À la recherche de couloirs identitaires chez Toussaint

Pascale Carpentier

À la recherche de couloirs identitaires

couloir

Publié en 1985 aux éditions de Minuit, « La Salle de Bain » est le premier livre de Jean-Philippe Toussaint.

Le livre commence par une épigraphe qui reprend le théorème de Pythagore, parallèlement l’histoire est repartie en trois sections : Paris, Venise (dans le rôle de l’hypoténuse) et Paris de nouveau reliées par un couloir invisible, car dans ce roman, le couloir est un composant qui apparaît continuellement.

Les couloirs mènent « Je » à la communication parfaite et Edmondsson (sa compagne) est une forme de couloir qui permet à « Je » de se découvrir.

La mise en valeur du couloir dans le roman de Jean-Philippe Toussaint n’est pas une coïncidence. Un couloir est décrit comme un « passage qui met en communication plusieurs pièces, appartements ou immeubles, ou qui leur sert de dégagement » (CNRTL).

L’auteur utilise les couloirs littéralement comme objets, ainsi que les personnages comme  tunnel de conversation.  Il y en a trois catégories: le couloir privé à Paris, celui caché où secret à Venise et puis les couloirs publics qui mènent à la fin du roman.

Le couloir privé se trouve dans l’appartement où Toussaint le décrit parallèlement à l’incapacité du personnage principal de communiquer avec le reste du monde : « Je trottais dans le couloir pour aller répondre au téléphone…Dans la chambre, un jour gris traversait les rideaux de tulle » (Toussaint 1 :26). La description du couloir et l’interruption de la communication montrent que les couloirs privés échouent à ouvrir une correspondance entre « Je » et le monde. Ce couloir dans l’appartement, est sombre et vide, un signe que l’échange n’est pas apprécié ou vu comme nécessaire.

Le couloir caché dans l’hôtel mène à concevoir une quête identitaire et langagière: « Je suivais des couloirs, montais escaliers. L’hôtel était désert ; c’était un labyrinthe, nulle indication ne se trouvait nulle part » (Toussaint 2 :6). Le couloir est une course folle, qui dirige « Je » vers une communion linguistique avec le barman, de l’interactivité parfaite d’un couple Français, et dans un autre couloir où il trouve un type de rapport unique avec Edmondsson. Le labyrinthe expose la difficulté et le désordre que « Je » découvre quand il essaye de trouver son identité, il montre que se connaître soi même n’est pas facile : il y a des obstacles qui empêche de la trouver. Toussaint emploi les couloirs dans l’hôtel comme un lieu de détention pour « Je » alors qu’il cherche comment communiquer avec les autres.

À la fin du roman, les couloirs à l’hôpital, l’aéroport, et le club de tennis sont dans des lieux publics : « Je traînais dans les couloirs de l’aéroport, m’assis dans une salle d’attente, ne savais pas quoi faire » (Toussaint 3 :42). C’est la ou « Je » comprend, au milieu d’un aéroport entouré par des étrangers, qu’il avait une forme de communication avec Edmondsson mais qu’il l’avait détruite et était maintenant tous seul.

L’histoire de « Je » commence dans sa salle de bain, le seul endroit où il peut avoir une conversation normale avec les autres. Quand le protagoniste essaie de communiquer avec quelqu’un c’est l’échec assuré. D’ailleurs l’échange lui est refusé à plusieurs reprises. Çela commence avec le coup de téléphone (qui n’était qu’un mauvais numéro), la situation maladroite pendant la crémaillère (où les invités l’ignorent) et la relation avec Kabrowisnki, le polonais (qui triture un poulpe dont il répand l’encre).

Le personnage principal a une opportunité de partager une relation avec un autre couple dans l’appartement en compagnie d’Edmondsson : « Nos amis refermèrent leurs journaux et, se donnant le bras, me suivirent dans le couloir étroitement enlacés » (Toussaint 1 :38). « Je » ne montre pas beaucoup d’enthousiasme basée sur le fait qu’il devrait amuser ses invités.  Mais, même s’il avait essayé d’être sympathique, les invités l’auraient ignoré de la même façon. Le couple est décrit comme compatible et « Je » ne peut pas briser leur relation pour avoir une interaction. « Je » est incapable d’avoir une conversation avec des étrangers, il répond au téléphone et est rejeté rapidement : «  Je trottais dans le couloir pour aller répondre au téléphone. C’était une erreur, un appel destine aux anciens locataires » (Toussaint 1 :26). Les actions de « Je » sont peintes comme s’il était dans l’urgence ainsi il voudrait une interaction qui n’arrive pas. Il est plus déçu qu’avant, il se retrouve dans sa salle de bain où il peut être enfin seul. La relation avec le « polonais » montre que « Je » a des difficultés à former des amitiés avec des inconnus. Pour la plupart, « Je » observe Kabrowisnki au lieu de lui parler : « Au passage, je jetais un coup d’œil sur le poulpe dont la seule moitié supérieure, parfaitement lisse, était pour l’instant écorchée. » (Toussaint 1 :25). Au cours de que la scène en compagnie du polonais, les lecteurs peuvent voir que « Je » commence sa quête identitaire en étant un observateur avant de se risquer dans un voyage.

En dépassant les Alpes dans le train entre Paris et Venise, « Je » fuit sa personnalité antisociale pour trouver une manière d’interagir avec le monde. Il laisse Paris, l’endroit où il a eu tant d’insuccès pour Venise, la ville entourée de couloirs d’eau, à la quête de la communication et de sa propre identité. La majeure partie du temps, le personnage principal erre dans les rues de Venise et les couloirs de son hôtel, observant des interactions entre les autres personnes mais aussi entre lui et le reste du monde.

Arrivé à l’hôtel dans la deuxième partie du roman, « Je » aspire a chercher la salle de bain commune, car il n’y en a pas dans sa chambre. Cela l’oblige à poursuivre une zone de confort, dans sa recherche il trébuche sur la conversation d’un couple français : « Pour m’y rendre, je devais suivre un long corridor, descendre un escalier en colimaçon et, sur le palier, prendre la première porte à gauche » (Toussaint 2 :8). « Je » est confronté à une conversation à laquelle il pourrait contribuer mais est limité par sa situation physique puisqu’il n’a qu’une serviette sur lui. Même s’il ne peut pas participer à la conversation, c’est la première fois où  « Je » assiste à une interaction fonctionnelle entre deux personnes. Le couple réapparaît, renforçant l’idée qu’il peut y avoir un communication parfaite, et cette révélation à lieu dans un couloir.

Avec un peu de confiance, le protagoniste ouvre un tunnel conversationnel avec le barman. Cet échange n’est pas particulièrement normal, parce que les deux ne forment pas des phrases entières mais ils créent leur propre jargon compétitif. Il y a une repartie entre les deux sur des cyclistes professionnel, pas une conversation profonde mais ça donne à « Je » l’opportunité de converser avec quelqu’un qui n’est pas Edmondsson. C’est après cette conversation avec le barman, en pleine nuit que « Je » commence à se sentir seul sans Edmondsson : « L’hôtel était sombre. Je descendis les escaliers en regardant autour de moi. Les meubles présentaient des formes humaines, plusieurs chaises me fixaient. Des ombres noires et grises, ocellées, ça et la…tous était silencieux » (Toussaint 2 :24). Sa quête identitaire s’arrête pour qu’il aspire à retourner vers Edmondsson. Le labyrinthe de son voyage l’aide à comprendre comment il pourrait interagir avec les autres mais aussi qu’il est capable de le faire.

Ces interactions avec des étrangers mènent le protagoniste à rencontrer un couloir de conversation avec Edmondsson. Ce tunnel littéraire qui se continuait entre eux: « Edmondsson me téléphonait de plus en plus souvent. Nous avions parfois, sur la ligne de longs silences ensemble. J’aimais ces moments-là » (Toussaint 2 :33). Ce n’est pas un couloir physique où visuel, mais ça lie le personnage principal et Edmondsson ensemble sans mots mais avec la conviction que la communication ne doit pas être toujours parlée.

L’apparition d’Edmondsson à Venise ne résout pas les problèmes de « Je », mais interrompt la recherche identitaire. Même s’il a trouvé une façon de parler avec des étrangers, le protagoniste rencontre toujours des difficultés avec Edmondsson. Son arrivée à Venise ne l’aide pas car ils ne sont pas dans un environnent égal pour les deux. « Je », en essayant de reconstruire un couloir de communication avec Edmondsson, lui tire une fléchette au visage, comme un cri d’alarme. Cette situation les envoient à l’hôpital, « De temps à autre, quelqu’un entrait dans le couloir, passait devant moi et continuait a marcher jusqu’à l’autre extrémité du couloir » (Toussaint 2 : 78). Tout l’effort que « Je » avait fait a disparu, après le fiasco, Edmondsson retourne à Paris sans le personnage principal. Leur dernière interaction était un long baiser dans un couloir blanc et vide.

En pensant qu’il avait un problème de santé « Je » se rend lui-même a l’hôpital pour subir une chirurgie. Il a l’espoir que le docteur peut changer ce qu’il est défectueux dans sa tête. Quand il est à l’hôpital « Je » marche tout seul dans un lieu auquel il pense appartenir: « Pour finir, je fus conduit dans une chambre au fond d’un couloir » (Toussaint 3 : 5). La profondeur du couloir définit tout le travail que « Je » doit faire avant qu’il ne réalise que la nouvelle solitude n’est pas ce qu’il veut.

Tout revient dans le cycle où le protagoniste découvre que la communication qu’il avait avec Edmondsson, au commencent du roman, était parfaite. Elle l’écoute, elle comprend ses maniérismes et ses obsessions. Edmondsson veut communiquer avec « Je », elle aime la salle de bain et elle est le couloir de communication entre « Je » et le monde. Il découvre tout ça au club de tennis quand il voit le médecin et sa femme jouer ensemble. Il observe leur repartie idéale, de la continuation d’interaction : « En bas, dans un vestibule très sombre, éclairé artificiellement, se trouvaient plusieurs portes, des vestiaires, un lavabo » (Toussaint 3 : 31). La solitude de « Je » dans des endroits publiques révèle que dans les couloirs privés, il aurait dû apprécier la seule personne qui garde une communication ouverte avec lui.

La quête identitaire du personnage dans « La Salle de Bain » apparaît dans les couloirs et aide « Je » à comprendre comment interagir avec les autres. L’emplacement et l’isolement des couloirs dans ce roman correspondent à la capacité du protagoniste à communiquer avec Edmondsson et le monde.

Le cycle commence dans l’appartement, erre à Venise, et revient à Paris montrant des endroits privés et publiques. Il n’y a pas seulement des couloirs physiques mais il en existe aussi des métaphoriques. Emondsson représente un couloir qui influe et motive « Je » à trouver une forme d’échange. Les deux villes dans le roman peuvent être lues comme des objets littéraires, les voyages entre les deux sont des couloirs. L’utilisation et la répétition du couloir par Toussaint ouvrent la porte pour dévoiler aux lecteurs des points importants du livre. Le voyage identitaire de « Je » n’est pas le seul scenario du roman : les relations entre les personnages, la communication, l’immobilité et le temps.

Toussaint est obsédé par la précision et les descriptions de ce qui l’entoure, dans une interview, où Laurent Hanson, pose une question sur le choix des titres de ses romans, Toussaint répond : « Je choisis des titres assez simples, qui définissent parfois un programme..où on sait de quoi ça va parler » (Interview de Jean-Philippe Toussaint). Toussaint a le talent de prendre des objets très purs et de les étudier sous différents angles pour les transformer en quête littéraire.

Pascale Carpentier, Whitman College

Le premier jour du reste de ta vie, au-delà des stéréotypes

Stéréotypes éclairants

 le-premier-jour-du-reste-de-ta-vie_206Rémi Bezançon a réalisé et écrit la comédie dramatique française, Le premier jour du reste de ta vie en 2008 qui dépeint une famille dysfonctionnelle au cours des cinq jours les plus importants de leur vie avec une variété d’acteurs français : Jacques Gamblin, Zabou Breitman, Déborah François, Marc-André Grondin et Pio Marmaï. Ce film prend les petits moments et les montre avec humour et honnêteté d’une manière qui laisse l’audience s’attacher aux personnages qui essayent de trouver leur place dans la famille. Le film a été bien reçu par l’audience. Les acteurs et le réalisateur utilisent des stéréotypes pour apporter de l’esprit dans des scènes sombres, et les personnages sont décrits comme des clichés ce qui leur permet de révéler leur propre identité.

Bezançon n’a pas seulement réalisé ce film, mais il l’a aussi écrit. Ce n’est pas la première fois que Bezançon prend les deux rôles ; il a réalisé la majorité des scenarii qu’il a écrits. Les acteurs Déborah François et Pio Marmaï ont travaillés avec Bezançon après ce film. Par exemple, François dans le dessin animé Zarafa et Marmaï dans la comédie sentimentale A Happy Ending.

Le Premier Jour…a reçu neuf nominations aux Césars et a gagné trois prix : le César du meilleur espoir féminin pour Déborah François, le César du meilleur espoir masculin pour Marc-André Grondin et le César du meilleur montage pour Sophie Reine. Le film présente douze années de l’histoire d’une famille dans les années 80 avec des mouvements de balancier entre le présent et le passe.  Le film débute avec toute la famille dans la banlieue Parisienne et décrit l’épreuve de recherche d’une identité pour la famille mais aussi pour chacun de les membres en montrant différent jours au cours desquels leur vie a changé drastiquement.

Dans Le premier jour…, le réalisateur utilise les stéréotypes comme des points pour apporter de l’humour dans une histoire sur les luttes familiales qui sont présentées par l’analyse des difficultés rencontrées par un membre et l’audience observe les réactions du reste de la famille. Dans des moments intimes, Bezaçon les prend un par un et apporte une touche de comédie pour se rire des stéréotypes et montrer que toutes les familles passent par les mêmes problèmes.

Il réussit à transformer des préconceptions sur les relations entre enfants et parents. Tandis que Marie-Jeanne essaie d’adopter la même attitude que sa fille, Fleur pense que sa mère est immature et pathétique. Avant les stéréotypes sur la relation entre mère et fille étaient comme des jeux mais lorsque la mère lit le journal de sa fille tout devient sombre. C’est l’unique moment où Bezaçon décrit les deux femmes à leur plus bas niveau. Fleur est présenté comme une fille qui grandit seule, trop rapidement et qui perd contrôle. Marie-Jeanne, trop préoccupée par le plaisir de sa fille, a oublié que c’est plus important de savoir qui elle est vraiment.  La relation progresse finalement quand la mère comprend qu’elle doit laisser sa fille commettre ses propres erreurs.

Trouver sa propre identité prend du temps. Ce n’est pas une chose qui arrive par pur caprice. Il y en a tellement d’individus dans le monde qui passent leur vie dans un état passif car ils n’ont jamais eu la capacité de se remettre en question. Le réalisateur utilise les préconceptions qui sont formées par la société comme des points de départ pour ses personnages. Mais le but du film est d’affirmer que chaque personnage doit se découvrir lui-même sans oublier les personnes qui font d’eux qui ils sont.

Alors, le postulat du film est que la façon dont on grandit et les morales que nos parents nous enseignent sont des facteurs qui influencent notre identité. Les liens familiaux sont essentiels dans la recherche identitire, « La déstabilisation des liens familiaux est le premier facteur d’incertitude identitaire ». Chaque personnage du film éprouve ces liens mais tous retourne vers leur famille à la fin.

Selon moi, le film décrit les luttes d’une famille avec réalisme et honnête. Contrairement à des films populaires qui montrent des fins avec des dénouements heureux, « Le premier jour du reste de ta vie » indique que la vie nous met des bâtons dans les rues. Et finalement, on peut se demander s’il est normal que les familles ne soient pas parfaites et la famille Duval affirme que les personnes les plus proches sont celles qui nous connaissent le mieux, même si on ne se connaît pas encore soi-même.