Au bord du ridicule

Jordan Gardner

Au bord du ridicule

Lorsque Molière écrit « Le misanthrope »,  le concept de l’honnête homme est ancré dans la société du XVIIe et sert d’étalon à la bienséance. Bien que ce mot fasse référence à l’honnêteté, il ne doit pas être pris en son sens littéral, il adresse la politesse et les bonnes manières. L’homme honnête serait très poli, même si sa politesse était une façade et son comportement toujours neutre ou calme. Donc, dans « Le misanthrope », le personnage d’Alceste avec sa conduite extrême représente le contraire de cette idée. Il se fatigue des formalités dans une société qui vénére tout le monde, même ceux qui ne le méritent pas. Quoiqu’au début de cette pièce on pourrait voir Alceste comme un héros parce qu’il combat la fausse courtoisie, son comportement dénote d’un manque de contrôle qui est nécessaire pour fonctionner dans le monde, ce qui lui donne l’air d’être un personnage ridicule.

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Misanthrope_-®-Robert-Day, Oxford

En premier lieu, bien qu’Alceste se comporte dans l’ensemble de façon ridicule, plusieurs arguments viennent renforcer sa position contre le concept de l’honnête homme. Pour Alceste, qui reste dans une mentalité traditionnelle, cette philosophie des fausses politesses est dérangeante et non sans raison. A titre d’exemple Philante, qui au début est repris par Alceste pour avoir loué un inconnu.

Alceste :          Allez, vous devriez mourir de pure honte ;
                         Une telle action ne saurait s’excuser,
                         Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.
                         Je vous vois accabler un homme de caresses,
                         Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;
                         De protestations, d’offres et de serments,
                         Vous chargez la fureur de vos embrassements ;
                         Et quand je vous demande après quel est cet homme,
                         A peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;
                         Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,
                         Et vous me le traitez, à moi, d’indifférent. (14-24)

Par cet exemple, Alceste soulève un bon point, pourquoi louer quelqu’un qu’on ne connaît pas ou qu’on n’aime pas ? Il n’est pas ridicule d’être honnête (et donc de ne pas être un honnête homme) avec ceux dont on ne partage pas l’opinion. Cependant, ce qui le dérange le plus, c’est le fait que les honnêtes hommes sont polis en public puis cancanent contre les uns et les autres. On s’en aperçoit lorsque la coquête Célimène bavarde avec les hommes :

Alceste :          Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour ;
                         Vous n’en épargnez point, et chacun à son tour ;
                         Cependant aucun d’eux à vos yeux ne se montre
                         Qu’on ne vous voie, en hâte, aller à sa rencontre,
                         Lui présenter la main, et d’un baiser flatteur
                         Appuyer les serments d’être son serviteur. (651-656)

Comme on peut voir, les choses qui le dérangent ne sont pas ridicules du tout. Dans ce sens, Alceste se trouve comme un héros parce qu’il critique une société fausse et finalement malpolie, toutefois, ce qui le rend ridicule est le fait qu’il ne sait pas où il doit fixer la limite de ses réactions.

Après avoir discuté ce concept étrange de l’honnête homme et pourquoi Alceste avait raison de les critiquer, il convient maintenant d’analyser la raison qui fait de lui personnage ridicule dans l’ensemble. Parmi toutes ses réactions, il y en a deux qui ressortent comme des exemples parfaits. Premièrement, bien qu’Alceste n’aime pas les fausses politesses, il considère que tout le monde doit donner de vraies opinions même si elles blessent les sentiments des autres,

Alceste :         Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié,
                         Ce commerce honteux de semblants d’amitié.
                         Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
                         Le fond de notre cœur dans nos discours se montre,
                         Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
                         Ne se masquent jamais sous de vains compliments.
                         Philante : Il est bien des endroits ou la pleine franchise
                         Deviendrait ridicule et serait peu permise ;
                         Et parfois, n’en déplaise à votre austère honneur,
                         Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur. (67-76)

 

                         Alceste ne se sent pas concerné par les sentiments des autres parce qu’un homme bon ne compromet jamais son honneur. Cependant, en cela, Alceste a l’air de ne pas être compatissant, un trait qui est nécessaire dans une société fonctionnelle. Dans ce cas, tout est une question de la maîtrise de soi parce que tout le monde voudrait exprimer quelquefois de vraies opinions, toutefois, il vaut mieux les cacher si elles sont blessantes. Cela n’insinue pas qu’il faille toujours les cacher mais qu’on doive être sélectif avec ce qu’on partage. Si tout le monde faisait le tour en exprimant de vrais sentiments, il est clair que le monde finirait en chaos. Ensuite, ce qui le rend d’autant plus ridicule est le fait qu’il est des aspirations contradictoires, ainsi il veut quitter la société pour le désert avec Célimène et refuse de lui pardonner tout refus.

Alceste :          Pourvu que votre cœur veuille donner les mains
                         Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains,
                         Et que dans mon désert, où j’ai fait vœu de vivre,
                         Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre (1761-1764).

Par cette tirade il présente encore son caractère extrême, en montrant qu’il n’a pas d’équilibre dans ses sentiments. De plus, le fait qu’il veuille quitter la société et vivre dans un endroit isolé n’est pas un choix héroïque mais plutôt une fuite lâche et ridicule.

                         Tout bien réfléchi, bien qu’Alceste soit un homme qui ait des critiques légitimes concernant l’idée de l’honnête homme, son manque de contrôle le rend ridicule. Dans un monde où les formalités sont très importantes, il faut trouver un équilibre entre ce qu’on a envie de dire et ce qu’on peut effectivement dire. Même si l’honnêteté est fondamentale, la compassion est indispensable au fonctionnement d’une société.
Bien entendu au XXIe siècle, on sourit de l’idée de l’honnête homme et de la bienséance, vraiment ? N’est-elle pourtant pas toujours pertinente ?

Bibliographie

1. Molière, and Loïc Marcou. Le Misanthrope. Paris: Flammarion, 1997.

 

Jordan Gardner

Théatre XVIIe.

 

L’émotion inhérente chez Molière

L’émotion inhérente, chez Molière dans l’école des femmes.

 

À son époque, Molière était connu pour ses œuvres qui ont provoqué la controverse sur plusieurs sujets dans la société traditionnelle. « L’école des femmes », est une histoire d’un bourgeois qui a mis une fille de quatre ans dans un couvent afin qu’elle grandisse ignorante du monde et de la société pour devenir une épouse obéissante et subordonnée. Cependant, par son manque d’assurance et les évènements qui se passent avec la fille, on vient à comprendre qu’il y a des choses que l’ignorance même n’affecte pas. Bien que l’on puisse élever des enfants en dehors de la société et du monde autour d’eux, ils auront toujours le libre arbitre et les émotions inhérentes qu’il ne faut pas sous-estimer.Moliere_4lg

Au début de la pièce, on rencontre Arnolphe, un homme riche et instruit mais qui manque d’assurance. Lorsqu’il bavarde avec son ami Chrysalde, il l’appelle Seigneur Arnolphe mais lui revendique le nom de Monsieur de la souche, «  Mais enfin de la Souche est le nom que je porte : j’y vois de la raison, j’y trouve des appas ; et m’appeler de l’autre est ne m’obliger pas » (21). Arnolphe n’a pas confiance en lui-même, donc, il recherche un nom plus noble. D’un côté, il est possible que Molière par le personnage d’Arnolphe exemplifie les insécurités des bourgeois tels que leur manque d’assurance quand il s’agit de leur position dans la société mais aussi leur besoin de montrer leur domination et pouvoir sur les femmes. En discutant du mariage et des femmes, Arnolphe avoue à Chrysalde qu’il se mariera avec une sotte pour qu’elle ne puisse pas l’humilier, « Épouser une sotte pour n’être point sot. Je crois en bon chrétien, votre moitié fort sage ; mais une femme habile est un mauvais présage ». D’un côté, ses sentiments sur les femmes malicieuses qui exploitent leurs maris pourraient représenter la mentalité des hommes dans la société de l’époque, ceux qui n’avaient pas accepté la manière dont les femmes commençaient à se libérer un peu en public et dans les mariages. Toutefois, on peut dire aussi qu’Arnolphe représente la vieille mentalité chauvine qui croit que les femmes sont dans le monde pour donner du plaisir aux hommes, « Votre sexe n’est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu’on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité : l’une est moitié suprême et l’autre subalterne » (59). Ici, Arnolphe explique à la fille sa position subordonnée dans la vie pour renforcer son ignorance et pour lui faire réaliser les choses qu’il a fait pour elle.

Après avoir examiné Arnolphe et ce qu’il représente comme personnage, il faut considérer les effets de ses actions sur Agnès. Dans la pièce elle est plus âgée, donc, on la trouve chez Arnolphe toujours enfermée du monde. Elle est devenue très belle mais aussi innocente parce qu’elle n’a pas été corrompue par la société. Cependant, un jour quand elle contemple de son balcon, le seul endroit où elle peut s’échapper, elle voit un garçon qui lui adresse un sourire. Peu après, une vieille femme vient la voir pour lui dire qu’il mourra si elle ne le voit pas encore, à cause de son innocence ils se rencontrent et elle commence à l’aimer :

Il jurait qu’il m’aimait d’une amour sans seconde, et me disait des mots les plus gentils du monde, des choses que jamais rien ne peut égaler, et dont, toutes les fois que je l’entends parler, la douceur me chatouille et là-dedans remue certain je ne sais quoi dont je suis toute émue. (48)

Il est ironique que dans sa quête d’éloigner Agnès des autres pour qu’elle ne puisse l’humilier ni lui faire du mal, il ne lui a pas enseigné d’éviter les autres hommes. Il s’est tellement occupé de limiter son accès à l’information qu’il n’a pas pensé au fait qu’elle pourrait tomber amoureuse avec quelqu’un d’autre. Dans sa tête, Agnès ne connaîtrait personne d’autre, donc, elle tomberait amoureuse avec lui. En apprenant ce qui s’est passé, il lui dit que c’est un péché de ressentir des sentiments comme ceux-là et si elle n’oublie pas ses sentiments il y aura des conséquences, « vous irez un jour, vrai partage du diable, bouillir dans les enfers à toute éternité » (60). Il est évident qu’Arnolphe craint de la perdre, donc, il essai de lui faire peur. Néanmoins, la vie continue et quelques jours après Agnès lui dit que le garçon lui a rendu visite une autre fois mais qu’elle lui a commandé de partir et qu’elle lui a même jeté un caillou. Plus tard, après qu’Arnolphe pense qu’il avait gagné, il découvre qu’Agnès n’a pas menti sur le cillou mais qu’elle a omis le fait qu’elle avait attaché un mot d’amour « Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre, mais en termes touchants et tous pleins de bonté, de tendresse innocente et d’ingénuité » (70). Voilà, de ce point-là on vient de comprendre que malgré les efforts d’Arnolphe, l’ignorance n’affecte pas le libre arbitre ni les émotions. Arnolphe n’aime pas ce développement et il essaie de les séparer mais bien qu’Agnès soit ignorante, elle ne manque pas de jugeote et elle sait qu’elle est prisonnière.

Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, et m’avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte, et qu’enfin, dans ma tête, je ne juge pas bien que je suis une bête ? Moi-même, j’en ai honte ; et, dans l’âge où je suis, je ne veux plus passer pour sotte, si je puis. (107)

Agnès lui dire que bien qu’il l’ait séparé de la société pour qu’elle se repose sur lui, elle ne va pas rester absente, elle réagit. Alors qu’il s’épuisait pour la séparer de la société il a sous-estimé l’intelligence des femmes et le fait que même si quelqu’une est bête, le libre-arbitre est quelque chose d’inhérent.

En dernier lieu, l’amour n’est pas quelque chose qu’on peut contrôler. Pendant toute sa vie Arnolphe avait compté sur le fait qu’il se marierait avec Agnès quand elle aurait grandi mais il n’a jamais pensé à ce qu’elle désirerait. Donc, quand Agnès commence à tomber amoureuse avec Horace, le fils de son ami Oronte, Arnolphe devient furieux, « Je suis en eau : prenons un peu d’haleine ; il faut que je m’évente, et que je me promène. Aurais-je deviné quand je l’ai vu petit qu’il croîtrait pour cela ? Ciel ! que mon cœur pâtit ! » (39). De cela, Arnolphe exemplifie son arrogance en pensant qu’elle allait l’épouser sans question. Il pense à Agnès et toutes les femmes comme des êtres incapables de penser pour elles-mêmes, donc, quand elle avoue ses sentiments pour Horace il est très étonné. Lorsqu’Arnolphe essai de s’éloigner les deux parce qu’il considère déjà Agnès comme sa femme, il la réprimande pour ses actions et il exprime qu’elle doit être son épouse ; mais encore il sous-estime la complexité des femmes et il ne comprend toujours pas que l’amour ne peut pas être forcé.

Arnolphe : Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler : quelle preuve veux-tu que je t’en donne, ingrate ?

Agnès : Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme : Horace avec deux mots en ferait plus que vous. (109)

Finalement, Arnolphe avoue le fait qu’il aime Agnès mais il est trop tard. Il a passé toute sa vie en la gardant enfermée du monde et en la traitant comme une sotte, tandis que s’il l’avait aimée et traitée respectueusement, peut-être l’aurait-elle aimé en retour.

En dernier analyse, Molière a bien montré la mentalité archaïque des hommes et comme ils désirent parfois une femme servile. Toutefois, c’est aussi une leçon pour les hommes de ne pas sous-estimer les femmes ni la force de l’amour. Bien que Molière fût vraiment un homme qui a causé beaucoup de controverse à son époque, il est quelqu’un qui était en avance sur son temps. Avec toutes ses œuvres qui sont souvent des commentaires sociales, Molière s’il n’a aidé à l’égalisation de la société a, dans les cas, soulevé des problèmes, et permis à ceux qui le lisaient d’y réfléchir. Et l’on peut se demander, si Molière n’a pas été en son temps un féministe avant l’heure…

Jordan Gardner

Pour Professeur Bourdier

[1]


[1] Molière. L’école Des Femmes. Paris: Gallimard, 2004. Print.

Le rejet de l’étranger chez Camus

Le rejet de l’étranger chez Camuscamus

Dans le livre « L’étranger » d’Albert Camus, on rencontre M. Meursault qui vient d’apprendre que sa mère est morte. Après qu’il ait assisté à l’enterrement de sa mère sans avoir pleuré, on découvre que c’est un personnage bizarre selon les normes de la société. Cependant, dans la nature humaine ou bien la nature de la société humaine, il y une peur inhérente et un besoin de se séparer de ce qui est considéré différent. Tout au long du livre on voit son indifférence envers tout ce qui se passe dans sa vie et dans la vie des autres et l’effet négatif que cela produit. Lorsqu’une société est confrontée par un phénomène considéré différent, il faut qu’elle impose son idéal sur l’étranger pour expliquer son comportement et l’isoler du reste du monde.

En premier lieu, si on prend l’exemple d’une société sortie du monde réel, on y trouve d’habitude des valeurs et des règles très simples que chacun doive suivre. Par exemple, aimer sa famille et s’en occuper. De plus, il faut avoir un but dans la vie, une raison pour laquelle vivre, on doit penser à la mort comme à quelque chose triste. Toutes ces convictions se trouvent les mêmes dans le monde de Meursault, toutefois, il ne les respecte pas. Il ne pleure pas à l’enterrement de sa mère, il n’aime pas vraiment Marie, il n’est pas très heureux quand son patron lui offre une promotion, « dans le fond cela m’était égal » (66). En fait, il est ce qu’on appellerait un existentialiste, il ne voit pas d’ordre ou de raison dans le monde, donc, il ne la prend pas très sérieusement. Néanmoins, les gens dans la société ne le comprennent pas parce malgré leur comportement qui quelque fois est vu comme peu orthodoxe, ils ont tous des raisons implicites pour leurs actions. Tel que quand Salamano cherche son chien qu’il frappait pourtant, « comme un chien vit moins qu’un homme, ils avaient fini par être vieux ensemble… ‘De temps en temps, on avaient des prises de bec. Mais c’était un bon chien quand même’ » (72). Bien qu’il fût toujours cruel avec son chien, à la mort de sa femme, il comble le vide et sa solitude avec le chien. Parce que son comportement est motivé par ses émotions il est normal. Ainsi, il essait de comprendre Meursault et de l’examiner selon les idéaux de la société parce que c’est dans la nature humaine d’essayer à comprendre celui qui est différent.

Après avoir examiné les normes de la société il faut ainsi se concentrer sur la façon avec laquelle elle impose ses concept pour expliquer l’étrange. Lorsqu’on trouve Meursault dans la cour on apprend qu’il n’est pas punit pour voir tué l’”Arabe” mais pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère. Ses amis essaient de le défendre en justifiant que le meurtre était un accident mais tout le monde s’intéresse plus à sa bizarrerie. La société a aussi besoin de lui montrer qu’il est différent. Par exemple, lorsque le juge lui demande de s’expliquer à propos du meurtre de l’”Arabe”, il essaie d’utiliser la religion pour faire avouer Meursault. Si il croit en Dieu, l’homme n’était assez coupable pour que Dieu ne lui pardonnât pas, mais qu’il fallait pour cela que l’homme par son repentir devînt comme un enfant dont l’âme est vide et prête à tout accueillir. (105)

Cependant, Meursault ne croit pas en Dieu, donc, il ne ressent rien. De plus, quand le procureur essaie de convaincre le jury de le condamner, il leur explique, « Mais quand il s’agit de cette cour, la vertu toute négative de la tolérance doit se muer en celle, moins facile, mais plus élevée, de la justice. Surtout lorsque le vide du cœur tel qu’on le découvre chez cet homme devient un gouffre où la société peut succomber » (153). Le procureur les avertit que leur system de justice est trop clément avec les criminels et s’ils n’emprisonnent pas cet homme il pourrait empoisonner le reste de la société. Toutefois, ce n’est pas parce qu’il a un esprit de meurtrier mais parce qu’il n’exhibe pas ses émotions humaines. En fait, c’est le manque d’émotions que le procureur souligne et interprète comme une âme sinistre. D’un autre côté, tandis que son avocat le défend, il fait exactement la même chose que le procureur mais pour montrer que ses intentions ne sont pas mauvaises et qu’il est en général un bon homme, « J’étais un fils modèle qui avait soutenu sa mère aussi longtemps qu’il l’avait pu. Finalement j’avais espéré qu’une maison de retraite donnerait à la vieille femme le confort que mes moyens ne me permettaient pas de lui procurer » (157-158). Même son avocat ne peut pas accepter le fait que Meursault et sa mère ne sont pas proches pas proches. Bien qu’il soit en train de le défendre il n’essaie pas comprendre ses convictions et sa normalité. Tout le monde dans cette société veut l’expliquer en utilisant des moyens qui sont sans rapport avec Meursault.

En dernier lieu, il convient d’évaluer les réactions de la société concernant l’étrange. Dans l’étranger, Meursault est un personnage très différent du reste du monde parce qu’il a des idéaux existentialistes qu’ils ne peuvent pas accepter. Bien qu’il y eût des gens qui l’ont défendu, la société fait confiance dans la nature humaine et l’envie inhérente d’éliminer l’étrange, « le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français » (162). Parce qu’il n’est pas comme le reste de la société, il est nécessairement mauvais. De plus, le fait de croire que la différence est la cause de tous les problèmes dans la société peut être considéré comme une critique de la société française (et des autres) par Albert Camus. Camus a grandi dans une colonie française en Algérie où il a passé la plupart de sa jeunesse, pourtant, il a aussi connu la deuxième guerre mondiale. Ces deux expériences ont eu beaucoup d’influence sur son travail. En examinant le fait qu’il a grandi dans une colonie, on peut déduire qu’il a vu les effets de la culture française qui s’imposait sur la culture algérienne, tout comme les nazis sur le reste du monde. Ces deux exemples montrent la manière avec laquelle une société essaie de changer les autres ou de les éliminer parce qu’ils sont étranges. On peut donc avancer que Camus après ses expériences était devenu très critique des hommes et leur besoin de tout comprendre.

Tout bien réfléchi, lorsqu’on analyse la société réelle et la société dans « L’étranger », il est évident que tout le monde a la nécessité d’évaluer ce qui est l’inconnu ou l’étrange, et même si l’on vient à le comprendre il faut toujours l’éliminer. Cependant, bien que cette tendance vienne d’un instinct intrinsèque de se protéger, est-ce qu’on conserverait se réflexe si le monde était sans danger, ou dans une société utopique ou sans religion ? De plus, qui est plus responsable pour cette tendance, le désir inhérent de se protéger ou l’effet néfaste de la religion ?[1]

 

Jordan Gardner

pour Professeur Bourdier

 


[1] Camus, Albert. L’étranger. Paris: Gallimard, 1990. Print.