Ibrahima Wade, Mémoires Francophones d’Indochine

Docteur Ibrahima Wade est professeur et chair du Départmeent de Francophonie et Etudes Méditéranéennes au Colorado Collège à Colorado Spring. Ses recherches actuelles se sont orientées vers les mémoires Francophones d’Indochine, rédigées principalements par les femmes et les filles es tirailleurs sénégalais, venus avec les Français combattre Ho-Chi-Minh.

Une interview avec Dr. Ibrahima Wade

Beth : Pouvez-vous nous expliquer votre recherche sur l’Indochine. S’il vous plait.

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Professeur Ibrahima Wade

Dr. Ibrahima Wade : Donc, cette recherche, elle est intéressante. Elle a été accentuée par cette expérience que j’ai eue avec une de mes étudiants. J’avais une étudiante qui était d’origine américano-vietnamienne. Donc elle est née ici mais ses parents sont Vietnamiens. Elle s’intéressait à la diaspora vietnamienne à travers le monde et surtout elle s’intéressait, à la diaspora vietnamienne en l’Afrique. Je savais qu’il y avait une diaspora, peut-être pas seulement vietnamienne mais indochinoise en Afrique et comment est-ce que cette diaspora est arrivée en Afrique, c’était à travers la guerre franco-indochinoise. Pourquoi ? Parce que dans l’armée française il y avait des bataillons militaires de soldats africains. J’étais très curieux de savoir ce qui s’est passé et de capter la mémoire des tirailleurs parce que pour la plupart ce ne sont pas des gens qui ont fait l’école, le lycée  ou l’université. C’est des gens qui ont initiés à l’écriture française donc ils n’ont pas écrit – personne n’a recueilli leurs mémoires etc. Et  moi, je voulais recueillir leurs mémoires et ensuite essayer de faire cela partie ou de mettre cela ou de contribuer cela à l’histoire francophone en général et l’histoire franco-africaine. C’est compliqué ! C’est encore inexact, mais j’en suis au niveau des données, mais je trouve que c’est quelque chose n’est-ce pas ? Oui devrait exister parce que finalement, il faut dire qu’il y a pas beaucoup de traces de la rencontre afro-asiatique à travers l’expérience coloniale. Donc, j’espère que ce que je fais va essayer d’ouvrir le chemin un peu plus vers la compréhension de cette rencontre, non seulement militaire et historique mais aussi culturelle.

   BK : Comme il n’y avait pas beaucoup de documentation pendant cette période, existe-t-il une littérature francophone indochinoise ?

IW : Il y a une littérature francophone indochinoise, mais elle est dans la diaspora. C’est-à-dire que c’est en dehors de l’Indochine. Il y a pas mal d’auteurs et de cinéastes vietnamiens, surtout cambodgiens – mais en France, en Europe, ou  aux États-Unis, peut-être, ou au Canada, mais pas en Indochine et en Indochine, il y a en a même très peu. Je crois que la partie la plus importante se trouve en dehors de l’Indochine. Je me suis basé surtout sur l’écriture des femmes. Les femmes indochinoises ou les femmes dont les mères étaient indochinoises et qui ont écrit sur leur expérience ou l’expérience de leur maman en Indochine étant mariée ou fiancée avec un soldat africain.

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   BK : Si l’écriture existante est générée par les femmes, quel types d’idées sont vues le plus souvent ?

IW : Au niveau de sa culture d’origine, une fois que le couple reviens dans la culture d’origine de l’homme, l’homme dans son milieu naturel, redevient, l’élément naturel, qu’il était avec son comportement et bien sur les femmes sont vraiment choquées, parce que cet homme, qu’elles ont devant elles en Afrique, ce n’est pas l’homme qu’elles ont épousé au Vietnam, au Laos, ou au Cambodge. Il y a ce thème qui revient dans l’écriture féminine francophone indochinoise, il y a ce thème, le comportement de l’homme. Comment les femmes éprouvent le sentiment d’avoir été trahies, un sentiment de trahison de la part de l’homme comment l’homme naturellement évoque ses droits d’homme africain – qui peut être polygame, qui peut faire le libertinage de manière impunie et évoque, la religion musulmane !

   BK : Avez-vous d’autres objectifs que celui de préserver l’histoire d’Indochine ?

IW : Pour revenir à ma motivation et aussi à ce qui m’a poussé à creuser d’avantage pour peut-être déterminer différentes choses, d’abord la relation franco-indochinoise, comprendre cette relation française dans cette partie du monde, et son impact socioculturel et économique et politique éventuellement, mais aussi comprendre cette expérience qui a été vécue par les Africains qui n’a pas été documentée et dont la France ne parle jamais.

Identité, inspiration et motivation dans Stallone de Bernheim

Clare Valentine

L’Identité, L’inspiration et la Motivation, Stallone d’Emanuèle Bernheim

Il est dit que l’identité est formée par la nature et la nourriture ; l’environnement d’une personne influence sa croissance et sa personnalité. De la même façon, les idoles qu’on choisit nous influencent, et elles peuvent nous inspirer, motiver, et fournir des conseils. Les idoles sont des individus dont on ne voit qu’un côté—on voit l’image qu’elles projettent, non leur personnalité réelle. L’image publique d’une star peut nous inspirer, cependant, il faut être prudent en suivant ses idoles— bien qu’elles puissent nous guider, il est nécessaire qu’on prenne en charge son propre développement.

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Les idoles ont un rôle unique dans notre vie. Avoir une idole est une sorte de relation imaginaire qui est fondée fréquemment sur l’image que l’on se fait d’une personne. C’est souvent une image statique et irréelle, une image qui n’incarne que certaines qualités. Comme discuté par Jean Garneau dans son article « Le grand amour », l’image parfaite d’une idole crée intrinsèquement une dynamique de puissance, où l’idole est supérieure à l’autre. Quand on idolâtre quelqu’un, on peut choisir les caractéristiques que l’on voit. Comme tel, elle apparaît parfaite et ainsi supérieure. 

Dans beaucoup de cas, les idoles peuvent être avantageuses. Parce qu’elles semblent supérieures à celui qui l’admire, cela l’encourage à poursuivre des projets pour s’améliorer. Dans « Stallone » d’Emmanuèle Bernheim, le protagoniste, Lise, a vu le film « Rocky » et la persistance et le dévouement de Sylvester Stallone l’ont inspirée. Elle a utilisé ces qualités pour se motiver. Les admirateurs ont une image définie de la personne qu’ils veulent être dans le futur. Quand Lise a vu que le personnage de Rocky Balboa a vaincu ses défis, elle savait qu’elle voulait aussi vaincre les siens. Avec l’image définie de Rocky Balboa, elle pouvait créer une image similaire pour elle-même.

Mais, les idoles peuvent aussi être dangereuses. Puisque l’image d’une idole est statique, il est possible qu’un fan perde de vue le fait qu’elle est imparfaite. Par exemple, quand des jeunes regardent les magazines contenant des modèles, elles voient que les modèles ont des corps parfaits,  la peau sans tache, et les cheveux en place. Elles ne voient pas le maquillage, les heures de préparation, et le photoshopping. Alors, les jeunes pensent qu’ils peuvent et doivent être comme ça. De plus, les admirateurs pourraient s’habituer à développer leurs relations en se basant sur de fausses images, et non les qualités réelles. Dans le court métrage « Idole », le protagoniste aime la célébrité Markus. Elle ne le connaît pas personnellement, mais elle change sa vie afin de le rencontrer. Son obsession pour Markus n’est pas basée sur les qualités réelles. A la suite, elle est déçue lorsque Markus n’a pas les mêmes sentiments. Cependant, elle continue sa vie ; ce n’est pas toujours le cas.

En fait, avoir une idole change nos perspectives sur la vie. Il est nécessaire qu’on utilise les qualités réalistes de l’idole comme un point de départ d’où évoluer ; après  un temps, on doit commencer à innover, et non plus seulement à imiter l’idole.
Il reste alors une question pour la société : est-il juste de vénérer des célébrités aux qualités superficielles, si elles encouragent les personnalités simples et statiques ?

Clare Valentine, Whitman College, Walla Walla, WA

Au bord du ridicule

Jordan Gardner

Au bord du ridicule

Lorsque Molière écrit « Le misanthrope »,  le concept de l’honnête homme est ancré dans la société du XVIIe et sert d’étalon à la bienséance. Bien que ce mot fasse référence à l’honnêteté, il ne doit pas être pris en son sens littéral, il adresse la politesse et les bonnes manières. L’homme honnête serait très poli, même si sa politesse était une façade et son comportement toujours neutre ou calme. Donc, dans « Le misanthrope », le personnage d’Alceste avec sa conduite extrême représente le contraire de cette idée. Il se fatigue des formalités dans une société qui vénére tout le monde, même ceux qui ne le méritent pas. Quoiqu’au début de cette pièce on pourrait voir Alceste comme un héros parce qu’il combat la fausse courtoisie, son comportement dénote d’un manque de contrôle qui est nécessaire pour fonctionner dans le monde, ce qui lui donne l’air d’être un personnage ridicule.

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Misanthrope_-®-Robert-Day, Oxford

En premier lieu, bien qu’Alceste se comporte dans l’ensemble de façon ridicule, plusieurs arguments viennent renforcer sa position contre le concept de l’honnête homme. Pour Alceste, qui reste dans une mentalité traditionnelle, cette philosophie des fausses politesses est dérangeante et non sans raison. A titre d’exemple Philante, qui au début est repris par Alceste pour avoir loué un inconnu.

Alceste :          Allez, vous devriez mourir de pure honte ;
                         Une telle action ne saurait s’excuser,
                         Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.
                         Je vous vois accabler un homme de caresses,
                         Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;
                         De protestations, d’offres et de serments,
                         Vous chargez la fureur de vos embrassements ;
                         Et quand je vous demande après quel est cet homme,
                         A peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;
                         Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,
                         Et vous me le traitez, à moi, d’indifférent. (14-24)

Par cet exemple, Alceste soulève un bon point, pourquoi louer quelqu’un qu’on ne connaît pas ou qu’on n’aime pas ? Il n’est pas ridicule d’être honnête (et donc de ne pas être un honnête homme) avec ceux dont on ne partage pas l’opinion. Cependant, ce qui le dérange le plus, c’est le fait que les honnêtes hommes sont polis en public puis cancanent contre les uns et les autres. On s’en aperçoit lorsque la coquête Célimène bavarde avec les hommes :

Alceste :          Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour ;
                         Vous n’en épargnez point, et chacun à son tour ;
                         Cependant aucun d’eux à vos yeux ne se montre
                         Qu’on ne vous voie, en hâte, aller à sa rencontre,
                         Lui présenter la main, et d’un baiser flatteur
                         Appuyer les serments d’être son serviteur. (651-656)

Comme on peut voir, les choses qui le dérangent ne sont pas ridicules du tout. Dans ce sens, Alceste se trouve comme un héros parce qu’il critique une société fausse et finalement malpolie, toutefois, ce qui le rend ridicule est le fait qu’il ne sait pas où il doit fixer la limite de ses réactions.

Après avoir discuté ce concept étrange de l’honnête homme et pourquoi Alceste avait raison de les critiquer, il convient maintenant d’analyser la raison qui fait de lui personnage ridicule dans l’ensemble. Parmi toutes ses réactions, il y en a deux qui ressortent comme des exemples parfaits. Premièrement, bien qu’Alceste n’aime pas les fausses politesses, il considère que tout le monde doit donner de vraies opinions même si elles blessent les sentiments des autres,

Alceste :         Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié,
                         Ce commerce honteux de semblants d’amitié.
                         Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
                         Le fond de notre cœur dans nos discours se montre,
                         Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
                         Ne se masquent jamais sous de vains compliments.
                         Philante : Il est bien des endroits ou la pleine franchise
                         Deviendrait ridicule et serait peu permise ;
                         Et parfois, n’en déplaise à votre austère honneur,
                         Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur. (67-76)

 

                         Alceste ne se sent pas concerné par les sentiments des autres parce qu’un homme bon ne compromet jamais son honneur. Cependant, en cela, Alceste a l’air de ne pas être compatissant, un trait qui est nécessaire dans une société fonctionnelle. Dans ce cas, tout est une question de la maîtrise de soi parce que tout le monde voudrait exprimer quelquefois de vraies opinions, toutefois, il vaut mieux les cacher si elles sont blessantes. Cela n’insinue pas qu’il faille toujours les cacher mais qu’on doive être sélectif avec ce qu’on partage. Si tout le monde faisait le tour en exprimant de vrais sentiments, il est clair que le monde finirait en chaos. Ensuite, ce qui le rend d’autant plus ridicule est le fait qu’il est des aspirations contradictoires, ainsi il veut quitter la société pour le désert avec Célimène et refuse de lui pardonner tout refus.

Alceste :          Pourvu que votre cœur veuille donner les mains
                         Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains,
                         Et que dans mon désert, où j’ai fait vœu de vivre,
                         Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre (1761-1764).

Par cette tirade il présente encore son caractère extrême, en montrant qu’il n’a pas d’équilibre dans ses sentiments. De plus, le fait qu’il veuille quitter la société et vivre dans un endroit isolé n’est pas un choix héroïque mais plutôt une fuite lâche et ridicule.

                         Tout bien réfléchi, bien qu’Alceste soit un homme qui ait des critiques légitimes concernant l’idée de l’honnête homme, son manque de contrôle le rend ridicule. Dans un monde où les formalités sont très importantes, il faut trouver un équilibre entre ce qu’on a envie de dire et ce qu’on peut effectivement dire. Même si l’honnêteté est fondamentale, la compassion est indispensable au fonctionnement d’une société.
Bien entendu au XXIe siècle, on sourit de l’idée de l’honnête homme et de la bienséance, vraiment ? N’est-elle pourtant pas toujours pertinente ?

Bibliographie

1. Molière, and Loïc Marcou. Le Misanthrope. Paris: Flammarion, 1997.

 

Jordan Gardner

Théatre XVIIe.

 

Le grotesque au service de l’Humanisme

Hali Wolf

Le grotesque au service de l’Humanisme dans le Gargantua de Rabelais

Gargantua de Rabelais, est une œuvre dans laquelle le rire, le grotesque et la fête s’entremêlent. Cet entrelacement met en relief l’opinion de Rabelais sur la liberté des hommes tout en satirisant l’église catholique et le gouvernement du XVIe siècle. Il semble que la fête soit un élément fondamental du “vivre” pour Rabelais. Même dans son prologue il avoue avoir écrit Gargantua pendant ses heures de la table alors qu’il buvait et mangeait avec ces amis. Tout au long du livre the-childhood-of-gargantuaRabelais associe la fête avec le bonheur, la socialisation, la liberté, et la créativité. Par exemple, au chapitre 24, Gargantua, après avoir appris de nombreuses chose dans ses livres et ses lectures, quitte la ville avec Ponocrates, et tous les deux “ passent toute la journée à faire la plus grande chère qu’ils peuvent imaginer, s’amusant, buvant, jouant, chantant, dansant…”(178). Cette fête a soulagé la violente tension de l’esprit de Gargantua, et ironiquement lui a donné l’envie d’apprendre plus. La fête n’était alors plus un péché a condamner, mais plutôt une expérience d’apprentissage.

Il est donné à l’idée du grotesque ou des faits et les actions ridicules tout autant d’importance dans cette œuvre, car le grotesque sert à renforcer les concepts principaux de l’humanisme et à rendre comiques les croyances de l’Église. Rabelais se concentre sur les rituels exigeants et contraignants de l’érudition de Gargantua, en les comparants aux rites chrétiens. En réclamant que Gargantua passe plusieurs années à étudier les textes pour les mémoriser (et après, découvrir qu’ils sont inutiles), Rabelais rabaisse les prêtres et les autres religieux qui passent toutes leurs vie à étudier les textes sacrés. De plus, après la naissance incroyable de Gargantua, Rabelais dit qu’il faut la croire, parce que “les Sorbonnistes disent que la foi consiste à croire en l’absence de preuves,” réclamant clairement que cet événement soit comparable à ceux de la Bible.

Par conséquent, il affirme qu’il faut penser par soi-même, sans permettre aux autres à se contraindre trop dans l’éducation, ce qui est une des idées principales de l’humanisme. Ce mélange du grotesque avec l’humour crée un œuvre qui peut être lue comme une critique de la religion et de l’éducation scolaire ou comme une livre dont le seul but est de faire rire le lecteur.

Miguel Bonneyfoy : de l’exil au voyage

Wiebke Mason

Né en France, Miguel Bonneyfoy a grandi au Venezuela et au Portugal. En 2009, il a remporté le Grand Prix de la Nouvelle de la Sorbonne Nouvelle avec La Maison et le Voleur. Il a ensuite publié Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure (edizione del Giano, Rome, 2009) et Naufrages (éditions Quespire, Paris, 2011) remarqué au Prix de l’Inaperçu 2012. En 2013, Prix du Jeune Ecrivain avec Icare et autres nouvelles (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Le Voyage d’Octavio (Rivages, Paris, 2015) son premier roman, fut finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman, Prix Edmée de la Rochefoucauld, Prix L’Ile aux Livres, Prix de la Vocation, Mention Spéciale du Jury au Prix des Cinq Continents et Prix Fénéon. En 2016, il a publié Jungle aux éditions Paulsen.

PORTRAITS

Q : Vous décrivez des situations et des personnages “exotiques”, comme dans le Voyage d’Octavio, pensez-vous que l’usage du français exotise votre analyse et vous positionne en observateur ?

R : En effet ce n’est pas nouveau que la langue française soit au service de la tropicalisation des termes. Quand on lit par exemple le Père Labar, Césaire, ou certains écrivains antillais, je pense par exemple à Lyonel Trouillot, on peut retrouver là, un français qui est tropicalisé, qui est exotisé. Un français dans lequel on trouve des termes qui essaient de rendre à la langue plus de fasteté, plus d’étendue, qui ramifie qui flexibilise le français en lui donnant, notamment avec les nouveaux termes, mais également avec une sorte de manière de tordre le français pour pouvoir le soumettre à une nature qui ne rassemble pas à la nature européenne. Donc, peut-être que dans Le Voyage d’Octavio on peut retrouver cet héritage. Il peut se positionner dans cette lignée de roman qui essaie de prendre le français pour parler de terres, d’une nature, de climats, de situation qui n’ont peut-être rien avoir avec la France. Alors, en effet, Le Voyage d’Octavio se trouve à ce niveau-là. Je ne pense cependant pas avoir inventé grand chose, mais tout simplement avoir pris des termes d’un français parfois désuet et l’avoir croisé avec un imaginaire vénézuélien, un imaginaire caribéen, comme on le retrouve dans énormément de livres.

Q : Les titres de vos romans font souvent appel au voyage ou à l’évasion “naufrage, Icare, labyrinthe, voyage”, pensez-vous que votre voix (dans le sens de la voix de l’auteur) est celle d’un éternel voyageur ?

R : Sans doute. Je pense qu’on écrit d’abord sur ce qu’on connaît. Moi, je connais le voyage, puisqu’il a constitué ma vie comme pour beaucoup de personnes. Alors au moment, bien entendu, de faire des fictions, des autofictions ou même de faire des structures ou des édifices narratifs avec d’autres personnages fictifs et bien il est évident que le voyage revient, que l’idée de l’ailleurs, que l’idée du départ, que l’idée de l’exil est sans cesse au centre de la préoccupation. Donc, il peut y avoir là dans les titres qu’on retrouve, et bien un écho, un reflet de ce qu’il y a dans les livres. Cependant, moi je ne suis qu’à l’aube de ma plume, à l’orée d’un chemin, donc je pense que ça va finir probablement par changer et que les prochains titres auront quelque chose de plus immobile.

Le rejet de l’étranger chez Camus

Le rejet de l’étranger chez Camuscamus

Dans le livre « L’étranger » d’Albert Camus, on rencontre M. Meursault qui vient d’apprendre que sa mère est morte. Après qu’il ait assisté à l’enterrement de sa mère sans avoir pleuré, on découvre que c’est un personnage bizarre selon les normes de la société. Cependant, dans la nature humaine ou bien la nature de la société humaine, il y une peur inhérente et un besoin de se séparer de ce qui est considéré différent. Tout au long du livre on voit son indifférence envers tout ce qui se passe dans sa vie et dans la vie des autres et l’effet négatif que cela produit. Lorsqu’une société est confrontée par un phénomène considéré différent, il faut qu’elle impose son idéal sur l’étranger pour expliquer son comportement et l’isoler du reste du monde.

En premier lieu, si on prend l’exemple d’une société sortie du monde réel, on y trouve d’habitude des valeurs et des règles très simples que chacun doive suivre. Par exemple, aimer sa famille et s’en occuper. De plus, il faut avoir un but dans la vie, une raison pour laquelle vivre, on doit penser à la mort comme à quelque chose triste. Toutes ces convictions se trouvent les mêmes dans le monde de Meursault, toutefois, il ne les respecte pas. Il ne pleure pas à l’enterrement de sa mère, il n’aime pas vraiment Marie, il n’est pas très heureux quand son patron lui offre une promotion, « dans le fond cela m’était égal » (66). En fait, il est ce qu’on appellerait un existentialiste, il ne voit pas d’ordre ou de raison dans le monde, donc, il ne la prend pas très sérieusement. Néanmoins, les gens dans la société ne le comprennent pas parce malgré leur comportement qui quelque fois est vu comme peu orthodoxe, ils ont tous des raisons implicites pour leurs actions. Tel que quand Salamano cherche son chien qu’il frappait pourtant, « comme un chien vit moins qu’un homme, ils avaient fini par être vieux ensemble… ‘De temps en temps, on avaient des prises de bec. Mais c’était un bon chien quand même’ » (72). Bien qu’il fût toujours cruel avec son chien, à la mort de sa femme, il comble le vide et sa solitude avec le chien. Parce que son comportement est motivé par ses émotions il est normal. Ainsi, il essait de comprendre Meursault et de l’examiner selon les idéaux de la société parce que c’est dans la nature humaine d’essayer à comprendre celui qui est différent.

Après avoir examiné les normes de la société il faut ainsi se concentrer sur la façon avec laquelle elle impose ses concept pour expliquer l’étrange. Lorsqu’on trouve Meursault dans la cour on apprend qu’il n’est pas punit pour voir tué l’”Arabe” mais pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère. Ses amis essaient de le défendre en justifiant que le meurtre était un accident mais tout le monde s’intéresse plus à sa bizarrerie. La société a aussi besoin de lui montrer qu’il est différent. Par exemple, lorsque le juge lui demande de s’expliquer à propos du meurtre de l’”Arabe”, il essaie d’utiliser la religion pour faire avouer Meursault. Si il croit en Dieu, l’homme n’était assez coupable pour que Dieu ne lui pardonnât pas, mais qu’il fallait pour cela que l’homme par son repentir devînt comme un enfant dont l’âme est vide et prête à tout accueillir. (105)

Cependant, Meursault ne croit pas en Dieu, donc, il ne ressent rien. De plus, quand le procureur essaie de convaincre le jury de le condamner, il leur explique, « Mais quand il s’agit de cette cour, la vertu toute négative de la tolérance doit se muer en celle, moins facile, mais plus élevée, de la justice. Surtout lorsque le vide du cœur tel qu’on le découvre chez cet homme devient un gouffre où la société peut succomber » (153). Le procureur les avertit que leur system de justice est trop clément avec les criminels et s’ils n’emprisonnent pas cet homme il pourrait empoisonner le reste de la société. Toutefois, ce n’est pas parce qu’il a un esprit de meurtrier mais parce qu’il n’exhibe pas ses émotions humaines. En fait, c’est le manque d’émotions que le procureur souligne et interprète comme une âme sinistre. D’un autre côté, tandis que son avocat le défend, il fait exactement la même chose que le procureur mais pour montrer que ses intentions ne sont pas mauvaises et qu’il est en général un bon homme, « J’étais un fils modèle qui avait soutenu sa mère aussi longtemps qu’il l’avait pu. Finalement j’avais espéré qu’une maison de retraite donnerait à la vieille femme le confort que mes moyens ne me permettaient pas de lui procurer » (157-158). Même son avocat ne peut pas accepter le fait que Meursault et sa mère ne sont pas proches pas proches. Bien qu’il soit en train de le défendre il n’essaie pas comprendre ses convictions et sa normalité. Tout le monde dans cette société veut l’expliquer en utilisant des moyens qui sont sans rapport avec Meursault.

En dernier lieu, il convient d’évaluer les réactions de la société concernant l’étrange. Dans l’étranger, Meursault est un personnage très différent du reste du monde parce qu’il a des idéaux existentialistes qu’ils ne peuvent pas accepter. Bien qu’il y eût des gens qui l’ont défendu, la société fait confiance dans la nature humaine et l’envie inhérente d’éliminer l’étrange, « le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français » (162). Parce qu’il n’est pas comme le reste de la société, il est nécessairement mauvais. De plus, le fait de croire que la différence est la cause de tous les problèmes dans la société peut être considéré comme une critique de la société française (et des autres) par Albert Camus. Camus a grandi dans une colonie française en Algérie où il a passé la plupart de sa jeunesse, pourtant, il a aussi connu la deuxième guerre mondiale. Ces deux expériences ont eu beaucoup d’influence sur son travail. En examinant le fait qu’il a grandi dans une colonie, on peut déduire qu’il a vu les effets de la culture française qui s’imposait sur la culture algérienne, tout comme les nazis sur le reste du monde. Ces deux exemples montrent la manière avec laquelle une société essaie de changer les autres ou de les éliminer parce qu’ils sont étranges. On peut donc avancer que Camus après ses expériences était devenu très critique des hommes et leur besoin de tout comprendre.

Tout bien réfléchi, lorsqu’on analyse la société réelle et la société dans « L’étranger », il est évident que tout le monde a la nécessité d’évaluer ce qui est l’inconnu ou l’étrange, et même si l’on vient à le comprendre il faut toujours l’éliminer. Cependant, bien que cette tendance vienne d’un instinct intrinsèque de se protéger, est-ce qu’on conserverait se réflexe si le monde était sans danger, ou dans une société utopique ou sans religion ? De plus, qui est plus responsable pour cette tendance, le désir inhérent de se protéger ou l’effet néfaste de la religion ?[1]

 

Jordan Gardner

pour Professeur Bourdier

 


[1] Camus, Albert. L’étranger. Paris: Gallimard, 1990. Print.

 

L’inconsistance de notre Puissance chez Sartre

L’inconsistance de notre Puissance dans le Mur de Jean Paul Sartre

Les existentialistes croient au pouvoir de l’homme sur son sort, mais quand la vie d’un homme est dans les mains d’un autre, des conséquences graves sur le corps et l’esprit se manifestent de façons variées. Pendant l’attente de son exécution, Pablo essaye de maîtriser ses réactions physiques et émotionnelles pour combattre le fait qu’il n’a nul pouvoir dans la décision de son sort. Mais plusieurs fois, il ne peut pas arrêter les réflexes de son corps quand il est saisi par des sentiments profonds qui répondent au fait qu’il n’a aucun contrôle sur son futur. La fin de l’histoire montre que la puissance de l’homme est limitée et sans garantie.3311602432_f7b6ecc4e9

Au début de l’histoire, Pablo et les deux autres prisonniers, Tom et Juan, attendent dans une salle chaude avec beaucoup d’autres prisonniers pour apprendre leur sentence. Pablo trouve la chaleur de la chambre plus confortable que celle de sa première prison, dans le cachot d’un archevêque où il a grelotté pendant vingt-quatre heures. Cette remarque est une subtile introduction à l’idée qu’on ne peut pas contrôler le corps dans une situation où on n’a aucun choix de vivre ou mourir. Pendant trois heures, les trois hommes attendent pour apprendre la décision et Pablo ne pense pas à son corps ni à ses réactions. Finalement un gardien les transfère à la cellule où ils attendront leur jugement. Dans la salle d’attente les trois apprennent leur sort ; ils seront exécutés au matin. Après qu’ils reçoivent cette information, l’effet de la mort imminente commence à s’emparer de leurs corps.

Pablo tente de se contrôler de deux façons ; premièrement, il essaye d’ignorer ses réactions, pour se prouver qu’il maintient un pouvoir absolu sur lui-même. Il observe les réactions de Tom et Juan ; Juan est presque silencieux, mais sa figure devient grise et ses lèvres tremblent. Tom essaye de défendre son corps contre le froid avec les exercices mais il suffoque et le manque de respiration le rapproche de la mort. Pendant ses observations des autres prisonniers, Pablo pense encore et encore aux corps des autres et à l’exécution.  Il essaye d’éviter sa crainte, mais il voit la mort partout.

Après que Pablo comprend qu’il ne peut pas s’ignorer, il essaye de s’isoler de Tom et Juan.  Quand Tom demande au médecin une cigarette, Pablo lui refuse, car il veut mourir proprement, sans alcool ni tabac.  Mais en réalité, il est impossible de mourir proprement quand le control du soi est révoqué. Son corps résiste inconsciemment à sa détermination de mourir d’une façon noble et il se trouve écœurant. Une autre manière avec laquelle Pablo tente de s’isoler est sa détermination de rester « dur ». Quelquefois, si on est émotif on s’ouvre aux autres ou à l’apitoiement. La maîtrise sur son physique n’étant pas réussie, il censure le seul procédé possible, celui de son état émotionnel.

Pablo observe Tom et Juan avec dégoût mais cela prend la forme de l’horreur quand il réalise qu’il présente des manifestations semblables de la crainte. Ses symptômes commencent quand il cherche sa veste qui n’est pas là, puis il sue dans la salle froide. Son corps devient gris et il remarque que Tom est comme un jumeau, un miroir de sa souffrance. Les réactions des trois hommes montrent qu’ils ont commencé à mourir dès qu’ils ont été informés de leur exécution.  Pour les prisonniers, la crainte de la mort est beaucoup plus puissante que leur maitrise de soi ; les corps n’ont aucune défense contre la peur.

Apres l’exécution de Tom et Juan, Pablo est doit rester dans le cave pour un contre-interrogatoire.  Il écoute les fusils, il tremble involontairement, puis les gardiens entrent pour le prendre. Après le questionnement Pablo pense à la valeur de la vie et il décide qu’il ne trahira pas Ramon Gris parce qu’aucune vie n’a d’importance.  Bien qu’il ait pris sa décision, Pablo joue avec les soldats pour avoir un moment final de pouvoir dans sa vie. Il ment, donnant une fausse position pour trouver le cachot secret de Ramon, celle du cimetière.  Ensuite, il reste dans une chambre pendant une demi-heure. Il est prêt pour son exécution, mais le gardien dit qu’il ne sera pas exécuté maintenant. Pablo est transporté dans grande chambre avec d’autres prisonniers, où il apprend que Ramon était en fait tué par les Phalangistes dans le cimetière.

En apprenant que Ramon est mort par hasard, Pablo commence à rire si fort qu’il pleure. Il a voulu jouer et montrer son pouvoir, mais la puissance de l’homme est bornée et inconsistante et la conséquence de son jeu a engendré une mort. Il est bouleversé par l’ironie et l’absurdité de la mort de Ramon et dans ce moment final de l’histoire, il se perd dans l’émotion qu’il était pourtant arrivé à éviter tout au long de son emprisonnement. Il existe donc une limite pour chacun, celle où le corps prend le pas sur la volonté.

La punition des femmes dans « Les Liaisons Dangereuses » de Laclos

La punition des femmes dans « Les Liaisons Dangereuses » de Laclos

Auparavant, quand j’entendais le mot « libertin », j’imaginais un homme comme le Marquis de Sade : un aristocrate qui rejette la religion et les mœurs de sa société, et qui s’attaque aux femmes sensibles.  On envisage souvent que le libertinisme du dix-huitième siècle est uniquement un phénomène masculin, mais après avoir lu Les Liaisons Dangereuses, je trouve que cela n’est pas le cas. Une raison possible pour cette association entre le libertinisme et la masculinité est que pendant le dix-huitième siècle, les hommes étaient les seules qui avaient le pouvoir de montrer leur identité sexuelle quoique les inégalités sociales aient forcé les femmes à cacher leurs MKhtJ1Qj55KRKXj5fnvzdikPcysaventures galantes. Selon madame de Merteuil, la fille du dix-huitième siècle était « vouée par état au silence et à l’inaction. » (LXXXI, 263).   Le personnage de madame de Merteuil fournit le portrait d’une femme libertine, mais sa fin pénible rend cette image négative et sa mort sociale consiste à condamner ses mœurs. Tous sont rattrapés par leurs aventures sexuelles, mais la fin des hommes devient rédemptrice, contrairement aux femmes qui sont socialement et physiquement punies.

Pour la femme du dix-huitième siècle, le libertinisme était à la fois libérateur et étouffant. Le plus qu’elle gagne ses batailles amoureuses, le plus sa défaite potentielle devient dangereuse. Mais l’homme avait le pouvoir d’échouer à un conquêt, sans la destruction complète de sa réputation. Même si le libertin est  « conquis » par une femme en tombant amoureux, il sera vu comme étant un homme de famille et on pensera que « la bête » proverbiale a été apprivoisée.  Parce qu’il possède déjà la liberté sociale par le droit de son sexe, la soumission et la conquête des femmes sont des actes banals pour lui.  Quant à la femme libertine, elle n’est pas libre avant la mort de son mari. Elle est née sous le contrôle de son père et le mariage est seulement une continuation de sa soumission aux hommes. En devenant libertine, elle renverse le système des valeurs du pouvoir masculin et elle rejette son identité féminine.

            En tant qu’homme d’armes du dix-huitième siècle, on peut supposer que Pierre Choderlos de Laclos avait toujours plus de pouvoir que les femmes dans sa vie, et peut-être la seule fois qu’une femme l’a publiquement soumis était quand Marie-Antoinette a rejeté son opéra en 1777.  La jeune reine avait une réputation libertine, et des pamphlets publiés contre elle avec l’intention de détruire sa réputation ont dit, « ton cœur trop libertin// Te rendit tour à tour et tribade et putain » (Anonyme, 1790). Bien sûr la réjection de sa pièce était un grand embarras pour Laclos, mais il est probable qu’une réjection par une femme libertine rendait cet embarras encore pire, et que cet événement a tourmenté Laclos jusqu’à la fin de sa vie. Mais la condamnation morale et l’exécution d’Antoinette ont été probablement un récomfort pour Laclos, et comme la reine libertine, toutes les libertines dans l’écriture de Laclos étaient punies plus sévèrement que les hommes pour leurs « crimes » sociaux. Selon Karen Hollinger, « Les Liasons Dangeureuses » « [is a] critique of patriarchal privilege and the sexual double standard of eighteenth-century French society. », cependant je trouve que l’image de la femme libertine créée par Laclos est extrêmement négative notamment lorsqu’on considère que les punitions qu’il a choisies pour chaque femme sont nettement plus sévères que celles des hommes.

Bien qu’il soit vrai que le libertin Valmont est rattrapé par ses crimes libertins, sa mort est plus honorable que la mort sociale de madame de Merteuil.  Selon François Guillet,  un chercheur du Centre d’histoire du XIXe siècle, « Le duel est ainsi, par les gestes qu’il met en scène, par les qualités morales qu’il requiert et par les conflits qu’il est chargé de neutraliser, l’une des expressions les plus parfaites de la condition masculine bourgeoise au XIXe siècle. » Pour Valmont, la victoire du duel était une façon de préserver sa réputation libertine, et même dans la défaite, il trouvait le moyen de rendre publics les maux de madame de Merteuil et de détruire sa réputation de femme pieuse.  Dans le cas, où le libertin est mort pour ses crimes, l’honorable duel sert à « [rompre] la barrière étanche qui doit séparer vie publique et vie privée » (Guillet). Pour Valmont, la publication des lettres fournit un moyen parfait de « se justifier entièrement » (CLXVIII, 495).

Tout au long du roman, Valmont s’attaque aux femmes, mais sa victimisation par Merteuil et sa mort honorable le rendent pitoyable, même aux yeux de ses victimes. Cécile, la fille que Valmont a violée « s’est trouvée mal à la nouvelle du malheur arrivée à M. de Valmont » et madame de Tourvel, la femme la plus trompée, prie pour Valmont la nuit de sa mort, en criant, « Dieu tout-puissant, je me soumets à ta justice : mais pardonne à Valmont. Que mes malheurs, que je reconnais avoir mérités, ne lui soient pas un sujet de reproche, et je bénirai ta miséricorde ! » (CLXV, 490) Bien qu’il ait vécu pour tromper et pour conquérir les femmes, sa mort engendre le pardon de ses péchés par ses victimes.

Comme Valmont, Prévan était “trompeur” universel, célébré pour ses exploits audacieux, en particulier son aventure où il a trompé trois femmes et leurs maris (LXXIX). Selon Byrne, « As a known male seductor, he is socially acceptable», contrairement à madame de Merteuil qui doit cacher ses activités sexuelles (968).  Mais après la distribution de la lettre LXXXV où sa victimisation par Merteuil est rendue publique, il est complètement pardonné pour tout ce qu’il a fait aux femmes pendant sa carrière libertine. L’image finale de ces deux personnages se contraste directement. Prévan, « dès qu’on l’aperçut, tout le monde, hommes et femmes, l’entoura et l’applaudit […]» et Madame de Merteuil replace Prévan en tant que damnée sous des « huées scandaleuses » (CLXXIII, 508).

Danceny et Valmont n’ont qu’une forme de conséquence pour les actions, soit physique soit sociale, et pour les deux hommes, leur sort était honorable.  De plus, les conséquences de leurs conquêtes résultaient de leurs propres décisions, et Valmont « is given leave to defend his honour and fight a fair fight with a single enemy » (Byrne, 968). Après la mort de Valmont, Danceny choisit de s’exiler à Malte, quoiqu’il soit protégé et pardonné par madame de Rosemonde. Contrairement aux hommes qui ne reçoivent qu’une forme de punition, la punition des femmes est doublement pénible, puisqu’elles sont punies socialement et physiquement.

Comme Danceny décide de quitter société, Cécile s’exile au couvent pour se protéger contre la publication des lettres. Cependant, son aventure avec Valmont est aussi suivie d’une punition physique et elle tombe malade pendant quelques jours à cause d’une fausse couche. Madame de Tourvel quitte aussi la société, puis sa mort sociale est suivie par sa morte physique. Madame de Merteuil, comme les deux autres femmes, est punie d’une façon physique et d’une façon sociale, mais contrairement à Cécile et Tourvel, son exil social n’est pas de son propre gré, et sa punition physique, la perte de sa beauté par la petite variole, va l’affliger pendant le reste de sa vie. De plus, les réputations de Cécile et madame de Tourvel sont protégées par madame de Rosemonde quand elle écrit à Danceny, «Vous pouvez être sûr que je garderai fidèlement et volontiers le dépôt que vous m’aviez confié ; mais je vous demande de m’autoriser à ne le remettre à personne, pas même à vous, Monsieur […] » (CLXXI, 503).  Plus loin dans cette lettre, elle protège spécifiquement les réputations de Cécile et de madame de Volanges, en exigeant, « il serait bien digne de toutes deux de remettre aussi entre mes mains les lettres de mademoiselle de Volanges […] » Mais personne ne protège madame de Merteuil.  Madame de Volanges écrit à madame de Rosemonde qu’elle a entendu « […] sur le compte de madame de Merteuil, des bruits bien étonnants et bien fâcheux. » Bien qu’elle soit « loin d’y croire » elle n’essaie pas de les réfuter parce qu’elle sait « combien l’impression qu’elles laissent s’efface difficilement.»  (CLXVIII, 494). Sans la protection de sa famille, Merteuil est rejetée par la société et même par ses propres domestiques, « qu’aucun d’eux n’a voulu la suivre » (CLXXV, 512)

Quant à la punition physique de Merteuil, la décision de Laclos de détruire son visage et particulièrement son œil était délibérée.  En détruisant la source de sa vanité avec la petite vérole, la possibilité de sa reconstruction sociale est détruite, et même en Hollande, un pays connu pour ses mœurs progressives, elle sera rejetée par les aristocrates à cause de sa défiguration physique.  Dans une lettre à Valmont, elle dit, « Où nous conduit pourtant la vanité ! Le sage a bien raison, quand il dit qu’elle est l’ennemie du bonheur » (CXLV, 451). Pour Merteuil, cette phrase devient ironique parce que la lettre LXXXI, où sa vanité est montrée le plus, engendre sa destruction. Madame Volanges écrit à madame de Rosemonde que « Le marquis de ***, qui ne perd pas l’occasion de dire une méchanceté, disait hier, en parlant d’elle que la maladie l’avait retournée, et qu’à présent son âme était sur sa figure. » (CLXXV, 511). Pour les aristocrates français qui connaissent la vérité sur madame de Merteuil, son visage sera toujours un rappel de ses crimes.

Comme si cela ne suffit pas, Laclos ajoute qu’elle a « particulièrement perdu un œil » (CLXXV, 511). La perte de la moitié de sa vision est rendu symbolique par la lettre LXXXI, où Merteuil explique qu’elle passait sa vie en observant les autres et en cherchant les fautes « qu’on cherchait à me cacher ». Dans la lettre LXXXI, elle se loue quand elle parle de sa jeunesse et comment elle a appris à « régler de même les divers mouvements de [sa] figure. » (LXXXI, 264). Même quand Prévan entre dans le salon et elle est huée, elle «a conservé l’air de ne rien voir et de ne rien entendre, et qu’elle n’a pas changé de figure ! » (CLXXIII, 508)

La perte de son œil est doublement symbolique comme « punishment for her inability to forsee what the duel would bring in its wake and the consequences of Valmont’s possession of that hostage to fortune, Letter 81» (Byrne, 968).  En comparant l’analyse de Byrne avec la lettre LXXXI, on trouve que Madame de Merteuil n’a pas seulement applaudi à son observation et le contrôle de sa physionomie, mais elle se loue aussi pour ses talents à prévenir les conséquences des ruptures : « Enfin, quand ces moyens m’ont manqué, j’ai su, prévoyant mes ruptures, étouffer d’avance, sous le ridicule ou la calomnie, la confiance que ces hommes dangereux auraient pu obtenir » (LXXXI, 269). Plus tard, après avoir expliqué ses règles de conduite, elle ajoute, « vous me le voyez pratiquer sans cesse…» mais en écrivant à Valmont, elle oublie sa propre règle de « ne jamais écrire, de ne jamais délivrer aucune preuve de ma défaite », et cette petite transgression engendre la plupart de sa destruction sociale quand la lettre LXXXI circule (268-269).

Après avoir comparé les différences entre le sort des hommes et des femmes dans Les Liaisons Dangereuses, le lecteur ne peut pas ignorer l’inégalité entre leurs punitions.  Bien qu’on puisse lire Les Liaisons Dangereuses comme un texte qui condamne la soumission des femmes pendant le dix-huitième siècle à cause de ces inégalités, il me semble qu’en pardonnant les hommes et condamnant férocement les activités sexuelles de Merteuil, Cécile et Tourvel, Laclos acceptait et même encourageait la soumission sexuelle des femmes. À la fin, les femmes sont les seules qui sont mortes (socialement ou physiquement), et les hommes ont toujours le contrôle de leur sort.  Comme écrivain, Laclos était dans la position d’un Dieu : il avait le pouvoir complet sur le sort de ses personnages, et c’était à lui de décider leur fin.  S’il avait voulu transmettre l’idée que la soumission sexuelle des femmes était injuste, il me semble qu’il aurait pardonné les femmes autant que les hommes. L’opinion de Laclos sur la liberté sexuelle des femmes du dix-huitième siècle est toujours discutée aujourd’hui, mais en publicisant l’image de Merteuil comme une femme libertine, il a montré qu’en se transformant en libertine, la femme du dix-huitième siècle pourrait avoir le pouvoir de conquérir les hommes—mais seulement si elle était préparée à risquer sa défaite complète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

Anonyme. “Le lesbianisme de l’art et la littérature.” Les pamphlets anonymes

révolutionnaires et accusation de tribadisme de la Reine. www.saphisme.com,

mis en ligne le 13 03 2010. Web. 10 Dec 2012.

<http://saphisme.pagespersoorange.fr/s18/pamphlets_revolutionnaires.html&gt;.

 

Byrne, Patrick. “Second Thoughts on the Dénouement of Les Liaisons

Dangereuses.” Modern Language Review. 96.4 (2001): 968. Web. 15 Dec. 2012.

 

De Laclos, Pierre Choderlos. Les Liaisons Dangereuses. Paris: GF Flammarion, 2006.

263, 264, 268, 269, 451, 490, 494, 495, 508, 511. Print.

 

Guillet, François. « L’honneur en partage. Le duel et les classes bourgeoises en

France au XIXe siècle », Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne], 34 | 2007,

mis en ligne le 31 octobre 2008. 10 décembre 2012. http://rh19.revues.org/1302

 

Hollinger, Karen. “Losing the feminist drift: Adaptations of Les Liaisons dangereuses.”

Literature Film Quarterly. 24.3 (1996): 293-301

“Pierre Choderlos de Laclos.” Wikipédia, l’encyclopédie libre. 9 déc 2012, 15:22 UTC.

12 déc 2012,

<http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Pierre_Choderlos_de_Laclos&oldid=86349345>.

 

 

Quand Du Bellay devient …

Vous connaissez bien le sonnet de Du Bellay.   .   .   .dubellay

 

Si notre vie est moins qu’une journée

En l’éternel, si l’an qui fait le tour

Chasse nos jours sans espoir de retour,

Si périssable est toute chose née,

 

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,

Si pour voler en un plus clair séjour,

Tu as au dos l’aile bien empennée ?

 

Là est le bien que tout esprit désire,

Là le repos où tout le monde aspire.

Là est l’amour, là le plaisir encore.

 

Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée !

Tu y pourras reconnaître l’Idée

De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

 

Voici la parodie de ce poème :

d’un homme dérangé par un parent pompeux qui se mêle de ses goûts de nourriture !

 

Soyons réels ici, ma précieuse tante Je-Sens-Tout !

 

Si notre brie reste plus d’une journée

Hors du frigo, si l’âne qui use le beurre

Laisse les restes en état de puanteur,

Si périssable est toute chose de lait faite,

 

Que te plains-tu, ma tante empoisonnée ?

Pourquoi es-tu séduite par l’arôme d’une odeur

Qu’en la sentant avec l’air de mépriseur

La moutarde fermentée te monte au nez ?

 

Là est le yaourt qui caille ton esprit,

Là la LEÇON FROMAGÉE FONTAINESQUE dont tu as fait tant de chichi !

Là la crème fraîche où nul ne crie <Encore!>

 

Là, ô ma tante par l’odorat guidée !

Tu pourris en louant bien trop l’idée

Du précieux faux, qu’en ce monde j’abhorre.

 

En l’honneur des poèmes très connus,

                        dans l’esprit des plaisanteries méconnues,

                        dans l’espoir de tromper les rhétoriqueurs.