“La vie d’Adèle”, un bateau perdu dans l’océan

Une critique de Jared Shapiro

La vie d’Adèle, un bateau perdu dans l’océan

La vie d’Adèle l’adaptation d’une bande dessinée française, « Le bleu est une couleur chaude », écrit par Julie Maroh en 2010. Abdellatif Kechiche, le réalisateur, dit que “c’est avant tout un film sur la rupture,” et qu’il donne une nostalgie de l’adolescence. Les acteurs, Adèle Exarchopolous et Léa Seydoux, n’ont jamais joué ensemble avant le tournage, mais toutes deux disent que c’était une expérience vraiment bouleversante.

Une porte s’ouvre sur le chant des oiseaux dans l’air, et une jeune fille sort en mettant son chapeau de laine. Pendant qu’elle marche vers un carrefour, la caméra reste derrière elle et la suit. Un autobus s’arrête au carrefour, puis repart et la jeune fille court après lui.

Adèle est une élève de littérature en première année de lycée. En dehors de son cours de français, elle cherche l’amour avec ses amies. Kechiche nous montre l’émotion et la puissance de l’amour en utilisant beaucoup de gros plans et de scènes avec les dialogues longs. Le réalisateur cherche à montrer la nostalgie et la rupture, et comment on peut se mettre d’une rupture.

Ce film n’est pas pour tout le monde. Ceux qui aiment les films lents, sérieux, ou artistiques en profiteront, mais si vous allez au cinéma pour le divertissement, vous risquez de vous ennuyer. J’adore ce film, il est émouvant et enrichissant ; pourtant, je ne le conseille pas aux plus jeunes à cause des scènes érotiques et réalistes qui pourraient perturber certains.

Brève de tournage : Quand le film est sorti en 2013, le Spiac-CGT (syndicat des professionnels de l’industrie de l’audiovisuel et du cinéma) s’est plaint à cause “des horaires de travail anarchiques.” En décembre 2015, un groupe catholique, Promouvoir, a réussi à annuler le visa d’exploitation du film à cause des “scènes de sexe réalistes de nature à heurter la sensibilité du jeune public,“ auquel Kechiche a répondu en admettant que c’est une décision plutôt “saine.”

Technique : Dans ce film il n’y a pas de Steadicam (stabilisateur de caméra) ce qui rend l’action très crédible, tangible et humaine. La caméra est portée à l’épaule et suit les personnages librement. Grâce aux gros plans et aux travellings, les spectateurs se sentent vraiment proche de ce qui se passe sur l’écran. Il n’y a pas d’artifice dans ce film donc la caméra ne doit pas sembler artificielle non plus et l’on peut considérer que le réalisateur propose un documentaire fictionnel intimiste.

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Image : Ici on voit un plan moyen qui montre Adèle toute seule sur un banc bleu (qui rappelle le titre de la bande dessinée « le bleu est une couleur chaude ». Elle, au milieu du cadre, regarde tristement à gauche, les yeux baissés. Le cadre est légèrement décentré mais il est rééquilibré par le regard d’Adèle. Kechiche utilise trois couleurs distinctes pour diviser l’écran en trois du haut en bas. Le rose du cerisier, le vert du buisson, et le bleu du banc et de l’asphalte. Même dans ce cadre équilibré symétrique, Adèle a honte et elle se sent seule. Elle est isolée sur le banc au milieu du trottoir comme un bateau perdu dans l’océan.

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/12/09/la-justice-annule-le-visa-d-exploitation-de-la-vie-d-adele_4827785_3476.html


http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/23/une-manifestation-contre-les-conditions-de-tournage-de-la-vie-d-adele_3416426_766360.html

 

Togo : Comment garder les élites au pays ?

Billet d’humeur par Jared Shapiro

Togo : Comment garder les élites au pays ?

Le 21 janvier 2016, peu de temps après les manifestations des profs togolais d’octobre 2015 sur le campus universitaire de Lomé, les étudiants ont manifesté contre les mauvaises conditions, laissant une dizaine de blessés.

Edmond d’Almeida, un correspondant togolais pour Jeune Afrique, raconte la manifestation des étudiants mécontents qui est arrivé à l’Université de Lomé le 21 janvier, laissant au moins huit blessés dont les étudiants et les policiers. Le 13 janvier 2016, le MEET, Mouvement pour l’Épanouissement de l’Étudiant Togolais, a tenu une assemblée générale “pour soumettre une série de doléances à la présidence de l’université” (Jeune Afrique, centre gauche, 12.01.2016). Komlanvi Kondo, président du MEET, détaille ces plaintes en expliquant “qu’il n’y a pas suffisamment de bus pour assurer le transport de nos camarades. Les frais de logement dans les cités sur le campus sont onéreux ; l’université n’est pas bien électrifiée et l’insécurité y règne la nuit,” en plus du problème perpétuel des bourses et des allocations financières (Jeune Afrique). L’appel de MEET a été ignoré par les chefs de l’enseignement supérieur, selon d’Almeida, donc le MEET en réponse a proposé une manifestation durant 48 heures.

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Un étudiant tient un gilet pare-balles de la gendarmerie (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 21 janvier 2016)

 

 

La manifestation a attiré l’attention du gouvernement qui a envoyé les forces de l’ordre. Les étudiants ont brûlé un véhicule policier et ils se sont heurtés à la gendarmerie qui leur jetait des gaz lacrymogènes. Après une journée tendue et violente, Octave Nicoué Broohm, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a annoncé que les autorités gouvernementales et universitaires seraient en discussion avec les étudiants sur chacune de leur revendications. Un étudiant effréné s’exclame, “ il faut secouer un peu le campus pour nous faire entendre. Les Assemblées générales ne servent à rien,” montrant une méfiance vers l’autorité universitaire (Jeune Afrique).

 

 

 

 

 

 

Cette démonstration vient à peine trois mois après une grève des professeurs insatisfaits de leurs allocations de rentrée scolaire et de bibliothèque (Jeune Afrique). Edmond d’Almeida précise que le gouvernement togolais a débloqué six milliards de francs CFA (environ 9 millions d’Euros) pour compenser les professeurs et pour rassurer les parents que l’année scolaire allait avoir lieu. En outre, une délégation gouvernementale a été fondée dans laquelle “les ministres de la Fonction publique, des Enseignements primaires et secondaires, et de la Formation professionnelle” ont discuté avec les “organisations syndicales du secteur de l’éducation” pour résoudre le conflit (Jeune Afrique). Selon d’Almeida, les syndicats espèrent casser “le cycle des perturbations dans le monde de l’éducation [togolaise],” mais les primes de rentrée n’étaient que le début d’un long catalogue(1) de plaintes qui vise le système éducatif togolais. La réponse expéditive du gouvernement a sensiblement dépanné une crise véritable mais il reste apparemment du travail à faire.

L’agitation éducative arrive au mauvais moment en étant donné que “Sur 6 millions de Togolais, environ 2 millions vivent à l’étranger(2) – 1,5 million en Afrique et 500 000 sur d’autres continents,” selon Robert Dussey, le ministre des affaires étrangères togolaises (Jeune Afrique). En ce moment, le ministère des affaires étrangères lance un appel à la diaspora pour qu’elle revienne au Togo en ramenant leurs compétences techniques et professionnelles. Ceux qui rentrent recevront “un financement pour faciliter leur retour et leur installation,” une récompense tentante. La récupération de la diaspora togolaise est confrontée au problème de l’employabilité des jeunes croissante (3).

La question de la formation se situe dans un contexte éducationnel, alors comment attirer la diaspora éduquée quand on voit des grèves et des manifestations violentes dans le secteur éducatif ? Alors que les jeunes Togolais se battent contre la structure universitaire, ce sera assez difficile de convaincre les Togolais partis de revenir, notamment quand il y a autant de détresse. Vu que les étudiants sont mécontents du système universitaire et que les professeurs au Togo portent plainte contre le même système, peut-être que le gouvernement togolais ferait mieux de se focaliser en gardant les jeunes et les professionnels qui sont toujours au pays.

Encarts:
1.) Y compris la mise en place d’un statut spécial, la situation des enseignants du confessionnel, et la création d’une coopérative promise depuis 2013
2.) Ce qui représente environ 25% de la population togolaise. L’immigration togolaise s’est réalisée en trois vagues distinctives (Samir Abi, CADTM, gauche, 23 janvier 2012)

  1. La première vague se composait des bacheliers envoyés
    Des étudiants restreint un policier sanglant (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 23 janvier 2016)
    Des étudiants restreint un policier sanglant
    (Photo publiée sur le site Facebook du Togolais Révolté le 23 janvier 2016)

    à l’étranger pour étudier parce que le Togo n’avait pas l’infrastructure éducative pour leur formation. Au début des années 80, la dette encourue par l’ajustement structurel a forcé les émigrés de rester à l’étranger pour éviter le chômage qu’ils auraient trouvé au Togo.

  2. Dans les années 90, une crise politique a incité de nombreux Togolais à quitter le pays pour l’asile politique à l’étranger.
  3. La troisième vague est plus récente et elle se produit à cause de la quête d’un bien-être à l’étranger qu’on ne trouve pas au Togo.

3.) Dussey admet “qu’il est urgent de résoudre la question de [l’employabilité des jeunes], de trouver une meilleure adéquation entre formation et emploi, de faciliter la création de PME pourvoyeuses d’emplois, sinon nous ne pourrons pas les empêcher de vouloir partir. Et si le chômage des jeunes devait perdurer, alors nous irions vers une catastrophe. Regardez les rangs de Boko Haram et des Shebab : ils recrutent parmi les jeunes qui n’ont pas de travail.”

Sources:

http://www.jeuneafrique.com/295935/politique/togo-dizaine-de-blesse…

http://www.jeuneafrique.com/271236/societe/togo-gouvernement-debloq…

http://www.jeuneafrique.com/mag/282396/politique/robert-dussey-chom…

http://cadtm.org/Les-migrant-e-s-togolais-e-s

 

Le profit importe-t-il plus que les ouvriers ?

Billet d’humeur par Jared Shapiro

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Des pneus incendiés devant le siège de Goodyear à Amiens-nord le 7 janvier 2014. AFP / DENIS CHARLET

Les faits : « Plus de deux ans après les faits, huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord (Somme), qui avaient retenu durant 30 heures deux cadres de leur entreprise menacée de fermeture, ont été fixés sur leur sort, mardi 12 janvier. Ils ont été condamnés par le tribunal correctionnel d’Amiens à deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans. La peine de prison ferme est aménageable. Dénonçant une décision « injuste » et la volonté « de faire un exemple », les prévenus ont annoncé leur intention de faire appel. (le Monde, 12/01/2016).

Le profit importe-t-il plus que les ouvriers ?

Dans l’Humanité le 15 janvier 2016, Adrien Rouchaleou discute de l’emprisonnement de syndicalistes qui révèle une défaite du capitalisme.

Dans son article pour l’Humanité, “Goodyear, le capitalisme par l’exemple”, Adrian Rouchaleou écrit sur les travailleurs de Goodyear Amiens-Nord qui se sont battus contre l’entreprise et son mauvais traitement des emplois, et comment l’emprisonnement des huit ex-salariés expose, selon lui, “les conséquences de la dérégulation de l’économie, du travail et de l’impuissance – quand ce n’est pas de la lâcheté – des gouvernements” (L’Humanité, communiste, 15/01/2016). Rouchaleou nous rappelle qu’en 2011, François Hollande, qui n’était encore qu’un candidat présidentiel, s’est tenu devant des caméras à l’usine en déclarant que, “Je ne suis pas comme un autre qui vient devant les travailleurs et leur promet ce qu’il n’est pas capable de tenir après”, il avait alors ajouté, “l’Etat peut fixer les règles,” une proclamation optimiste et audacieuse devant des ouvriers et les médias.

 

Le 7 janvier 2014, le site de Goodyear Amiens-Nord a été fermé à cause d’une manifestation des représentants du syndicat majoritaire CGT (Confédération générale du travail) (Le Parisien, centre droite, 22/01/2014). Les travailleurs ont brûlé des pneus sur le parking et quelques-uns ont séquestré deux dirigeants de l’usine pendant trente heures en demandant des indemnités plus élevées et parce que Goodyear avait été condamné pour n’avoir pas prévenu les salariés des dangers associés à leur travail ni fourni d’équipements de protection individuelle (Le Parisien). Après avoir résolu cette situation il y a deux ans, on apprend récemment que huit des syndicalistes ex-salariés recevront neuf mois de prison pour ses actes.

En répondant à un entretien pour le Parisien le 7 janvier 2014, Maurice Taylor, patron du groupe Titan propriétaire de Goodyear, avait déclaré que, “l’entreprise n’appartient pas aux ouvriers,” suggérant que si on envoyait les manifestants en prison aussitôt qu’ils ont commencé leur manifestation “personne ne tenterait de faire la même-chose,” ce qui n’est pas exactement faux (Le Parisien). Mais ce qu’il dit menace la liberté des travailleurs en limitant leur droit de se manifester et de se battre pour leurs droits. Maurice Taylor a tout à fait raison en disant que la menace de la prison empêchera les prochains manifestants, mais une société libre ne permet pas aux riches de remplacer facilement leurs employés mécontents sans traiter leurs plaintes sérieusement.

Selon Rouchaleou, l’usine de Goodyear Amiens-Nord a été vendu aux Polonais, donc Titan va bientôt prendre les machines et les remettre à la nouvelle usine de Titan en Russie (L’Humanité).. En plus, le travail dans cette usine reste toujours nuisible aux ouvriers. Un ancien salarié raconte dans l’Humanité qu’il a été témoin de “six décédés prématurés” et une douzaine de suicides, tandis qu’il y a toujours du carbone, des vapeurs, et de l’amiante dans l’usine.

Le tribunal a donc condamné les syndicalistes fautifs sans ne rien faire pour les ouvriers qui y restent. Les syndicats professionnels existent pour protéger les droits des ouvriers et une manifestation représente la colère des hommes maltraités et frustrés. Alors, jeter ceux qui appartiennent au syndicat en prison montre que même les syndicats ne peuvent pas garantir la sécurité, la stabilité ou la santé des ouvriers. Par ailleurs, au lieu d’améliorer les conditions de travail dans l’usine, Titan opte pour la délocalisation de mains-d’œuvre, forçant les employés de lutter pour garder leur travail avec un flot de nouveaux compétiteurs polonais. Comme Rouchaleou le remarque, la dérégulation de l’économie et du travail donne plus de force aux chefs d’industrie qu’aux ouvriers. C’est encore une victoire pour le marché, les riches et les entreprises pendant que l’individu continue à souffrir à cause de la préférence de profit sur le travailleur. Par contre, il y a assez de monde qui pense que les corporations méritent plus de droits que leurs employés(1).  La question que nous devons nous poser maintenant est si cette préférence vaut le risque de perdre les droits élémentaires à la liberté et au travail.

 

Sources :

1.)Selon un sondage du Figaro, 88% des lecteurs croient que les référendums d’entreprise doivent primer sur les accords entre syndicats (Le Figaro, droite, 27 janvier 2016)

 

http://www.humanite.fr/goodyear-le-capitalisme-par-lexemple-595759

http://www.leparisien.fr/economie/goodyear-amiens-nord-accord-immin…

http://www.leparisien.fr/faits-divers/sequestration-a-goodyear-amie…

http://www.lefigaro.fr/social/2016/01/26/09010-20160126QCMWWW00155-…

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/12/neuf-mois-de-prison-ferme-pour-d-anciens-salaries-de-goodyear_4845750_3234.html

 

1.) “Un syndicat est une association de personnes dont l’objectif est la défense d’intérêts professionnels communs. Les syndicats ou associations professionnels regroupent des personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou connexes et ils ont pour objet exclusif l’étude et la défense des droits, ainsi que des intérêts matériels et moraux, collectifs et individuels des personnes visées par leurs statuts. Ils ont la capacité d’ester en justice afin d’assurer la défense de ces intérêts.” (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/participation/syndicat/qu-est-ce-qu-syndicat-comment-s-organise-t-il.html)

2.) “Sous la Ve République, le droit de grève est totalement reconnu. Cependant, le législateur est intervenu en 1963 pour encadrer quelque peu ce droit. Sont ainsi interdites les grèves “tournantes”, qui visent à paralyser l’action d’une entreprise. De même, dans la fonction publique, un syndicat souhaitant organiser une grève est contraint de déposer un préavis cinq jours au moins avant la cessation du travail.” (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/approfondissements/droit-greve.html )

Le profit importe-t-il plus que les ouvriers ?

Billet d’humeur par Jared Shapiro

PneusBrulant
Des pneus incendiés devant le siège de Goodyear à Amiens-nord le 7 janvier 2014. AFP / DENIS CHARLET

Les faits : « Plus de deux ans après les faits, huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord (Somme), qui avaient retenu durant 30 heures deux cadres de leur entreprise menacée de fermeture, ont été fixés sur leur sort, mardi 12 janvier. Ils ont été condamnés par le tribunal correctionnel d’Amiens à deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans. La peine de prison ferme est aménageable. Dénonçant une décision « injuste » et la volonté « de faire un exemple », les prévenus ont annoncé leur intention de faire appel. (le Monde, 12/01/2016).

Le profit importe-t-il plus que les ouvriers ?

Dans l’Humanité le 15 janvier 2016, Adrien Rouchaleou discute de l’emprisonnement de syndicalistes qui révèle une défaite du capitalisme.

Dans son article pour l’Humanité, “Goodyear, le capitalisme par l’exemple”, Adrian Rouchaleou écrit sur les travailleurs de Goodyear Amiens-Nord qui se sont battus contre l’entreprise et son mauvais traitement des emplois, et comment l’emprisonnement des huit ex-salariés expose, selon lui, “les conséquences de la dérégulation de l’économie, du travail et de l’impuissance – quand ce n’est pas de la lâcheté – des gouvernements” (L’Humanité, communiste, 15/01/2016). Rouchaleou nous rappelle qu’en 2011, François Hollande, qui n’était encore qu’un candidat présidentiel, s’est tenu devant des caméras à l’usine en déclarant que, “Je ne suis pas comme un autre qui vient devant les travailleurs et leur promet ce qu’il n’est pas capable de tenir après”, il avait alors ajouté, “l’Etat peut fixer les règles,” une proclamation optimiste et audacieuse devant des ouvriers et les médias.

 

Le 7 janvier 2014, le site de Goodyear Amiens-Nord a été fermé à cause d’une manifestation des représentants du syndicat majoritaire CGT (Confédération générale du travail) (Le Parisien, centre droite, 22/01/2014). Les travailleurs ont brûlé des pneus sur le parking et quelques-uns ont séquestré deux dirigeants de l’usine pendant trente heures en demandant des indemnités plus élevées et parce que Goodyear avait été condamné pour n’avoir pas prévenu les salariés des dangers associés à leur travail ni fourni d’équipements de protection individuelle (Le Parisien). Après avoir résolu cette situation il y a deux ans, on apprend récemment que huit des syndicalistes ex-salariés recevront neuf mois de prison pour ses actes.

En répondant à un entretien pour le Parisien le 7 janvier 2014, Maurice Taylor, patron du groupe Titan propriétaire de Goodyear, avait déclaré que, “l’entreprise n’appartient pas aux ouvriers,” suggérant que si on envoyait les manifestants en prison aussitôt qu’ils ont commencé leur manifestation “personne ne tenterait de faire la même-chose,” ce qui n’est pas exactement faux (Le Parisien). Mais ce qu’il dit menace la liberté des travailleurs en limitant leur droit de se manifester et de se battre pour leurs droits. Maurice Taylor a tout à fait raison en disant que la menace de la prison empêchera les prochains manifestants, mais une société libre ne permet pas aux riches de remplacer facilement leurs employés mécontents sans traiter leurs plaintes sérieusement.

Selon Rouchaleou, l’usine de Goodyear Amiens-Nord a été vendu aux Polonais, donc Titan va bientôt prendre les machines et les remettre à la nouvelle usine de Titan en Russie (L’Humanité).. En plus, le travail dans cette usine reste toujours nuisible aux ouvriers. Un ancien salarié raconte dans l’Humanité qu’il a été témoin de “six décédés prématurés” et une douzaine de suicides, tandis qu’il y a toujours du carbone, des vapeurs, et de l’amiante dans l’usine.

Le tribunal a donc condamné les syndicalistes fautifs sans ne rien faire pour les ouvriers qui y restent. Les syndicats professionnels existent pour protéger les droits des ouvriers et une manifestation représente la colère des hommes maltraités et frustrés. Alors, jeter ceux qui appartiennent au syndicat en prison montre que même les syndicats ne peuvent pas garantir la sécurité, la stabilité ou la santé des ouvriers. Par ailleurs, au lieu d’améliorer les conditions de travail dans l’usine, Titan opte pour la délocalisation de mains-d’œuvre, forçant les employés de lutter pour garder leur travail avec un flot de nouveaux compétiteurs polonais. Comme Rouchaleou le remarque, la dérégulation de l’économie et du travail donne plus de force aux chefs d’industrie qu’aux ouvriers. C’est encore une victoire pour le marché, les riches et les entreprises pendant que l’individu continue à souffrir à cause de la préférence de profit sur le travailleur. Par contre, il y a assez de monde qui pense que les corporations méritent plus de droits que leurs employés(1).  La question que nous devons nous poser maintenant est si cette préférence vaut le risque de perdre les droits élémentaires à la liberté et au travail.

 

Sources :

1.)Selon un sondage du Figaro, 88% des lecteurs croient que les référendums d’entreprise doivent primer sur les accords entre syndicats (Le Figaro, droite, 27 janvier 2016)

 

http://www.humanite.fr/goodyear-le-capitalisme-par-lexemple-595759

http://www.leparisien.fr/economie/goodyear-amiens-nord-accord-immin…

http://www.leparisien.fr/faits-divers/sequestration-a-goodyear-amie…

http://www.lefigaro.fr/social/2016/01/26/09010-20160126QCMWWW00155-…

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/12/neuf-mois-de-prison-ferme-pour-d-anciens-salaries-de-goodyear_4845750_3234.html

 

1.) “Un syndicat est une association de personnes dont l’objectif est la défense d’intérêts professionnels communs. Les syndicats ou associations professionnels regroupent des personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou connexes et ils ont pour objet exclusif l’étude et la défense des droits, ainsi que des intérêts matériels et moraux, collectifs et individuels des personnes visées par leurs statuts. Ils ont la capacité d’ester en justice afin d’assurer la défense de ces intérêts.” (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/participation/syndicat/qu-est-ce-qu-syndicat-comment-s-organise-t-il.html)

2.) “Sous la Ve République, le droit de grève est totalement reconnu. Cependant, le législateur est intervenu en 1963 pour encadrer quelque peu ce droit. Sont ainsi interdites les grèves “tournantes”, qui visent à paralyser l’action d’une entreprise. De même, dans la fonction publique, un syndicat souhaitant organiser une grève est contraint de déposer un préavis cinq jours au moins avant la cessation du travail.” (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/approfondissements/droit-greve.html )