la « considère comme l’oeuvre cinématographique la plus accomplie et la plus remarquable sur la Commune, dont elle restitue extraordinairement le climat, avec une fidélité historique remarquable. » Jacques Rougerie, Paris libre 1871, p 282, Editions du Seuil, 2004

Au Bonheur des Dames est un roman d’Émile Zola publié en 1883, le onzième volume de la suite romanesque les Rougon-Macquart.
Au Bonheur des Dames.Le Livre de Poche (1 octobre 1971) Collection : Classiques,  Langue : Français. ISBN-10: 2253002860

Charles Baudelaire, Le Cygne, extrait des Fleurs du Mal dans la section des Tableaux Parisiens.

LXXXIX, LE CYGNE,
À VICTOR HUGO

I

Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,

Pauvre et triste miroir où jadis resplendit

L’immense majesté de vos douleurs de veuve,

Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

 

A fécondé soudain ma mémoire fertile,

Comme je traversais le nouveau Carrousel.

Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville

Change plus vite, hélas! que le cœur d’un mortel) ;

 

Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques,

Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,

Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,

Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

 

Là s’étalait jadis une ménagerie ;

Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux

Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie

Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

 

Un cygne qui s’était évadé de sa cage,

Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,

Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.

Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

 

Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,

Et disait, le cœur plein de son beau lac natal :

« Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? »

Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

 

Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,

Vers le ciel ironique et cruellement bleu,

Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,

Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

II

 

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

 

Aussi devant ce Louvre une image m’opprime :

Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,

Comme les exilés, ridicule et sublime,

Et rongé d’un désir sans trêve ! et puis à vous,

 

Andromaque, des bras d’un grand époux tombée,

Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,

Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ;

Veuve d’Hector, hélas ! et femme d’Hélénus !

 

Je pense à la négresse, amaigrie et phthisique,

Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard,

Les cocotiers absents de la superbe Afrique

Derrière la muraille immense du brouillard ;

 

À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve

Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs

Et tettent la Douleur comme une bonne louve !

Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !

 

Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile

Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor !

Je pense aux matelots oubliés dans une île,

Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !

Vous pouvez lire Les Fleurs Du Mal sur wikisource

http://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Charles_Baudelaire

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Poche: 158 pages, Editeur : Librio (5 mars 2004). Collection : Librio Poésie. Langue : Français. ISBN-10: 2290339075

Francis-Alfred Moerman : portrait d’un musicien

J’ai fait la connaissance de Francis il y a quatre ans, au mois de septembre, vers la fin de la journée, quand les champs de blé sont d’or ondoyant.  On approche de son châtelet par une route pleine d’ornières qui passe sous une porte écroulée — le vieux gardien qui refuse de prendre sa retraite.  Une fois dans le châtelet, on se retrouve dans une sombre caverne, surveillée par des portraits recouverts de poussière, et harcelée par des abeilles persistantes et grotesques.

Francis m’a accueilli chaleureusement ; on avait réussi à se parler au téléphone une ou deux fois avant mon arrivée.  Il était voûté, et quand il a levé la tête, j’ai vu ses yeux opaques et sa barbe de plusieurs jours.  Il portait un épais col de fourrure, ce qui me semblait approprié étant donné que la chaleur d’adieu de septembre avait été enfermée à l’extérieur des murs.

Il venait d’arriver de Tunisie, où il avait dû passer un mois de manière imprévue à cause d’un passeport égaré.  Je lui ai demandé s’il était fatigué.  Il a répondu qu’il se sentait toujours fatigué mais qu’on s’y habituait et qu’on retenait tout de même de l’enthousiasme.  Nous nous sommes retirés dans la cuisine ; je me suis assis à une table en sapin tandis que Francis a nettoyé deux verres et puis nous a servi du vin rouge.  « A votre santé ! »  Alors que Francis avalait son verre, le col de fourrure s’est soudainement détaché de ses épaules pour sauter dans l’obscurité.  Juste un chat.

Nous avons dîné dans le seul restaurant de la ville.  Mon convive mangeait lentement, incapable de calmer ses mains tremblantes.

J’ai passé la nuit au château de Ternay, dont j’étais l’unique client, dans une chambre gothique où, j’en étais sûr, M. Sherlock Holmes avait dû loger la semaine précédente.  Après avoir déposé mes bagages, M. de Ternay m’a averti des fantômes.  Je n’ai pas perdu de temps pour verrouiller la porte et allumer toutes les lumières.  Ensuite, j’ai fait le tour de la chambre : lit à colonnes ; cheminée en marbre noir (surmontée d’une horloge en forme de temple grec) ; et un modeste secrétaire, sur lequel quelqu’un avait posé un gros morceau de verre phénicien en guise de presse-papiers.  Je préférerais penser qu’un chevalier croisé qui avait plus d’imagination que d’avidité était retourné dans son pays natal avec ça comme butin, chipé d’une ruine crayeuse qui exerçait autant de fascination sur lui que le château de Ternay sur moi.

Le lendemain j’ai commencé à interviewer Francis, et lui, il m’a appris comment se débarrasser des abeilles avec une raquette de badminton.