« je » est-il un « Mondrian » de salle de bain ?

Julie O’Arnheim

« je » est-il un « Mondrian » ? ou Le jeu de couleur chez Mondrian et « je »

L’abstraction est un mouvement dans l’art moderne qui a débuté au 20eme siècle.  Au lieu de rester fidèle à la réalité visuelle, les artistes employaient des couleurs et des formes pour s’exprimer.  Dans la littérature aussi, le style d’expression des auteurs change au fil de temps.  Souvent les thèmes et les sentiments semblables peuvent s’exprimer à travers l’art et la littérature.  Après la première guerre mondiale, Pieter Mondrian, un peintre imagesnéerlandais, fait partie du groupe des pionniers dans l’art moderne de l’abstraction.  Il a développé un style réaliste, le néoplasticisme, sans aucune trace de la nature.

La Salle de Bain, le roman minimaliste de Jean–Philippe Toussaint, aussi de l’avant-garde, écrit en 1985, fait référence à la couleur et à plusieurs peintres célèbres de Raphael (Toussaint, 27) jusqu’à Jasper Johns. (Toussaint, 90)  Il relie les peintures de Mondrian à son caractère, « je ».  Mondrian travaille avec les couleurs pures et d’une manière géométrique.  Ses peintures, toujours sur un fond blanc, suggèrent un plan théorétique, statique et étudié, et donne au visionneur un sentiment impersonnel et froid sauf pour l’éclat des couleurs vives enfermées le plus souvent avec une bordure noire. Le personnage qui s’appelle « je » dans La Salle de Bain se comporte d’une manière stricte, ciblée et contrôlée.

On reconnait les peintures de Mondrian des années 1920 jusqu’à sa mort car il suit une formule qui varie à peine alors qu’il cherche une forme d’expression pure. Il essaie d’établir de l’ordre, de l’équilibre et de l’harmonie avec des angles droits, des lignes et des rectangles–pourtant asymétriques sur la toile—associés aux trois couleurs primaires.  Dans son œuvre artistique Mondrian exprime par écrit sa philosophie mystique et spirituelle bien qu’il ait un tempérament de reclus. Mondrian cherche à s’exposer au monde.  Mais les œuvres de Mondrian sont-elles immobiles et rassurantes comme “je” les perçois?

Comme un chercheur et théoricien, « je » observe les menus détails.  Il accepte les limites de sa vie comme la limitation des données, mais il ne cherche pas à repousser les frontières ou à prendre des risques. Son bien être découle de la maitrise de soi.  « Je » n’a même pas de nom propre.  Au fond, son identité manque de couleur vive; il est blanc.  «Je », au tempérament solitaire, n’arrive à communiquer confortablement avec personne, bien qu’il se fasse comprendre et arrive à ne pas provoquer les autres quand leurs opinions s’opposent (Trenet versus Zappa, Mondrian versus les peintres italiens, le bordeaux versus le bourgogne). « Je » cherche un refuge plutôt qu’un exutoire.  Etant sensible au mouvement et au déséquilibre, « je » trouve la calme et le manque de tension dans le jeu de fléchettes et dans l’immobilité—une absence de toute perspective de mouvement–dans les peintures de Mondrian. (Toussaint, 90)  Ses peintures le consolent. Cependant, il est fasciné par la dame blanche qui fonde et se mélange au chocolat.

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Mondrian est passé à la postérité car ses œuvres communiquaient au public une réalité calme, attrayante et au-dessus du banal dans la période de l’après-guerre à aujourd’hui. La Salle de Bain dans son ensemble est semblable à une peinture de Mondrian. Toussaint a appelé les chapitres, auxquels il a donné des numéros, comme un triangle rectangle—Paris, L’Hypoténuse, Paris—donc la géométrie et l’équilibre.  C’est Toussaint, auteur, qui aspire à la perfection et à la simplicité de Mondrian plutôt que « je ».  Une différence significative est que l’œuvre de Mondrian a évolué, quoique le caractère, « je », n’ait pas évolué. Le temps passe, et « je » reste le même. Pendant un moment, à Venise, on tient l’espoir que « je » se transformerait en personnage plus communicatif et mondain; mais il reste agité et isolé tandis que les peintures de Mondrian sont devenues plus paisibles et ont plu aux amateurs d’art.  Au lieu d’être blanc, on peut dire que « je » est noir, où noir signifie l’absence de toute couleur.  « Je » n’est pas un Mondrian bien qu’ils soient semblables.  Après une calamité, comme une guerre ou une catastrophe naturelle, les artistes de tous genres essayent de retrouver le bien être.  Leurs identités s’expriment et se montrent dans leurs œuvres.

Bibliographie

Toussaint, Jean-Philippe.  La salle de bain, suivi de “Le jour où j’ai rencontré Jérôme Lindon”.  Paris : Les Éditions de Minuit, 2005.

À la recherche de couloirs identitaires chez Toussaint

Pascale Carpentier

À la recherche de couloirs identitaires

couloir

Publié en 1985 aux éditions de Minuit, « La Salle de Bain » est le premier livre de Jean-Philippe Toussaint.

Le livre commence par une épigraphe qui reprend le théorème de Pythagore, parallèlement l’histoire est repartie en trois sections : Paris, Venise (dans le rôle de l’hypoténuse) et Paris de nouveau reliées par un couloir invisible, car dans ce roman, le couloir est un composant qui apparaît continuellement.

Les couloirs mènent « Je » à la communication parfaite et Edmondsson (sa compagne) est une forme de couloir qui permet à « Je » de se découvrir.

La mise en valeur du couloir dans le roman de Jean-Philippe Toussaint n’est pas une coïncidence. Un couloir est décrit comme un « passage qui met en communication plusieurs pièces, appartements ou immeubles, ou qui leur sert de dégagement » (CNRTL).

L’auteur utilise les couloirs littéralement comme objets, ainsi que les personnages comme  tunnel de conversation.  Il y en a trois catégories: le couloir privé à Paris, celui caché où secret à Venise et puis les couloirs publics qui mènent à la fin du roman.

Le couloir privé se trouve dans l’appartement où Toussaint le décrit parallèlement à l’incapacité du personnage principal de communiquer avec le reste du monde : « Je trottais dans le couloir pour aller répondre au téléphone…Dans la chambre, un jour gris traversait les rideaux de tulle » (Toussaint 1 :26). La description du couloir et l’interruption de la communication montrent que les couloirs privés échouent à ouvrir une correspondance entre « Je » et le monde. Ce couloir dans l’appartement, est sombre et vide, un signe que l’échange n’est pas apprécié ou vu comme nécessaire.

Le couloir caché dans l’hôtel mène à concevoir une quête identitaire et langagière: « Je suivais des couloirs, montais escaliers. L’hôtel était désert ; c’était un labyrinthe, nulle indication ne se trouvait nulle part » (Toussaint 2 :6). Le couloir est une course folle, qui dirige « Je » vers une communion linguistique avec le barman, de l’interactivité parfaite d’un couple Français, et dans un autre couloir où il trouve un type de rapport unique avec Edmondsson. Le labyrinthe expose la difficulté et le désordre que « Je » découvre quand il essaye de trouver son identité, il montre que se connaître soi même n’est pas facile : il y a des obstacles qui empêche de la trouver. Toussaint emploi les couloirs dans l’hôtel comme un lieu de détention pour « Je » alors qu’il cherche comment communiquer avec les autres.

À la fin du roman, les couloirs à l’hôpital, l’aéroport, et le club de tennis sont dans des lieux publics : « Je traînais dans les couloirs de l’aéroport, m’assis dans une salle d’attente, ne savais pas quoi faire » (Toussaint 3 :42). C’est la ou « Je » comprend, au milieu d’un aéroport entouré par des étrangers, qu’il avait une forme de communication avec Edmondsson mais qu’il l’avait détruite et était maintenant tous seul.

L’histoire de « Je » commence dans sa salle de bain, le seul endroit où il peut avoir une conversation normale avec les autres. Quand le protagoniste essaie de communiquer avec quelqu’un c’est l’échec assuré. D’ailleurs l’échange lui est refusé à plusieurs reprises. Çela commence avec le coup de téléphone (qui n’était qu’un mauvais numéro), la situation maladroite pendant la crémaillère (où les invités l’ignorent) et la relation avec Kabrowisnki, le polonais (qui triture un poulpe dont il répand l’encre).

Le personnage principal a une opportunité de partager une relation avec un autre couple dans l’appartement en compagnie d’Edmondsson : « Nos amis refermèrent leurs journaux et, se donnant le bras, me suivirent dans le couloir étroitement enlacés » (Toussaint 1 :38). « Je » ne montre pas beaucoup d’enthousiasme basée sur le fait qu’il devrait amuser ses invités.  Mais, même s’il avait essayé d’être sympathique, les invités l’auraient ignoré de la même façon. Le couple est décrit comme compatible et « Je » ne peut pas briser leur relation pour avoir une interaction. « Je » est incapable d’avoir une conversation avec des étrangers, il répond au téléphone et est rejeté rapidement : «  Je trottais dans le couloir pour aller répondre au téléphone. C’était une erreur, un appel destine aux anciens locataires » (Toussaint 1 :26). Les actions de « Je » sont peintes comme s’il était dans l’urgence ainsi il voudrait une interaction qui n’arrive pas. Il est plus déçu qu’avant, il se retrouve dans sa salle de bain où il peut être enfin seul. La relation avec le « polonais » montre que « Je » a des difficultés à former des amitiés avec des inconnus. Pour la plupart, « Je » observe Kabrowisnki au lieu de lui parler : « Au passage, je jetais un coup d’œil sur le poulpe dont la seule moitié supérieure, parfaitement lisse, était pour l’instant écorchée. » (Toussaint 1 :25). Au cours de que la scène en compagnie du polonais, les lecteurs peuvent voir que « Je » commence sa quête identitaire en étant un observateur avant de se risquer dans un voyage.

En dépassant les Alpes dans le train entre Paris et Venise, « Je » fuit sa personnalité antisociale pour trouver une manière d’interagir avec le monde. Il laisse Paris, l’endroit où il a eu tant d’insuccès pour Venise, la ville entourée de couloirs d’eau, à la quête de la communication et de sa propre identité. La majeure partie du temps, le personnage principal erre dans les rues de Venise et les couloirs de son hôtel, observant des interactions entre les autres personnes mais aussi entre lui et le reste du monde.

Arrivé à l’hôtel dans la deuxième partie du roman, « Je » aspire a chercher la salle de bain commune, car il n’y en a pas dans sa chambre. Cela l’oblige à poursuivre une zone de confort, dans sa recherche il trébuche sur la conversation d’un couple français : « Pour m’y rendre, je devais suivre un long corridor, descendre un escalier en colimaçon et, sur le palier, prendre la première porte à gauche » (Toussaint 2 :8). « Je » est confronté à une conversation à laquelle il pourrait contribuer mais est limité par sa situation physique puisqu’il n’a qu’une serviette sur lui. Même s’il ne peut pas participer à la conversation, c’est la première fois où  « Je » assiste à une interaction fonctionnelle entre deux personnes. Le couple réapparaît, renforçant l’idée qu’il peut y avoir un communication parfaite, et cette révélation à lieu dans un couloir.

Avec un peu de confiance, le protagoniste ouvre un tunnel conversationnel avec le barman. Cet échange n’est pas particulièrement normal, parce que les deux ne forment pas des phrases entières mais ils créent leur propre jargon compétitif. Il y a une repartie entre les deux sur des cyclistes professionnel, pas une conversation profonde mais ça donne à « Je » l’opportunité de converser avec quelqu’un qui n’est pas Edmondsson. C’est après cette conversation avec le barman, en pleine nuit que « Je » commence à se sentir seul sans Edmondsson : « L’hôtel était sombre. Je descendis les escaliers en regardant autour de moi. Les meubles présentaient des formes humaines, plusieurs chaises me fixaient. Des ombres noires et grises, ocellées, ça et la…tous était silencieux » (Toussaint 2 :24). Sa quête identitaire s’arrête pour qu’il aspire à retourner vers Edmondsson. Le labyrinthe de son voyage l’aide à comprendre comment il pourrait interagir avec les autres mais aussi qu’il est capable de le faire.

Ces interactions avec des étrangers mènent le protagoniste à rencontrer un couloir de conversation avec Edmondsson. Ce tunnel littéraire qui se continuait entre eux: « Edmondsson me téléphonait de plus en plus souvent. Nous avions parfois, sur la ligne de longs silences ensemble. J’aimais ces moments-là » (Toussaint 2 :33). Ce n’est pas un couloir physique où visuel, mais ça lie le personnage principal et Edmondsson ensemble sans mots mais avec la conviction que la communication ne doit pas être toujours parlée.

L’apparition d’Edmondsson à Venise ne résout pas les problèmes de « Je », mais interrompt la recherche identitaire. Même s’il a trouvé une façon de parler avec des étrangers, le protagoniste rencontre toujours des difficultés avec Edmondsson. Son arrivée à Venise ne l’aide pas car ils ne sont pas dans un environnent égal pour les deux. « Je », en essayant de reconstruire un couloir de communication avec Edmondsson, lui tire une fléchette au visage, comme un cri d’alarme. Cette situation les envoient à l’hôpital, « De temps à autre, quelqu’un entrait dans le couloir, passait devant moi et continuait a marcher jusqu’à l’autre extrémité du couloir » (Toussaint 2 : 78). Tout l’effort que « Je » avait fait a disparu, après le fiasco, Edmondsson retourne à Paris sans le personnage principal. Leur dernière interaction était un long baiser dans un couloir blanc et vide.

En pensant qu’il avait un problème de santé « Je » se rend lui-même a l’hôpital pour subir une chirurgie. Il a l’espoir que le docteur peut changer ce qu’il est défectueux dans sa tête. Quand il est à l’hôpital « Je » marche tout seul dans un lieu auquel il pense appartenir: « Pour finir, je fus conduit dans une chambre au fond d’un couloir » (Toussaint 3 : 5). La profondeur du couloir définit tout le travail que « Je » doit faire avant qu’il ne réalise que la nouvelle solitude n’est pas ce qu’il veut.

Tout revient dans le cycle où le protagoniste découvre que la communication qu’il avait avec Edmondsson, au commencent du roman, était parfaite. Elle l’écoute, elle comprend ses maniérismes et ses obsessions. Edmondsson veut communiquer avec « Je », elle aime la salle de bain et elle est le couloir de communication entre « Je » et le monde. Il découvre tout ça au club de tennis quand il voit le médecin et sa femme jouer ensemble. Il observe leur repartie idéale, de la continuation d’interaction : « En bas, dans un vestibule très sombre, éclairé artificiellement, se trouvaient plusieurs portes, des vestiaires, un lavabo » (Toussaint 3 : 31). La solitude de « Je » dans des endroits publiques révèle que dans les couloirs privés, il aurait dû apprécier la seule personne qui garde une communication ouverte avec lui.

La quête identitaire du personnage dans « La Salle de Bain » apparaît dans les couloirs et aide « Je » à comprendre comment interagir avec les autres. L’emplacement et l’isolement des couloirs dans ce roman correspondent à la capacité du protagoniste à communiquer avec Edmondsson et le monde.

Le cycle commence dans l’appartement, erre à Venise, et revient à Paris montrant des endroits privés et publiques. Il n’y a pas seulement des couloirs physiques mais il en existe aussi des métaphoriques. Emondsson représente un couloir qui influe et motive « Je » à trouver une forme d’échange. Les deux villes dans le roman peuvent être lues comme des objets littéraires, les voyages entre les deux sont des couloirs. L’utilisation et la répétition du couloir par Toussaint ouvrent la porte pour dévoiler aux lecteurs des points importants du livre. Le voyage identitaire de « Je » n’est pas le seul scenario du roman : les relations entre les personnages, la communication, l’immobilité et le temps.

Toussaint est obsédé par la précision et les descriptions de ce qui l’entoure, dans une interview, où Laurent Hanson, pose une question sur le choix des titres de ses romans, Toussaint répond : « Je choisis des titres assez simples, qui définissent parfois un programme..où on sait de quoi ça va parler » (Interview de Jean-Philippe Toussaint). Toussaint a le talent de prendre des objets très purs et de les étudier sous différents angles pour les transformer en quête littéraire.

Pascale Carpentier, Whitman College

Le Triangle des réflexions

Le Triangle des réflexions dans la Salle de bain de Toussaint

Jean-Philippe Toussaint a écrit La Salle de bain en 1985. C’est vraiment une contribution très unique à la littérature mondiale. En 1989, un film basé sur ce livre est réalisé par John Lvoff. L’histoire est racontée du point de vue du personnage principal, mais son nom n’est jamais mentionné. Il est chercheur et c’est un homme réservé, qui décide de passer son temps dans la salle de bain. La majorité de l’action se déroule à Paris et à Venise. «Je» passe ses journées à regarder les miroirs, les fenêtres et les murs, à jouer aux fléchettes, à écouter des matches de football, et surtout se contente d’observer le monde autour de lui, sans jamais vraiment y  perpacuteparticiper.  Le style distinctif de Toussaint exprime avec succès une histoire qui serait autrement assez ennuyeuse.  La série de morceaux de textes numérotés et la structure des trois parties du livre aident à développer la personnalité unique de «Je », qui créent une histoire profonde.

Jean-Philippe Toussaint est connu pour son style minimaliste. Le titre, l’apparence et l’écriture du livre sont très simples. Cependant, grâce à ce style unique, il excelle pour dépeindre des idées complexes philosophiques à travers l’histoire de la vie quotidienne, racontée du personnage principal.

Dans chaque section on trouve une série de morceaux de texte numérotés, mais beaucoup ne sont pas vraiment des paragraphes. Cette structure unique du texte est utilisée pour simuler les processus de pensée de «Je». Étant donné que la caractéristique d’être observateur de la vie est si importante dans sa personnalité, cette structure est très importante pour l’idée générale du livre. Beaucoup de ces morceaux de texte n’ont pas de début ni de fin distincts , et encore moins d’objectif spécifique.  Cela démontre le caractère aléatoire et incomplet de beaucoup de ses pensées et aide le lecteur à voir par ses yeux.

Les trois parties du livre, structurées comme un triangle, créent un arrangement unique qui pourrait impliquer que l’ordre des parties est différent de la réalité.  Le livre commence avec «Je» dans son appartement à Paris, puis son passage à Venise et puis il retourne à Paris.  Même si c’est l’ordre dans lequel l’histoire est racontée dans le livre, il est possible que l’histoire entière soit réellement dite seulement de la salle de bain dans l’appartement à Paris et la seconde partie, l’hypoténuse, est seulement le souvenir de son séjour à Venise. Ses flash-backs sur la soirée avec les locataires précédents et le dîner de pendaison de crémaillère sont d’autres exemples de ses souvenirs qu’il médite pendant son séjour dans la baignoire. La structure d’un triangle symbolise le fait qu’il n’y a pas de début ni de fin à l’histoire, que ce triangle forme en quelque sorte un cercle.

En plus de cette structure, il y a aussi d’autres aspects de l’histoire qui pourrait être représentés avec un triangle.  Un exemple, les triangles sociaux que «je» rencontre souvent. Le premier est le triangle entre «Je», l’aspect féminin et l’aspect masculin d’Edmondsson, qui aident à compléter sa personnalité.  Pendant son séjour à Venise, il passe du temps avec son médecin et sa femme, un autre triangle social. Dans le flashback du dîner avec les locataires précédents dans leur appartement, «Je» est laissé seul avec les deux locataires qui mène à une autre situation sociale inconfortable. Ces triangles sociaux contribueront à accentuer sa personnalité en démontrant qu’il préfère être seul et observer les gens autour de lui.

La personnalité de «Je» est ce qui rend ce livre intéressant et même comique à certains moments. Après avoir appris à le connaître à travers l’histoire, il est évident qu’il n’y a pas de véritable motif derrière ses actions, sauf qu’il fait tout avec l’objectif d’observer. Bien que cela lui cause d’avoir une vie que beaucoup considéreraient assez ennuyeuse, il semble s’en contenter. En raison de sa personnalité et de son personnage qui sont si importants de l’histoire, le narrateur utilise un style et une structure pour exprimer sa personnalité. Aussi, la plupart de l’histoire est au passé, donc il raconte ses observations et expériences à l’abri de la salle de bain.

Parfois, il semble intéressé à avoir une vie plus excitante, mais il n’a jamais fait réellement quelque chose pour la changer. Par exemple, il reçoit une invitation à un événement à l’ambassade d’Autriche et il insiste c’est parce que il y avait une erreur. Toutefois, il ne peut pas arrêter de fantasmer sur sa participation à l’événement, même s’il ne le fera jamais dans la réalité. Même quand il décide de sortir de sa vie quotidienne normale et d’aller spontanément à Venise, il ne fait jamais rien de nouveau. Il passe toujours ses journées assis dans l’hôtel, à écouter des jeux de football, regardant les fenêtres et les miroirs, et surtout, observant les gens.  Ses observations l’amènent constamment à penser méthodiquement sur des choses auxquelles les gens n’auraient normalement pas pensé, par exemple comment on devrait observer la chute de la pluie ou ce qui est effrayant dans le passage du temps.

La personnalité de «Je» et la structure de l’écriture rendent ce livre très original. C’est une histoire extraordinairement simple qui examine les aspects les plus larges de la vie, tels que le passage du temps et des interactions sociales. L’auteur laisse au lecteur décider les sens de cette histoire abstraite et d’extraire les idées philosophiques profondes de la vie quotidienne d’un homme singulier. Peut-être nous pourrions apprendre en tentant d’observant le monde comme «Je» le voit.

Le macho de service

Lise Bloom

Le Macho de service

Stallone, publié par Gallimard en 2003, est une nouvelle d’Emmanuèle Bernheim (1955).  La Parisienne est l’auteur de Le Cran d’arrêt (1985) et Un Couple (1988) en plus de Sa Femme qui a gagné le Prix Médicis en 1993. Sa nouvelle Vendredi soir (1998) a été adaptée au cinéma par Claire Denis. Comme scénariste Bernheim a collaboré avec François Ozon sur Sous le sa sable (2001) Swimming Pool (2003) et 5×2 (2004).

Dans Stallone, un œuvre de moins de soixante pages, Bernheim lie l’histoire de son héroïne aux films de Sylvester Stallone, à commencer par Rocky III. Ce film appartient à une série de suites du premier film Rocky qui a fait un tabac en 1976. La suite traite de la valeur du travail dur en exprimant le fait que tout est possible avec un peu de talent et beaucoup de sueur. Donc, c’est l’expression du rêve américain, bien que ces idées soient un peu simplistes. De son côté, la nouvelle nous présente une héroïne française qui se coule dans le moule d’un héros de tragédie classique. Cependant, cette nouvelle minimaliste a l’air de se moquer des conventions, celles des Américains en plus de celles des Français. Ainsi, Bernheim nous offre un conte qui est à la fois émouvant et drôle.

Stallone se déroule entre les années 1982 et 1997, entre les débuts de Rocky III et Copland. La nouvelle s’axe sur la vie d’une Parisienne qui n’a que vingt-cinq ans quand l’histoire commence. Cet ouvrage parle des choses imprévues qui peuvent changer le cours de notre vie. De plus, il montre la difficulté, même de nos jours, de surmonter la pression de devenir une femme traditionnelle.

Au commencement de la nouvelle, nous sommes dans une salle sombre de cinéma en 1982 avec une jeune Parisienne qui vient de regarder Rocky III. Bouleversée, elle refuse de bouger.  Mais ce manque d’activité est comme le commencement d’une course juste avant que le revolver ne tire. Après avoir quitté le cinéma, et son amant, l’héroïne commence à courir. Elle commence ainsi à échapper aux contraintes de sa vie qui l’empêchent d’atteindre ses rêves. Comme Rocky Balboa elle se refait et se bat pour l’opportunité de réaliser tout ce qu’elle peut devenir.

À première vue, Sylvester Stallone est un sujet étrange pour une auteur qui traite des problèmes auxquelles les femmes doivent faire face. Il n’a pas la réputation d’un intellectuel sensible, il est plutôt perçu comme un homme rustre. Les personnages qu’il joue sont des incarnations du machisme. Cependant, il y a des correspondances très révélatrices entre Stallone et Bernheim. Les deux ont écrits des scénarios. Ils partagent aussi la tendance de ne pas trop parler. Bernheim est maîtresse du minimalisme tandis que les personnages que Stallone joue sont tous très laconique. De plus, le premier Rocky a montré une sorte de minimalisme en disposant d’un budget modeste de moins d’un million dollars.

En se servant de Stallone comme modèle pour une jeune femme qui combat les tendances chauvinistes de la société, Bernheim crée une drôle d’image. Néanmoins, c’est une juxtaposition très éclairante. Alors que la nouvelle se déroule, nous comprenons que l’héroïne ne veut pas trouver un homme comme Stallone. Elle ne s’intéresse pas à un homme qui aime les sports de combat.  Au contraire, c’est elle qui se battra pour son droit de devenir tout ce qu’elle désire. Elle ne veut pas jouer un rôle conventionnel. Son choix de modèle n’est que la première preuve de son désir de détruire les stéréotypes sexuels. De plus, elle traite Stallone d’égal à égal. Loin de le placer sur un piédestal, elle admet les faiblesses que Stallone a lui-même. Parce qu’il lui a servi d’inspiration, elle aimerait l’aider s’il était jamais dans le besoin.

Pendant un entretien avec son éditeur, Gallimard, en 2002, Bernheim a dit : «Et enfin, à la différence de tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, il ne s’agit pas d’une histoire de désir, ni d’une rencontre érotique…
  Décidément, Stallone c’est autre chose…»[1] La morale de cette histoire est très simplement : si nous n’aimons pas ce que nous voyons dans le miroir, nous pouvons le changer. Mais Bernheim étend les possibilités, elle  réclame les héros des films d’action pour les femmes. Rocky pourquoi n’est-il pas de «chick flick» ? Dans cette nouvelle, l’héroïne essaye d’échapper aux stéréotypes.  Le public est aussi invité à abandonner ses préjuges, à voir, par exemple, Rocky Balboa comme un modèle idéal pour une femme. Dans cette nouvelle, décidément, Stallone c’est autre chose.

Le Flux de conscience

Elizabeth Marie West

Le Flux de conscience dans la Salle de bain de JP Toussaint

Le livre La salle de bain rédigé en 1985 par Jean-Philippe Toussaint et réalisé au cinéma par John Lvoff en 1989 fournit un aperçu unique dans la vie du personnage sans nom, qui s’appelle « Je ». Ce personnage n’a pas de nom parce qu’il est juste un flot de mots, d’ idées et des commentaires. Il ne peut pas s’entendre avec les autres parce qu’il les observe et les voit comme sujets. Il est chercheur mais il se voit comme un sujet. Le style de flux de conscience facilite cette déformation professionnelle. Le style dans lequel Toussaint écrit exemplifie la nature du personnage « Je ». Il montre la séparation qu’il a avec les autres.

L’écriture est flux de conscience. Par exemple, les paragraphes sont courts comme les idées fugaces. De temps en temps il n’y a pas une ligne commune entre les paragraphes mais des idées désordonnées comme si elles suivaient un fil de pensées. Les mots, les observations et les idées semblent n’avoir pas d’intrigue spécifique. Ils sont instantanés dans la vie de « Je » comme les paragraphes 7 et 14 de la deuxième partie, « Je ne descendis pas déjeuner » et “Le lendemain, je me réveillai de bonne heure, passai une journée calme. » Bien que le style appelle le flux de conscience, les paragraphes et les phrases n’ont pas un flot complet comme les histoires américaines et les romans américains dont on a l’habitude. Contrairement aux autres personnages « Je » ne les établit pas bien, indiquant qu’il aime mieux examiner le monde autour de lui et constate qu’il passe plutôt que de participer à ces événements. On peut l’observer quand le personnage « Je » contemple le rue en dessous de lui regardant le déluge de la pluie. Ce style donne une perspicacité unique chez un observateur strict.

« Je » relate seulement ce qu’il voit mais il reflète rarement la signification de ces événements. Il ne parle presque jamais avec personne à part Edmondsson. Quand il parle avec les autres, il n’obtient que l’information essentielle d’eux ou participe à la conversation la plus minimale. « Je » ne peut pas et il ne veut pas s’entendre avec quelqu’un comme le montre le passage au chapitre 1 « Je craignais de rencontrer quiconque. Parfois, un profil entraperçu m’effrayait… la vue de son visage inconnu me soulageait… » Il adore Edmondsson, mais il ne peut pas exprimer cet amour. Quand Edmondsson arrive à Venise ils semblent être un couple amoureux mais pendant que l’histoire progresse « Je » cesse de l’écouter elle et il n’entend seulement que le commentaire qui coure dans sa tête. Il ne comprend pas l’implication de son sentiment qui le gêne. Il se regarde dans le miroir ou il joue aux fléchettes essayant de se résoudre lui-même. Par exemple, chapitre 62 de la deuxième partie « Lorsque je jouais aux fléchettes, j’étais calme, détendu. Je me sentais apaisé. Le vide me gagnait progressivement et je m’en pénétrais jusqu’à ce que disparût toute trace de tension dans mon esprit. »

Alors le personnage « Je » est extrêmement égoïste. Ce qui est montré dans le passage « Il m’indiqua rapidement une direction du doigt et voulut m’éviter pour continuer sa route, mais, lui bloquant courtoisement le passage, je lui demandai quelques éclaircissements. A ce moment-là, il s’immobile vraiment et, prenant la peine de se retourner, avec beaucoup de patience, me donna toutes les indications nécessaires. ». Ceci indique qu’il demande aux autres d’abandonner leur propre échappée pour sa propre satisfaction. C’est un acte très narcissique. Son obsession avec lui-même ne lui permet pas de créer un rapport avec quelqu’un d’autre. Quand Edmondsson a un problème avec « Je » il la quitte et il fait ce qu’il veut sans respect. Il se gèle dans sa solitude pendant qu’il observe le passage du temps dans le miroir.

Donc, le personnage « Je » ne peut pas créer et maintenir de rapports parce qu’il est si distrait et concentré sur des détails mineurs de la scène environnante. Le flux de conscience communique sa difficulté à avoir une vie sociale réussie. Le message qui peut être perçu est que si nous sommes distraits par les composants environnants et les événements individuels, plutôt d’avoir une vue d’ensemble de l’être et du vivre, il ne sera jamais possible de réussir sa vie.

Barman ! un couloir s’il vous plait

Mikes Sellers

Les couloirs dans la Salle de bain

La Salle de Bain est un roman écrit par Jean-Philippe Toussaint en 1985. Il se déroule à Paris et à Venise. Il y a deux personnages principaux “je” et Edmonsson.” Je” qui est aussi le narrteur est un chercheur français, il passe son temps à ne rien faire, surtout dans la salle de bain, chez-lui ou bien, dans une salle d’un hôtel. L’autre personnage principal est sa femme «Edmondsson» qui travaille dans une galerie d’art. Ils ont des relations bizarres, basées seulement sur des incompréhensions et le sexe.

Il est largement connu que la vie est difficile à cause du travail, de l’argent, des relations et beaucoup d’autres raisons. Toussaint applique un assortiment de techniques littéraires dans ce roman pour montrer qu’il est nécessaire de trouver des manières particulières pour gérer les difficultés de la vie.

Toussaint utilise des couloirs tout au long de l’œuvre. Avec cet “objet”, il met en œuvre des leitmotivs, l’imagerie visuelle et l’allusion. Ils aident tous à générer le thème qu’on doit échapper à la vie ou sinon, souffrir.

La plupart d’entre nous vivent la vie sans considérer l’importance des choses les plus simples. Cela est validé par les couloirs. On quitte les chambres tout le temps. Au matin, on part pour l’université ; en fait, on part pour un autre chapitre de la vie. Ce chapitre commence dès qu’on entre dans le couloir. Pour résoudre les querelles, on dit «faire un tour dans le couloir» ; dans les films, quand les mauvaises choses se passent à l’hôpital, les gens vont dans le couloir pendant un moment bref.

Dans La Salle de Bain, «Je» n’a pas trop de problèmes à s’inquiéter, mais il veut vivre sereinement. C’est pourquoi il décide de s’installer dans la baignoire au début de son roman ; c’est pourquoi il quitte rarement sa chambre à Venise. C’est vraiment pourquoi les couloirs apparaissent et reviennent, parce qu’ils sont un symbole de l’évasion. «Je» vit sa vie dans un grand couloir figuré ; à l’extérieur du monde publique, et la communication des autres. En le faisant, il laisse ses problèmes. Toussaint veut dire que l’évasion nous rend heureux, et qu’on doit échapper à la vie de temps en temps.

Toussaint emploie l’imagerie visuelle dans les scènes avec les couloirs pour continuer à vendre le thème. Quand «le soleil traversait le couloir… toutes les vitres scintillaient, les plantes vertes resplendissaient. [Je] étai[t] heureux» (Toussaint 78). L’imagerie d’éclat met l’accent sur le fait que «Je» est heureux et qu’il n’est pas seulement dans un corridor, mais qu’il est dans un état d’esprit insouciant. Aussi, il y a une scène où Edmondsson et lui «s’embrassent dans le couloir blanc» (Toussaint 97). La couleur blanche illustre le pouvoir de cette action qui s’est passée dans un couloir.

Les objets placés dans les couloirs du roman sont l’explication la plus importante pour trouver la raison pour laquelle ils sont-là. Vraiment, si les couloirs sont un type d’évasion pour «Je», cela aurait du sens que ces objets stimulent les sentiments heureux pour «Je». Quand il jette une fléchette sur le front d’Edmondsson et qu’ils arrivent à l’hôpital, l’auteur dit que «le couloir était désert, d’une longueur infinie… il n’y avait aucun bruit, juste une odeur d’éther» (Toussaint 96). Pour «Je», le silence est le soulagement. C’est la même chose avec l’éther chez les gens normaux ; Toussaint l’a mis-là exprès ; faisant allusion à un analgésique.

À l’aéroport, à la fin du roman, «Je» a eu plusieurs heures à perdre-là avec un étranger. «Après avoir vadrouillé l’un à côté de l’autre dans une partie éloignée du hall, [ils] se retrouv[èrent] à la buvette pour boire des bières» (Toussaint 126). Ici aussi, Toussaint utilise le hall comme un symbole pour échapper la vie, un hall entre Venise et Paris ; il y ajoute la bière, qui est, aussi, une façon courante pour les gens d’oublier la vie.

En fait, dans La Salle de Bain, la vie de «Je» est seulement une grande évasion de la vie quotidienne. C’est pour montrer qu’il est normal de trouver une façon d’échapper à nos problèmes de temps en temps. Cependant, nous devons plonger dans l’évasion avec modération. S’il on ignore nos responsabilités et ceux qu’on aime, on n’oublie de vivre et tout est perdu!

 

L’angoisse du naufrage chez Toussaint

Elizabeth Helen Van Horne,

L ‘Angoisse du Naufrage dans la Salle de bain de Jean Phillipe Toussaint

Avant qu’il ait écrit son premier roman, La Salle de Bain, Jean Philippe Toussaint était inconnu. Mais en 1985 avec cette publication par les éditions Minuit il a immédiatement atteint le succès. Défini comme « très roman post nouveau » par les critiques, La Salle de Bain a été bien acceptée autour du monde et traduit en plus de trente langues. Après plus de vingt ans, La Salle de Bain est encore un grand succès littéraire.  L’œuvre suit la vie d’un chercheur qui habite à Paris avec sa femme Edmondsson. « Je », le narrateur, a peur du temps qui contrôle sa vie. Il se met dans la baignoire où il réfléchit à la vie. Après peu, il quitte la baignoire de Paris pour voyager à Venise mais là il reste à l’hôtel tout seul, jouant aux fléchettes. Ses pensées, dirigées par ses peurs, le indexforcent dans des situations inconfortables et bizarres.

« Je » veut vivre dans un monde immobile où le temps est figé et il observe les choses qui représentent ce monde impossible. La première fois que « Je » décrit la dame blanche, il parle du fait qu’il y a un mélange des contraires dans la glace : « Le chaud et le froid, la consistance et la fluidité. »  Il admire ces choses parce qu’il cherche un équilibre parfait entre la mobilité et l’immobilité dans sa propre vie mais ce n’est pas possible parce qu’il est trop effrayé pour changer son existence statique.

Tout le monde dépend de ses compétences et talents dans sa vie quotidienne.  « Je », en tant que chercheur, dépend de son aptitude observationnelle. Il regarde toujours le monde autour de lui et il est plus confortable dans le rôle du spectateur. Sans sa vision, sans sa capacité de voir ou d’entendre il serait encore plus perdu et sans une direction ou un but en sa vie. C’est inévitable : En vieillissant, nos corps se détériorent, même si nous faisons de l’exercice ou si nous avons une alimentation équilibrée.  La détérioration du corps et de l’esprit est une grande partie de sa crainte.

« Je » décrit le mélange du chocolat chaud et de la glace froide comme « métissés », impliquant qu’on perd sa pureté en vieillissant. La glace, parfaite, froide et figée perd sa forme sous la chaleur du chocolat brûlant. C’est une métaphore pour l’état intellectuel de l’homme avec le passage du temps. En enfance, on est une page blanche ; innocente, impressionnante et toujours en pleine croissance. Mais finalement on arrête de grandir et on est exposée aux problèmes du monde. « Je » veut figer le temps mais il n’est pas comme la glace et il ne peut pas toujours rester dans un congélateur. Comme la glace sous le chocolat chaud, il doit perdre sa forme. Il doit grandir et apprendre qu’il y a rien à faire… il faut changer et s’exposer au monde.

Il est vrai que la misère adore la compagnie. En temps difficiles, nous nous consolons avec l’idée que nous ne sommes pas seuls dans nos luttes. Souvent on se réconforte avec ceux qui ont des problèmes similaires, mais « Je » est un peu effrayé par la socialisation, donc il se réconforte quand il regarde des objets inanimés ou les lieux qui luttent contre le temps. Il pense à la dame blanche fondant sous la chaleur du chocolat et aussi au naufrage du Titanic et il réfléchit sur les conséquences du temps.  Comme l’homme, ces choses sont certaines de perdre leur bataille contre les forces naturelles.

Les endroits où l’histoire se déroule sont aussi connectés à l’idée de la disparation sous l’eau. Il voyage à Venise, une ville qui coule en perdant sa lutte contre la gravitation. Mais l’histoire commence et fini à Paris, dont la devise « Fluctuat nec mergitur », ou en français, « elle est frappée par les vagues mais elle ne sombre pas ». Dans l’histoire, « Je » est plus comme Venise et il est en traîne d’un naufrage de l’esprit. Mais quand il visite Venise, il saute sur le trottoir pour accélérer l’enfoncement de la ville.  Bien qu’un saut soit quelque chose que les enfants font pour s’amuser, sa raison est plus sérieuse. Il ne s’exprime pas auprès des autres donc il cherche les compagnons en souffrance, ou quand il saute, il les créé. Comme ça il trouve un peu de confort mais il continue à souffrir.

L’existence entière de « Je » est commandée par ses craintes débilitantes des forces naturelles comme la gravité et le temps. C’est pour cette raison qu’il n’a pas une vie productive ou aventureuse et il reste dans une existence statique.

Pour trouver un équilibre entre l’immobilité et la mobilité dans sa vie, il faut chercher et par conséquence perdre temporairement l’ordre et la raison. Si « Je » a réalisé cette idée, l’histoire serait très différente et il ne resterait jamais dans la baignoire. Comme la plupart des romans et films français, l’histoire n’a pas de fin définie donc on ne sait pas s’il va gagner contre ses craintes comme Paris avait gagné contre les vagues de l’histoire ou s’il va couler comme Venise et se tourmenter avec peur.

 

Le Minimalisme : la voie de penser du chercheur

Lindsey Catherine Mills,

Le Minimalisme : la voie de penser du chercheur dans la Salle de bain de Toussaint

Certainement, le livre de Jean-Philippe Toussaint, La salle de bain  est un livres les particulièrement “calculé”. Avec les romans de fiction et de fiction scientifique, il y a toujours une estrade pour un livre intelligent et même un peu stimulant. L’histoire tourne autour de la vie, et plus particulièrement autour des pensées, de « Je » entre ses interactions avec sa femme et d’autres personnes aléatoires qui entrent dans sa vie.  D’abord, « Je » passe beaucoup de son temps dans la salle de bain, non pas pour l’utiliser mais pour l’observer. Après quelques événements, il quitte la salle de bain et commence à explorer son espace pour se trouver lui-même. La façon d’écrire que Toussaint emploi dans ce livre définit l’esprit de « Je » en utilisant des phrases analytiques et calculées, ainsi nous pouvons entrer dans l’avis – la vie de « Je ».

Le minimalisme se solde par l’imitation des travaux de recherche. Le personnage principal, « Je », est lui-même un objet de minimalisme dans ce livre.  Tout au long de l’histoire, « Je » ne fait rien. Simplement, il pense, il observe, et il traite de toutes les choses qu’il a pensées et observées. Le minimalisme aide à décrire ces événements parce que les idées et les observations sont très précises, très organisées et très courtes. Ce style est caractérisé par une économie de mots, Toussaint utilise le minimum de mots pour peindre les détails de la surface des pensées de « Je ». Cet économie de mots aide à positionner « Je » comme chercheur. Il y a une obsession sur les bagatelles qui ne décrivent pas les idées très profondes où les penses fouillées, mais seulement les éléments simplistes. Mais avec ça, rien ne passe inaperçu.

Les chercheurs ont un style très exact et éclatant, il n’y a pas de frivolité quand ils écrivent des rapports ou des analyses. Le minimalisme aide Toussaint à créer le personnage de « Je » et sa vie comme chercheur. Du début jusqu’à la fin, il décrit toutes les particularités mais pas avec beaucoup de profondeur. Il y a beaucoup de cas où « Je » parle avec un ton d’ennui mais on sait qu’il y a quelque chose d’autre qu’il pense où qu’il veut faire. Les chercheurs sont présumés être les personnes les plus intelligentes dans leur domaine. Alors, les pensées de « Je » reflètent l’implication d’intelligence et d’expertise avec un peu maladresse en même temps.

Pour les chercheurs, il y a des façons spécifiques de faire des rapports et des outils pour organiser leurs observations. En utilisant ces modes de recherche exacts, Toussaint donne une impression que « Je » est hanté par son travail. Il implique que « Je » organise ses pensées comme son travail. Les numéros des chapitres sont un des outils pour s’organiser. Les chapitres impliquent que toutes les idées de « Je » sont aussi importantes que les autres. Toutes ses pensées sont en ordre par leur création comme une expérience où toutes les observations sont en ordre et offrent des opportunités d’analyser. Il y a seulement de l’espace et du temps, des événements et des changements.

Le problème peut-être de « Je » est qu’il n’analyse jamais ses idées ou ses chemins de penser. Il n’y a jamais de choses troublantes dans sa tête alors qu’en réalité, il est fou. L’autre problème potentiel est qu’il ne parle pas souvent. En gardant ses pensées pour lui-même, « Je » n’a pas de libération de ses avis. Ses voies d’émancipation après tout sont de lancer des fléchettes sans cesse au point de frapper sa propre femme. Il n’y a pas de psychologie ou d’interprétation dans ce livre mais des fins desserrées. Sans la libération des émotions ou l’examen des observations, il n’est pas possible d’avoir des relations avec les autres ou d’avoir des opinions. « Je » n’a pas la chance d’être créatif parce qu’il faut qu’il utilise les modes de sa profession pour décrire ses émotions.

Avec les déformations professionnelles qui affectent « Je » d’une manière très sévère, il a des difficultés quand il a des interactions avec des personnes. Ces difficultés commencent avec la scène qui le dépeint avec sa mère dans sa salle de bain. Quand elle s’assied et mange des pâtisseries, il n’y a pas de conversation mais, tristement, elle parle à « Je » et non pas avec « Je ». Si on cherche étroitement on peut voir, qu’il n’y a pas beaucoup de conversation avec « Je » pendant tous ce segment de sa vie. L’autre cas très important pour voir les déformations professionnelles sont les relations entre « Je » et Edmondsson qui travaille dans une galerie alors elle montre des peintures à ceux qui veulent les voir. Elle parle toujours avec tout le monde et elle est toujours celle qui ordonne et prend des décisions. C’est une personnalité très différente de « Je » et c’est la raison des difficultés entre eux dans les deux premières parties de l’histoire. « Je » utilise son travail dans tous ses événements quotidiens, avec ses pensées et ses interactions avec des personnes de sa vie. Il y a toujours des pensées que nous ne connaissons pas et qu’il ne veut dire à personne. Ce problème est présenté tout au long de l’histoire.

Le minimalisme produit un thème de déformation professionnelle dans la vie de « Je » dans tous ses aspects comme les pensées, les émotions, et les relations avec sa femme. Sans ce style, Toussaint ne peut pas donner l’impression du chercheur qui est trop affecté par son emploi et fournir l’effet dramatique d’un héros endommagé. Est-ce que tout le monde à ses déformations ? Est-ce qu’il y a toujours quelque chose à changer dans une personnalité ?

Le langage n’est pas un outil, seulement un autre piège

Sigrid Johannes,

Les limitations du langage construit 

Le langage n’est pas un outil, seulement un autre piège

Jean-Philippe Toussaint, La Salle de Bain

 

À chaque époque et pour chaque culture, la majeure partie de l’identité se forme par l’entremise de ceux qui nous entourent. La communication naturelle et construite, est la manière par laquelle nous nouons des relations avec notre environnement. Jean Philippe Toussaint utilise « je » et ses interactions avec trois personnages, parmi d’autres, pour illustrer comment le langage construit et littéral peut détruire la communication humaine.

D’abord, le dialogue entre « je » et le barman, un épisode célébré pour son humour subtil, fonctionne comme une étude sur le langage. Les deux personnages parlent à coup de noms propres en traversant une pléthore des footballeurs et cyclistes. « Il nous arrivait de converser », sans échanger un seul mot en français ou italien (Toussaint 66). Le Narrateur ajoute « L’absence d’une langue commune ne nous décourageait pas ; sur le cyclisme, par exemple, nous étions intarissables » (66). Toussaint montre que les affinités personnelles et culturelles (qui sont des sujets de prédilection innée à cause de notre personnalité ou de la société) forment une fondation solide pour la communication. Pour « je », cette base fonctionne mieux que celle qui est formée par les mots. Cela explique comment la communication atypique nourrit la relation émotionnelle, en disant « Peu à peu, je commençais à sympathiser avec le barman » (66). Le rapport renferme la substance. En addition, il endure et progresse avec un rythme naturel, comme on le voit quand « je » dit « Je pensais que la conversation s’en tiendrait là, mais, alors que je me disposais à quitter le comptoir, me retenant par le bras, il m’a dit Gimondi» (66).  

En effet, cet épisode correspond au « soi social », une des trois facettes de l’identité différenciée par le psychologue William James. Les deux hommes partagent une « identité collective », comme Jean-François Dortier explique dans son article. Ils n’ont ni langue commune ni pays commun, mais ils ont une passion et une expertise communes qui forment l’essentiel de leur communication et donc la base de leur identité l’un par rapport à l’autre. Par ailleurs, l’environnement de la conversation symbolise la naturalité et l’efficacité de leur manière de communiquer. Le bar et l’hôtel symbolise les besoins élémentaires pour l’eau, la nourriture et l’abri. Ces conditions ne sont pas construites, en opposition avec les langages comme le français et l’italien.

 

Toussaint réutilise les symboles pour illustrer le thème de la nature contre l’artificialité dans la scène entre « je » et la femme de Standa. Équivalent de son aisance avec le barman, « je » démontre que la physicalité est une meilleure manière de parler que le langage. « Je » décrit leur communication en disant « Après quelques échanges de signes infructueux, elle se rapprocha de moi en traînant les pieds et, ouvrant bien grand les deux mains, me fit voir neuf doigts. Puis, avançant plus près encore, la poitrine et le ventre collés contre la vitre qui nous séparait à peine, la bouche pratiquement posée sur la mienne, elle articula lascivement : alle nove, en faisant naitre entre nous un nuage de buée » (79). La sensualité et les instincts corporels sont essentiellement naturels. Nous nous relions par nos corps ; le rythme du cœur d’un bébé suit celui de sa mère, on offre le confort à un ami en détresse par le toucher, les ados se connectent par les attractions sexuelles.

Cet épisode correspond évidemment au « soi matériel », la deuxième facette de l’identité définit par James. On retrouve ce sentiment dans les conversations téléphoniques entre Edmondsson et « je ». Le narrateur raconte « Edmondsson me téléphonait de plus en plus souvent. Nous avions parfois, sur la ligne, de longs silences ensemble. J’aimais ce moment-là. Tout près de l’écouteur, je faisais des efforts pour entendre son souffle, sa respiration. Quand elle rompait le silence, sa voix prenait de la valeur » (72).  Consistant avec sa démarche scientifique, « je » observe profondément les détails physiques de son monde et trouve qu’ils forment une langue qu’il peut comprendre. L’environnement de cette conversation est aussi un symbole. « Je » rencontre la femme pendant une visite au grand magasin Standa. La procuration des biens est quelque chose de très humain, depuis toujours l’homme à l’instinct de garder des objets utiles, rares ou simplement intéressants.

 

Contrairement aux méthodes innées, l’interaction entre « je » et le docteur est basée sur des mots, le langage littéral. Bien qu’au commencement elle fonctionne, leur communication finalement s’effondre. Ils ne se comprennent pas. Le langage est forcé et donc il échoue. Le malentendu en respect du match de tennis, quand « je » dit « à ce moment-là seulement, pas avant…je compris que c’était lui, le gros blond, mon partenaire de doble mixte », est un incident dans une série (116-117). En utilisant les propres mots, « je » et le docteur perdent leur signifiance. Cette situation ressemble au dialogue dans le court métrage « Stricteternum » de Didier Fontan, où les deux personnages répètent les mêmes mots dans un cycle vicieux. Ils n’arrivent jamais à une communication qui casse la monotonie ou résout leurs problèmes. Le langage n’est pas un outil, seulement un autre piège. Le cadre de l’hôpital renforce le sentiment de construction et d’artificialité. Car à l’hôpital on perturbe l’ordre naturel. L’environnement est l’apogée des efforts des humains de construire quelque chose contre la nature, la place ou l’on triche avec la mort.  Ensuite, le malentendu qui casse la relation tourmentée culmine aux cours de tennis, un autre environnement artificiel.

Ce dernier épisode correspond à la troisième facette, « le soi connaissant ». William James explique cet aspect en disant « qui renvoie au fait que chacun d’entre nous, lorsqu’il agit ou pense, au sentiment d’être un sujet autonome, doué de volonté. » Au moment où sa communication, et donc sa relation, avec le docteur s’interrompt, « je » réalise qu’il  s’est éloigné de son but (l’observation du temps et l’espace) et décide de retourner dans la salle de bain. L’épiphanie égale celle de Lise, l’héroïne du roman « Stallone » d’Emmanuelle Bernheim. Dans une interview Bernheim exprime « Je crois que cela peut nous arriver à tous de tomber sur un film, un livre, ou autre chose qui fait écho à ce que nous avons envie d’entendre, ou de comprendre à un moment précis de notre vie. » La vie se clarifie pour Lise pendant un film, et pour « je » pendant son échec social. Le psychologue Georges H. Mead explique que c’est dans le « cadre de l’interaction sociale que l’individu émerge » et devient conscient de soi. Dans ces interactions avec le docteur et sa femme, les seules relations qui se rapprochent des normes sociétales, « je » laisse, son identité solidifiée. Le retour à la salle de bain à la fin du livre symbolise son retour à lui-même.

 

            Jean Philipe Toussaint utilise les études sur la communication comme articulateurs dans son développement de l’identité de « je ». Le personnage trouve la communication par les mots trop constrictive et subjective parce qu’elle dépend du terrain d’entente avec son correspondant (quelque chose qui lui manque). Mais sans mots, on voit que « je » peut communiquer efficacement, bien que son comportement diverge souvent des normes sociétales. C’est ainsi qu’on peut appliquer les grandes lignes de ces trois épisodes en examinant la relation entre « je » et Edmondsson et questionner le succès de la communication traditionnelle.

 

Sigrid Johannes

Le langage n’est pas un outil, seulement un autre piège

Couples Impairs dans “La salle de bain”

Maeve O’Leary Sloan,

Les Couples Impairs

Paru en France en 1985 aux éditions de Minuit, La Salle de Bain est le premier roman de Jean-Philippe Toussaint, cinéaste et auteur réputé, est un homme très introspectif et curieux..

L’intrigue de l’histoire se concentre sur un jeune chercheur parisien qui vit à l’intérieur de sa baignoire. Après avoir obtenu une invitation à l’Ambassade d’Autriche, le jeune chercheur (dénommé «Je») prend le risque de laisser sa salle de bain. Le reste de l’histoire documente les expériences de «Je» dans le monde en dehors de sa salle de bain. Même si ce livre semble suivre l’histoire d’un jeune homme, il est également axé sur ​​les relations humaines.

En Français, on utilise le mot couple pour définir une relation entre deux personnes, mais aussi on parle du couple moteur. Donc, les couples sont une force d’entraînement dans nos vies, qu’elles nous conduisent émotionnellement ou physiquement. Chez-Toussaint, on rencontre quatre types de couples: le couple fusionnel, le couple passionné, le couple parfait, et le couple indépendant. Les deux premiers sont peut-être plus influencés par les standards américains, alors que le dernier est une meilleure représentation de l’idéal français.
Tous les jours, nous sommes subconsciemment poussés à correspondre avec nos relations dans le moule de ce que le statu quo décrit comme un couple doit être. Par exemple, aux États-Unis, le couple idéal est interdépendant, ils communiquent ouvertement, et font tout ensemble. Alors qu’en France, le couple idéal est indépendant, et n’a pas nécessairement de nombreux point en communs, c’est la différence qui créé le couple.
Habituellement, ces différences culturelles restent dans les frontières. Et pourtant, avec la présence grandissante des médias dans nos vies, l’idéal américain d’un couple est devenu beaucoup plus fréquent dans les pays étrangers.

Dans son roman, La Salle de Bain, Jean-Philippe Toussaint suggère qu’il n’y a pas seulement un idéal. Il le fait en donnant aux lecteurs de nombreuses images de ce qui constitue un couple heureux. Et en fin de compte, il demande aux lecteurs de réfléchir pour décider lequel a la relation la plus profonde.
Le premier couple que Toussaint présente aux lecteurs est composé de deux personnes quasi-jumelles (Partie 1, Chapitre 36). Ce couple entre dans l’histoire après qu’ils vendent leur appartement. Ils invitent les nouveaux locataires, «Je» et Edmonsson, à venir prendre l’apéritif. Toussaint se réfère toujours au couple comme «ils», signalant à son lecteur que le couple est entièrement fusionnel. Ils sont jumeaux, ils sont ils. Après que le couple apprend que «Je» est un chercheur, il tente de donner des conseils sur la façon dont il (comme une unité) ferai sa recherche différemment. Par conséquent, ce couple essaie de fusionner l’identité de «Je» à la sienne. Parce que le couple est tellement habitué à avoir une identité unique, ils essaient d’y intégrer tout le monde («Je» et Edmonsson inclus). Mais, comme Toussaint nous le montre, ce n’est pas toujours une bonne idée. Beaucoup de gens, comme les protagonistes, ont besoin d’avoir leur propre identité afin de fonctionner sainement dans leur couple.
Le deuxième couple que les lecteurs rencontrent est un couple célèbre et Français (Partie 2, Chaptire 4). Le couple est d’abord aperçu entrain de parler de Titian et de Véronèse, deux peintres qui sont très similaires dans leur travail. Les deux artistes peignent des scènes monotones, des hommes et femmes avec leurs enfants, ou de vieux hommes assis et qui regardent fixement dans l’espace. De la même façon, ce couple est aussi monotone. Cependant, les deux parlent la même langue. En incluant ce couple dans de nombreuses scènes, Toussaint indique aux lecteurs à quel point la communication est importante dans une relation – la communication, mais aussi la passion. Car si les deux étaient très différents l’un de l’autre, ils auraient toujours la même passion à partager : l’art. C’est ce qui les unit et ce qui maintient leur amour vivant. Peut-être la raison pour laquelle «Je» est tellement fasciné par ce couple, est parce qu’il sent qu’il a quelque chose à apprendre d’eux. Peut-être que sa relation avec Edmonsson s’améliorerait avec un peu plus de passion. Est-ce qu’avec Edmonsson il existe une passion partagée ?
Le troisième couple dans le roman est le médecin et sa femme. Par rapport aux normes américaines, ils forment le couple parfait (Partie 3, Chapitres 4-6). Ils visent un objectif identique. Ils ont une belle maison, beaucoup d’argent, et un enfant. Même si «Je» passe beaucoup de temps avec ce couple, il se rend compte que sa relation avec Edmonsson est différente. Ils ont tous deux des professions différentes, ne gagnent pas nécessairement beaucoup d’argent, et ils n’ont pas d’enfant ; Ils ne sont même pas mariés. Mais, simplement parce qu’ils ne peuvent pas cocher toutes les cases du standard de la perfection, ne signifie pas qu’ils ne construisent pas un couple solide.
En fin de compte, tous les traits que les lecteurs voient dans les différents couples sont essentiels à la santé d’une relation. Un couple doit chercher à être fusionnel, à communiquer, et à avoir les mêmes objectifs. Sont-ils nécessaires à de telles extrêmes qu’ils sont considérés dans le roman. Un couple peut être fusionnel, communicatif, et avoir les mêmes objectifs tout en restant indépendant et différent l’un de l’autre. Par conséquent, Toussaint propose que peut-être «Je» et Edmonsson sont le couple idéal, ou, peut-être qu’ils sont tout aussi idéal que tous les autres couples rencontrés.
Bien qu’ à la surface, ils composent un couple qui semble déconnecté, en vérité, ils sont toujours là l’un pour l’autre. Les deux se rencontrent dans l’espace de l’autre. Ils ne cherchent pas à créer un espace intermédiaire pour que les deux co-habitent, mais plutôt, ils respectent les différences de l’autre, et fonctionnent avec soutien dans leurs deux espaces distincts.

Après avoir lu le roman de Toussaint, nous devons alors nous demander, est-ce que l’amour entre deux personnes est plus profond lorsque leurs identités sont fusionnées ? Ou plutôt, est-ce que l’amour d’un couple est plus profond quand ils conservent des entités différentes, mais tout de même respectueuse ? Quelle est la meilleure façon d’aimer ? Faut-il renoncer à une partie de qui nous sommes pour aimer pleinement ? Ou plutôt, doit-on faire simplement un espace à côté de nous pour une autre identité ? Donc, pour avoir une relation saine, est-ce que c’est une question de compromis ou de composition ?
En fin de compte , même si l’intrigue principale de ce roman ne suit qu’un individu dans sa tête, Toussaint parvient à inclure subtilement les exemples de quatre types de couples différents au long de son texte. En ce sens, il envoie un message aux lecteurs à un niveau subconscient que les relations aident à se définir soi-même.

Ce livre a été lu tout autour du monde et ainsi touché différentes visions du couple. Par conséquent, ce sentiment que les relations saines sont la clé d’une vie heureuse est également parvenu à l’esprit de beaucoup. Étymologiquement, le mot «couple» ne fonctionne pas sans un individu. Un couple est un couple – il y a une personne qui définit une autre en quelque sorte. Les synonymes pour le couple au-delà d’une «paire» comprennent «un duo», «une tandem», etc. Tous ces mots fonctionnent sur ​​l’hypothèse que deux personnes sont impliquées inséparablement. C’est pour cette raison qu’on utilise le terme «âme sœur» pour désigner nos partenaires car on est constamment à la recherche d’être le membre du couple parfait, toujours à essayer d’être défini, non seulement par nous-mêmes, mais aussi par un autre.
Dans un court-métrage qui s’appelle «Demi-Paire», une jeune femme découvre des objets chez-elle auxquels il manque une moitié, comme une seul chaussette, ou une paire de ciseaux cassée en deux. La femme erre, en essayant de trouver chaque demi-paire, mais sans succès, elle sort de chez-elle pour s’apercevoir qu’il manque une roue à son vélo. En face, il y a un homme auquel il ne reste que le roue manquante. Les deux mettent en commun leurs pieces, pour former un vélo qui fonctionne et ainsi resolvent leur problème à deux. Ce sentiment est vrai pour tous les couples que nous voyons dans La Salle de Bain. Le barman ne peut pas tenir une conversation sans «Je», les deux hommes polonais ne peuvent remodeler la cuisine sans l’aide de l’autre.
En lisant La Salle de Bain, l’idée qu’un couple ne peut pas fonctionner sans deux parties distinctes est confirmée. Plus précisément, il s’est affirmé à travers les images de quatre types de couples différents. De cette façon, Toussaint dit à ses lecteurs qu’il n’y a pas qu’un moule pour un couple heureux. Même si la plupart des cultures ont leurs propres idéaux distincts, il existe de nombreuses façons par lesquelles un couple peut s’épanouir, il lui suffit juste d’être deux.

Maeve O’Leary Sloan, Whitman College, Walla Walla, WA

Pour Madame Bourdier

Vivre dans une Salle de bain

Vivre dans une Salle de bain, dans la Salle de bain de Toussaintbaignoire

Jean-Philippe Toussant a écrit « La Salle de bain » en 1985. Ce court roman a été réalisé à l’écran en 1989 et traduit en 25 langues. L’histoire suit un chercheur français de « vingt-sept ans, bientôt vingt-neuf », qui habite à Paris avec sa femme Edmondsson. (16) « Je » passe des heures dans la salle de bain et Toussant décrit ses pensées, donc chaque partie est très courte et indépendante des autres. Il va à Venise pendant quelques semaines et on apprend plus de détails concernant sa façon de vivre. Partout dans le livre, il s’entoure de gens, de choses, d’activités, mais il ne s’engage jamais. La vie l’entoure, mais il ne la vit jamais. Les épisodes dans le livre avec l’eau, le sport et Edmondsson sont tous des réflexions de la manière avec laquelle « je » vit.

Au début du livre, on rencontre « je » dans la salle de bain. Il nous dit « je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu. » Pourquoi s’asseoir dans la baignoire sans eau ? Dans une interview, Toussant a dit « La salle de bain est aussi une pièce de refuge, où le personnage peut se retirer du monde. » Donc « je » se retire de quoi ? Il semble qu’il ne se retire pas mais se cache. « Je » passe beaucoup de temps aussi en observant le temps. Quand il pleut, il remarque qu’il y a deux manières de regarder tomber la pluie. On peut « maintenir son regard fixé sur un point quelconque de l’espace et voir la succession de pluie à l’endroit choisi » ou « suivre des yeux la chute d’une seule goutte à la fois, depuis son intrusion dans le champ de vision jusqu’à la dispersion de son eau sur le sol. » (37) Chaque fois qu’il pleut, « je » reste dedans et il observe simplement. Et indifférent à la météo, il porte son manteau partout. Bien que « je » n’utilise ni l’eau dans la baignoire ni ne profite de la pluie, il reste dans deux villes qui sont des îles. Paris et particulièrement Venise, flottent. Donc l’eau l’entoure vraiment, mais en même temps les villes lui permettent de s’en protéger.

Partout dans le livre, on sait que « je » aime les sports. Il écoute les émissions radiophoniques de football, il achète des fléchettes à Venise et il fait le projet de jouer au tennis quand Edmondsson apporte deux raquettes. D’abord, « je » sort très tôt le matin suivant pour acheter des balles de tennis. Donc le lecteur pense qu’il veut vraiment jouer au tennis ce qui est logique quand on tient compte de son intérêt aux sports. Il continue à sembler intéressé au tennis en recherchant où on peut jouer. Il demande au réceptionniste et  passe des coups de téléphone. Mais après tout ça, il « n’a pas de short. » (84) Pour le lecteur, c’est une raison faible. Pourquoi investir du temps et de l’argent et puis laisser les vêtements vous arrêter ? Il semble qu’il ait peur de poursuivre jusqu’au bout cette idée du tennis. Peut-être il a peur de perdre ou il ne se sent pas assez athlétique. Comme avec l’eau, il s’engage jusqu’à la dernière seconde. Il y a quelque chose qui le retient. Et voilà qu’ il est encore dans la salle de bain.

« Je » semble timide concernant sa femme Edmondsson. On sait que leur relation dure depuis longtemps. Ils habitent dans un appartement au début du livre après avoir établi une vie commune. Chez eux, Edmondsson décide tout. Elle choisit la couleur pour repeindre la cuisine et grâce à son poste, il est probable qu’elle gagne plus d’argent que « je ». Quand « je » va à Venise, il pense qu’il ne veut pas la voir à ce moment, mais dès qu’ils commencent à parler au téléphone, il attend ses appels pendant des heures. Il nous fait croire qu’il sera prêt à être ensemble quand ils se réuniront, mais ce n’est pas vrai. Elle vient à Venise après quelques jours, mais ils ne veulent pas faire les mêmes choses. « Je » passe la plupart du temps seul, dans sa chambre d’hôtel et elle sort pour visiter aux musées et voir la ville. Quand ils visitent une église, « je » dit : « J’essayais de l’en dissuader. Devant sa sereine détermination (elle ne m’écoutait pas), il m’apparut que je ne parviendrais pas à la faire changer d’avis. Je rentrai seul à l’hôtel. » (84). Il perpétue donc cet état indécis de semi-immobilité.

Chaque personnage a des caractéristiques uniques et il faut les lire au-delà des mots.  A priori, le personnage « je » est timide, il a peur, et donc il concentre sa vie autour des choses qu’il peut observer, sur lesquelles il peut compter, mais desquelles il peut se cacher. Mais peut-être est-ce lié à son travail. Il est chercheur, donc il renonce à la participation. En se métamorphosant en chercheur, il en fait un art de vivre.